Diviser ou élargir la gauche : à quoi joue Fabien Roussel qui étrenne sa candidature pour 2027 à la Fête de l’Huma ?
Le candidat du PCF, qui tient un meeting ce week-end à la Fête de l’Humanité, dispose d’un espace politique restreint, largement capté par Jean-Luc Mélenchon.

DANIEL PERRON / Hans Lucas via AFP
Fabien Roussel tient son premier meeting de campagne samedi lors de la Fête de l’Humanité qui débute ce vendredi 11 septembre.
EN BREF
• Candidat à la présidentielle depuis une semaine Fabien Roussel sera un acteur central de la Fête de l’Humanité où Jean-Luc Mélenchon est aussi attendu.
• Sa candidature divise jusqu’au sein du parti communiste où certains lui reprochent de diviser la gauche et de rendre plus difficile l’accès de ce camp au second tour.
• L’ancien député insiste sur la nécessité de porter les couleurs du PCF pour élargir le socle de la gauche en courtisant des électeurs qui s’en détournent.
L’IA au HuffPost.
À l’évidence, il n’a aucun espoir de remporter la présidentielle, crédité de 3 %, au maximum, d’intentions de vote. Mais Fabien Roussel est bien décidé à porter sa candidature jusqu’au bout. Après un vote interne remporté haut la main le 6 septembre, et une officialisation sur le plateau du JT de TF1, le secrétaire national du PCF tient son premier meeting de campagne ce samedi, à la Fête de l’Humanité.
Sur l’ancienne base aérienne de Brétigny-sur-Orge (Essonne), le patron des communistes aura droit à l’immense scène Angela Davis et à une retransmission audio de son discours dans les allées de la Fête, qui avait accueilli 600 000 personnes l’an dernier. De quoi s’assurer une diffusion large. Mais pas sûr que ce dispositif XXL suffise à convaincre ceux qui, jusque dans son camp, s’inquiètent de l’émiettement de la gauche.
« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée pour le PCF de présenter un candidat », affirmait le président du groupe communiste à l’Assemblée, Stéphane Peu, avant l’été. Il plaide, lui, pour que des discussions soient ouvertes avec La France insoumise. L’idée : un soutien à Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle en échange d’un accord aux législatives. « Après avoir perdu notre représentation au Parlement européen, je pense que pour ne pas s’effacer et rester une force utile, le PCF doit surtout s’occuper de perpétuer un groupe à l’Assemblée », défendait-il sur LCP en juin.
Stéphane Peu continue de fustiger « l’obstination » de Fabien Roussel, convaincu que « l’aspiration à l’union de notre électorat est bien plus forte » qu’en 2022. Il n’est pas le seul à agiter le risque d’une victoire de l’extrême droite en avril pour forcer à l’union. La députée PCF Elsa Faucillon regrette aussi la « stratégie d’isolement et d’échec » de son candidat. « Il y a un grave déni chez Fabien Roussel, confie-t-elle à L’Opinion, celui de ne pas voir notre responsabilité historique face à la montée de l’extrême droite ».
« Idéal communiste »
Les derniers résultats électoraux du PCF ne sont pas fameux, se situant toujours autour de 2 %. 2,4 % aux européennes de 2019, 2,2 % à la présidentielle de 2022, 2,3 % aux européennes de 2024. Les perspectives pour 2027 ne sont pas plus réjouissantes. Se ranger derrière Jean-Luc Mélenchon ? La question se pose, au vu de la proximité politique de La France insoumise et du PCF. Dans les sondages, le candidat LFI est d’ailleurs parfois donné au second tour, crédité la plupart du temps de 15 à 19 % d’intentions de vote.
Les appels du pied se sont multipliés ces derniers jours. De Manuel Bompard qui, lundi, assurait sur BFMTV que « Jean-Luc Mélenchon porte l’essentiel des idées de l’idéal communiste », à Manon Aubry, pour qui « face au péril fasciste, les communistes ont toujours su prendre leurs responsabilités dans l’Histoire ». Auprès de Libération, Fabien Roussel réplique qu’il n’a pas du tout l’intention de faire perdre Jean-Luc Mélenchon. « Je ferai tout pour que la gauche l’emporte », promet-il.
Mieux : il expliquait dès son passage sur TF1 que sa candidature vise à « élargir le socle de la gauche » en allant chercher les abstentionnistes (un classique à gauche), mais aussi d’éventuels déçus du RN ou des électeurs volatiles. « La gauche gagne quand l’ensemble des candidats du premier tour rassemblent 45 % à 50 % des électeurs. Quand elle fait ce poids, elle est en capacité d’avoir quelqu’un au second tour et en mesure de se rassembler pour l’emporter », assure-t-il. Et qu’importent les inimitiés personnelles, Fabien Roussel se réjouit (en tout cas publiquement) que Jean-Luc Mélenchon soit en capacité de se qualifier au second tour : « Tant mieux pour lui ! », lance-t-il.
« Pas de leçon de rassemblement à recevoir »
Par ailleurs, les communistes estiment avoir déjà donné. À deux reprises, en 2012 et en 2017, ils n’ont pas pu porter leurs propres couleurs et en gardent, pour certains, un souvenir amer. « Nous sommes le seul parti à nous être effacés à plusieurs présidentielles. Alors nous n’avons pas de leçon de rassemblement à recevoir », expliquait l’élu parisien Adrien Tiberti lors du congrès du parti en juillet.
En 2018, c’est sur la promesse d’un PCF « de retour » que Fabien Roussel se fait élire secrétaire national. Depuis, il impose ses thèmes, martèle ses idées. Pour la campagne qui s’ouvre, le maire de Saint-Amand-les-Eaux (Nord) entend faire du travail une priorité. « Vivre avec un travail qui paie correctement, permet de faire ses courses et d’élever ses enfants. Vivre d’un travail dans lequel on s’épanouit, où on peut décider de ses choix », a-t-il expliqué sur le plateau de TF1 dimanche. Pas un hasard si pour son premier déplacement, il s’est rendu à Rungis (Val-de-Marne), qui abrite le plus grand marché de produits frais au monde et où s’affairent chaque jour plus de 12 000 salariés.
Fabien Roussel avance tel un équilibriste : convaincre du bien-fondé de sa candidature sans apparaître comme celui qui empêcherait Jean-Luc Mélenchon d’accéder au second tour. Et prendre alors le risque d’un duel entre la droite et l’extrême droite. En interne, certains avaient demandé la mise en place d’une « clause de revoyure » dont l’objectif aurait été de voir si, en janvier, les conditions étaient toujours réunies pour que Fabien Roussel soit candidat. Sans succès.