13 vinyles parfaits à faire tourner sur sa platine pour finir l’été

13 vinyles parfaits à faire tourner sur sa platine pour finir l’été
La BO de « One Piece : Into the Grand Line », et les derniers projets de Phoebe Bridgers et Interpol tournent en boucle sur notre platine en août.

La BO de « One Piece : Into the Grand Line », et les derniers projets de Phoebe Bridgers et Interpol tournent en boucle sur notre platine en août. 

Pour aller plus loin

Chaque mois, « le Nouvel Obs » vous propose une sélection des meilleures sorties vinyles. Des nouveautés, évidemment, mais aussi des inédits, des rééditions, des raretés, des maxi, des 45-tours… Bref, la crème de la crème.

A gagnez : la bande originale de la saison 2 de « One Piece : Into the Grand Line », en participant à notre jeu-concours, en partenariat avec Diggers Factory.

1. One Piece, BO pour collectionneur

(DIGGERS FACTORY)

(DIGGERS FACTORY)

Il y a quelque chose d’insolent dans l’idée de mettre l’océan en boîte. Pourtant, c’est bien ce qu’ont tenté Sonya Belousova et Giona Ostinelli en pressant sur cire leur bande originale composée pour la saison 2 du live-action « One Piece ». Alors que Luffy et l’équipage des Chapeaux de Paille s’enfoncent dans le Grand Line, cette double édition deluxe en vinyles marbrés rouge et bleu capture l’énergie épique et maritime du shōnen créé par Eiichirō Oda.

Sur l’ensemble des compositions, les deux maestras font gronder leur orchestre comme une houle avant l’orage, avant de faire pleuvoir des riffs de guitare en guise d’éclats joyeux ou claquer des partitions folk-rock comme une voile mal amarrée. On y croise « Pray To The Sun » avec Declan de Barra et The Hu, « Am I Enough (Tony Tony Chopper) » en duo avec Au/Ra, ou encore « Whisky Peak Saloon » avec Leo P. Un bel objet signé Diggers Factory pour tout pirate Straw Hat qui se respecte.

◗ « One Piece : Into the Grand Line », dans les bacs

2. Phoebe Bridgers, pop-folk modèle

(DEAD OCEANS)

(DEAD OCEANS)

L’indie folk moderne s’est trop longtemps assoupi dans le confort des larmes de Phoebe Bridgers. Six ans après l’ondée millimétrée de « Punisher » et le triomphe du supergroupe Boygenius, la Californienne de 31 ans refuse enfin sa silhouette de prêtresse mélancolique pour laquelle l’industrie l’avait signée. Il aura fallu le vertige de la perte d’un père violent, dont elle n’a jamais su quoi faire, couplé au voyeurisme toxique qui a disséqué ses ruptures successives et son deuil en téléobjectif.

Enregistré entre séances secrètes au studio et longues errances introspectives, son folk ouaté balance entre les cyniques sarcasmes du single « Lost Boys » et les arrangements hybrides bricolés avec Jack Antonoff, voix de Bleachers, ou le talentueux Alex G. Ce troisième album, entre humour noir grinçant et abîmes de spleen, est le dernier geste d’une artiste qui préfère envoyer sa propre légende dans le décor plutôt que de continuer à jouer les victimes modèles pour adolescents dépressifs.

◗ Phoebe Bridgers, « Lost Weekend », 14 août 2026

3. Interpol, reflets arrangés

(PARTISAN RECORDS)

(PARTISAN RECORDS)

Pour la première fois en plus de dix ans, Interpol a enregistré à New York, la ville natale qui a façonné leur son gothique et nocturne sur « Turn On the Bright Lights », au début des années 2000. En rien nostalgique, ce face-à-face à Manhattan, dans le studio du producteur Andrew Wyatt (Rosalía, Charli XCX), ne revient pas célébrer ses fantômes. La bande se fait face autour d’un vers improvisé sur l’instant en même temps que la partition (« This mirror weighs a ton, but at least we act sudden »). Et poser une question existentielle : comment affronter son propre reflet quand les années pèsent une tonne ?

Aujourd’hui père de famille et échappé de ses guerres d’égos, le leader d’Interpol désarme les querelles internes pour laisser poindre une clarté nouvelle. Autour des guitares angulaires de Daniel Kessler, le son d’Interpol s’autorise l’inédit : des envolées de cordes, la chaleur des bois et des textures d’orfèvres. Le miroir ne fige plus le passé ; il en tord les contours pour offrir à la légende new-yorkaise sa plus belle réinvention.

◗ Interpol, « This Mirror Weighs A Ton », 28 août 2026

4. Weezer, indie doré

(REPRISE RECORDS)

(REPRISE RECORDS)

Peu de formations ont poussé l’art du sabotage et de la résurrection aussi loin que Weezer. Trente-deux ans après le mythique Blue Album, la bande de Rivers Cuomo pousse le méta-rock dans ses derniers retranchements en revenant, littéralement, à la case départ. Adieu l’ouate des grands studios : le quatuor s’est barricadé dans un local de répétition d’Orange County, enregistrant à quatre en prise directe, sans filet ni retouches. Retrouver l’électricité brute de leurs vingt ans, quitte à en assumer les aspérités.

Le choc est immédiat. Sur l’incandescent « We Might As Well Be Strangers », porté par la voix de Karly Hartzman du groupe Wednesday, Weezer fraternise avec la génération indie qu’il a engendrée. Sans jamais verser dans le pathos, Rivers Cuomo dissèque la célébrité et l’usure du temps, allant jusqu’à offrir une suite terriblement culottée à l’historique « Undone » (« The Sweater Song »). Armé de riffs taillés à la serpe, le groupe transforme sa crise de la cinquantaine en une démonstration de force : un « Gold Album » autoproclamé « le plus violent » de leur histoire, qui réinvente avec insolence la leçon de survie pop.

◗ Weezer, « Weezer », 21 août 2026

5. Graham Coxon, mémoire réarmée

(TRANSGRESSIVE)

(TRANSGRESSIVE)

On connaît l’artisan génial de Blur, le sorcier de la Telecaster capable de concasser le pop rock anglais sous des ruées de larsen. Mais Graham Coxon est aussi l’auteur d’une discographie solo foisonnante et viscérale. Bonne nouvelle pour les passionnés du sillon : le guitariste britannique de 57 ans vient d’inaugurer une vaste campagne de rééditions vinyles retravaillées, remettant à l’honneur son œuvre insoumise.

Parmi les premières pépites de ce projet d’envergure, on redécouvre « the Sky Is Too High » (1998), premier coup d’éclat brut et lofi qui posait les bases de son indépendance. Puis, l’écorché et volcanique « the Golden D », concentré de mélodie pop et de hargne punk publié deux ans plus tard. La véritable sensation vient de « Castle Park », projet jusqu’alors inédit. Ce disque rock inspiré des sixties et enregistré en 2011 par Ben Hillier, producteur de « Think Tank » de Blur, livre enfin ses bandes maîtresses sur cire. Après avoir été oublié dans des cartons poussiéreux pour travailler avec son comparse Damon Albarn, ce pressage précieux rend justice à l’un des compositeurs les plus singuliers du rock moderne.

◗ Graham Coxon, « The Sky Is Too High », « The Golden D » et « Castle Park, dans les bacs

6. Sum41, punk californien

(ISLAND RECORDS)

(ISLAND RECORDS)

2001. Le rock américain s’asphyxie doucement sous le vernis des studios californiens. Sur MTV, la vague pop-punk a troqué l’urgence du garage contre des sourires ultrabrights, des refrains lissés pour les radios et une esthétique de cartes postales pour adolescents de banlieue chic. C’est précisément au moment où le genre menace de devenir une parodie commerciale de lui-même que quatre garmins Canadiens venus d’Ontario décident de rayer la carrosserie. Avec « All Killer No Filler », pas de quartier, pas de pose plastique, mais un concentré de bile adolescente dopé au speed, au metal saignant et aux riffs fougueux, taillé sur mesure pour disputer le trône aux géants Blink-182 et Green Day. Un quart de siècle plus tard, cette réédition vinyle refuse poliment la nostalgie tiède des quarantenaires en mal de nollie. Reboosté dans toute sa hargne d’origine, le disque ravive l’urgence absolue d’une œuvre qui n’a jamais trahi sa promesse initiale : un joyeux bordel.

◗ Sum 41, « All Killer No Filler », dans les bacs

7. Naïka, enfin sur vinyle

Du grec ancien ekklesia, le mot désigne l’assemblée du peuple, le rassemblement des âmes. Proposé par le père de Victoria Naïka Richard, ce titre s’imposait comme une évidence pour baptiser un premier album paru le 20 février dernier. Mais il manquait encore à ce projet d’orfèvre l’écrin tactile qu’il méritait : c’est désormais chose faite avec une somptueuse édition vinyle marbré Espresso, offrant à sa musique la matérialité noble du sillon.

Car la musique de Naïka est une carte du monde à elle seule. Née en Guadeloupe, façonnée entre le Pacifique Sud, le Kenya, l’Afrique du Sud, la France et les Etats-Unis, la chanteuse de 31 ans porte en elle un héritage aux racines métissées, du Liban à la Palestine en passant par les Caraïbes. Cette géographie impossible devient le terreau vibrant de treize titres où se croisent pop moderne, R & B soyeux et konpa haïtien traditionnellement envoûtant. Chantée en anglais, en français et en créole, son œuvre abolit les frontières avec une aisance saisissante. Une révélation majeure, à retrouver désormais sur le support des grands d’hier et d’aujourd’hui.

◗ Naika, « Eclesia », dans les bacs

8. Dinosaur Jr., premier ampli

(JAGJAGUWAR)

(JAGJAGUWAR)

Dans le rock alternatif, il y a deux façons de vieillir : s’adoucir ou polir ses arêtes. Dinosaur Jr. a choisi une troisième voie. Celle de remonter le temps en rebranchant un vieil ampli et pousser le potard de saturation sur « Extra Crispy ». La clé de ce retour aux sources ? Un Mesa Boogie MK 1 des seventies, dégoté par J Mascis, modèle exact qui avait fait cracher la foudre sur leur tout premier album en 1985. En appliquant la célèbre méthode Rick Rubin – réécouter ses débuts pour en retrouver l’étincelle brute, le guitar-hero de Dinosaur Jr. redonne à son manche une hargne animale, balançant entre la chaleur d’un Fender survolté et la crasse originelle du noise rock. Fidèle à son mutisme légendaire et à ses textes cryptiques guidés par l’intuition pure, le trio du Massachusetts prouve que quatre décennies plus tard, le larsen reste chez eux une science exacte. Et sacrément abrasive.

◗ Dinosaur Jr., « There Near », 28 août 2026

9. King Gizzard & The Lizard Wizard, rave électrique

((P)DOOM)

((P)DOOM)

Garage, sychédélisme, thrash metal, synth-rock, jam-sessions brutes, rock symphonique… Avec 28 albums au compteur, le collectif de Melbourne demeure un OVNI totalement insaisissable. Cette fois, il s’est nourri du chaos de ses récents « concerts rave », donnés l’an dernier, propulsé par un mur de synthétiseurs modulaires pour imaginer son nouveau brûlot. L’accouchement a été violent. Stu Mackenzie, le cerveau totalement rebooté par les claviers Eurorack, mettait des années à construire des albums fantômes, aussitôt sacrifiés. Puis, le miracle est arrivé pour « Alien Metal » : une improvisation nocturne d’une heure, sans filet, a permi de tisser l’ADN brut de chaque titre. L’album titube comme une machine incontrôlable : techno tranchante, hardcore frontal, house liquide, jungle électrique, tout noyé dans la brume psyché propre au groupe. Ça cogne, ça dérape et ça repart de plus belle. Encore un grand cru d’une effarante liberté distillé par King Gizzard & The Lizard Wizard.

◗ King Gizzard & The Lizard Wizard, « Alien Metal », 14 août 2026

10. Mastodon, le poids du deuil

(LOMA VISTA RECORDINGS)

(LOMA VISTA RECORDINGS)

En mars 2025, lorsque Brent Hinds quitte le groupe américain qu’il a cofondé, Mastodon est loin de se douter de la suite tragique. Cinq mois après son départ, le guitarite s’envoie dans le décor à Atlanta, enfourchant sa moto à presque du double de la limite de vitesse autorisée. Cette rupture n’avait rien d’amical, malgré les mots policés d’un communiqué évoquant une séparation « mutuelle ». L’alcool, les silences accumulés et une dissociation devenue manifeste lors de l’enregistrement de « Hushed and Grim » en 2021 avaient rongé vingt-cinq ans d’amitié et de composition. Aujourd’hui, pour ceux qui restent – le bassiste-chanteur Troy Sanders, le batteur-voix Brann Dailor, le guitariste rythmique Bill Kelliher, le deuil est inextricable : une affection sincère, entremêlée de rancœurs.

C’est dans cette plaie béante qu’intervient Nick Johnston. Recruté non pour remplacer un fantôme, mais pour empêcher le groupe de sombrer, le virtuose insuffle un blues électrique au neuvième album de la bande, « Marrow Deep ». Dépouillé de son bestiaire mythologique habituel, le sludge metal de Mastodon s’avance ici à vif, creusant la perte, l’abandon et la trahison à travers douze titres d’une honnêteté brutale. Sous les ruines et l’amertume, l’album fait jaillir une lumière noire : celle d’un monstre sacré qui refuse de mourir.

◗ Mastodon, « Marrow Deep », 28 août 2026

11. Joyce, Tutti Morena et Adrian Younge, tombeau brésilien

(JAZZ IS DEAD)

(JAZZ IS DEAD)

Le projet devait réunir Joyce, Tutty Moreno et João Donato à Los Angeles pour un enregistrement avec Adrian Younge, compositeur, producteur et figure culte de la soul et du hip-hop underground depuis le milieu des années 2000. Mais le pianiste de 89 ans tombe gravement malade. Diagnostiqué d’une tumeur à la colonne, João Donato meurt peu après, sans jamais monter dans l’avion.

De cette absence naît un disque bouleversant, vingt-septième volume d’une collection lancée par le label Jazz Is Dead, cofondé par Ali Shaheed Muhammad (A Tribe Called Quest) et Adrian Younge. Le projet, ici, reste le même : réunir les légendes de la musique noire et brésilienne, et explorer les liens entre l’Afrique, le Brésil, le rap ou le rock progressif européen. Huit pistes qui transforment le chagrin en beauté, entre improvisation samba et poésie brésilienne que les deux âmes restantes continuent de bâtir après un demi-siècle de musique. La voix de Joyce, souple, presque instrumentale, glisse sur la batterie cadencée de Tutty Moreno qui devient tantôt cor, flûte, rivière de mélodie sans mots. Ce disque est un tombeau musical d’une résilience rare.

◗ « Joyce e Tutti Moreno », 7 août 2026

12. Allah-Las, rock océan

(MEXICAN SUMMER)

(MEXICAN SUMMER)

Pas de plan, pas de calcul : « Sirenas » est un lâcher-prise total. Pour leur sixième album, les Allah-Las ont troqué la rigueur de la composition contre l’instinct pur de l’improvisation. Depuis leurs débuts en 2008 chez Amoeba Music, les Californiens façonnaient une psychédélie côtière tirée au cordeau, entre lo-fi et garage ensoleillé. Mais le geste s’inverse. Les musiciens revendiquent une posture de récepteurs plutôt que de créateurs, inspirée des philosophies cosmiques d’Iasos et Brian Eno, qui voyaient l’artiste davantage comme une antenne qu’un architecte. Cet abandon libérateur irrigue des grooves baléares, des textures métaphysiques et une matière hautement cinématographique. Guidé par les figures des grands explorateurs – de Jacques Cousteau à Thor Heyerdahl –, le quatuor s’embarque vers des horizons inexplorés pour tenter d’en percer les mystères. Et à l’image des créatures mythologiques qui lui donnent son titre, l’album déploie un chant magnétique des sirènes qui attire, enlace et hypnotise.

◗ Allah-Las, « Sirenas », 28 août 2026

13. James Ellis Ford, électro vivante

(DOMINO RECORDS)

(DOMINO RECORDS)

« Favourite Worst Nightmare » d’Arctic Monkeys, c’est lui. « The Age of the Understatement » des Last Shadow Puppets, toujours lui. De même pour le premier album de The Last Dinner Party, le dernier de Fontaines D.C. ou de Gorillaz. Mais à Noël 2024, l’homme qui a produit tant de discographies s’effondre : leucémie myéloïde aiguë, 30 % de chances de survie, une chambre isolée à l’hôpital St Bartholomew de Londres. Entre deux séances de chimio, sa femme lui apporte une table pliante IKEA et deux synthétiseurs ; le personnel soignant s’habitue à prendre sa tension pendant qu’il enregistre ses voix. En deux semaines, à peine, « Lost In Another World » est écrit en affrontant la mort en face pour ne pas faiblir devant son fils de huit ans. Ce second chapitre solo ne s’apitoie jamais. Il célèbre, avec un humour presque féroce par endroits, l’amour et le calme sidéral d’un service d’oncologie qu’il compare à un vaisseau spatial. L’électronique et l’orchestralité sont omniprésentes. Les divines mélodies aussi. Peur condensée, tendresse brute, ennui produit, incrédulité subtile, espoir vibrant… Tout est terriblement vivant. Comme James Ellis Ford.

◗ James Ellis Ford, « Lost In Another World », 14 août 2026

Par  Julien Bouisset