À Ceuta, les migrants refoulés s’organisent sur la plage et transforment leur camp de fortune en petit village
l'essentiel À Ceuta, des milliers de migrants vivent toujours dans des conditions précaires, trois semaines après la crise migratoire qui a secoué l’enclave espagnole. Sur la plage, un camp de fortune s’est installé, sous la pression d’une ville saturée.
Sur la plage d’El Trampolín, à Ceuta, les parasols ont laissé place aux bâches, aux cartons et aux cabanes de fortune. Le bord de mer n’a plus grand-chose d’un lieu de baignade. Environ 1 500 migrants y ont trouvé refuge au début du mois, faute de place dans le Centre de séjour temporaire pour immigrés (CETI), saturé.
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Trois semaines après le pic de la crise, l’enclave espagnole du nord de l’Afrique n’a pas retrouvé son calme. Fin juillet, la ville a connu une arrivée sans précédent. Un chaos par mer et sur terre qui s’est soldé par - au moins - 83 morts. Plus de 72 000 personnes ont franchi la frontière depuis le Maroc, selon les autorités espagnoles. La très grande majorité (officiellement : 69 500) aurait été contrainte de repartir au Maroc. Mais dans cette enclave de 20 km², en face de Gibraltar, des milliers de migrants en situation irrégulière sont restés. Ils vivent dans des conditions précaires et mettent Ceuta sous pression.
Autogestion du quotidien
Sur la plage d’El Trampolín, ceux qui n’ont pu être accueillis dans les structures officielles ont improvisé leur lieu de vie. Des abris construits avec des branches, des bâches et des cartons se multiplient. Le campement est principalement occupé par des hommes originaires d’Afrique subsaharienne, mais des migrants algériens, marocains et tunisiens y seraient également présents.
Face à la situation, une organisation collective s’est mise en place. Un groupe d’environ 150 Soudanais participe au nettoyage des sanitaires. Des matches de football et des tournois de lutte sont organisés. Un salon de coiffure a même été créé.
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Le symbole le plus frappant est une petite mosquée improvisée. Construite avec des matériaux de récupération, notamment des emballages alimentaires, elle sert de lieu de prière aux musulmans présents sur la plage.
Des centres temporaires
La Croix-Rouge assure une partie de l’aide humanitaire et distribue quotidiennement de la nourriture. Certains migrants dorment dans les bois ou dans des espaces improvisés à travers la ville. Des propriétaires profitent de la pénurie de logements pour louer clandestinement des débarras jusqu’à 500 euros par semaine, selon la Cadena SER.
La pression est forte sur les infrastructures de Ceuta. Avec ses 83 000 habitants, la ville doit absorber en quelques semaines un nombre de migrants représentant une proportion considérable de sa population. Les services sanitaires, sociaux et administratifs sont débordés.
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Le gouvernement espagnol a annoncé quatre centres temporaires offrant dans un premier temps 1 500 places. L’armée commence à installer des structures pour accueillir des demandeurs d’asile. Madrid envisage déjà de porter la capacité à 4 000 places si nécessaire.
"On ne peut pas vivre comme cela"
Du côté des habitants de Ceuta, l’exaspération domine. Carlos Alonso, avocat installé dans l’enclave, décrit une situation d’insécurité généralisée. Il explique que son père de 80 ans a été agressé et que ses enfants ne peuvent plus sortir dans la rue. Une jeune Ceutie résume le sentiment ambiant : "¡No se puede vivir así!" ("On ne peut pas vivre comme ça").
Certains ont choisi de partir. Mari Carmen, habitante de la ville, a embarqué sur un ferry pour Algésiras, où vit sa fille, en attendant que la situation se normalise. Un autre riverain, José Luis, raconte que l’un des meilleurs restaurants de la ville envisage de fermer, ses employés devant chaque jour reconduire des migrants à la porte. Le tourisme est en berne, les visiteurs fuyant l’insécurité, réelle ou supposée, et le risque de pénurie.
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La crise est devenue un sujet politique majeur en Espagne. Le gouvernement de Pedro Sánchez subit les critiques du Parti populaire (droite, conservateurs), des autorités de Ceuta et des syndicats de policiers, tandis que les retours vers le Maroc soulèvent des difficultés juridiques. La Commission européenne soutient le principe d’un retour des migrants en situation irrégulière, mais les procédures doivent respecter le droit espagnol et européen. Un casse-tête pour le socialiste Pedro Sánchez.