À plus de 100 ans, qu’est-ce qui donne encore envie de se lever chaque matin ? - Psychologies.com

© Shutterstock
Ils ont traversé un siècle de bouleversements et sont plus nombreux que jamais à souffler leur centième bougie. Que disent la science et les chiffres de leur moral ?
La planète comptait environ 722 000 centenaires en 2024, selon les projections de l’ONU relayées par le Pew Research Center, qui s’appuie sur les Perspectives démographiques des Nations unies. Le Japon arrive en tête, avec 146 000 personnes de plus de 100 ans. En France, elles dépassaient 31 000 au 1er janvier 2024, soit une trentaine de fois plus qu’en 1970, selon l’Ined. L’Insee en attend plus de 200 000 en 2070. Atteindre un siècle devient moins rare, et ces chiffres ont de quoi laisser songeurs. Que se passe-t-il dans la tête d'une personne ayant traversé dix décennies ?
Dans la peau d’un centenaire
Premier constat : le grand âge se conjugue surtout au féminin. Aux États-Unis, 78 % des centenaires sont des femmes, d’après le Pew Research Center. Mais l’âge ne dit rien de l’humeur. Pour la mesurer, des chercheurs de l’université de Géorgie suivent des centenaires depuis 1988 dans la Georgia Centenarian Study. Dans l’une de leurs analyses, publiée dans le Journal of Aging Research, 137 centenaires ont été interrogés, puis 68 d’entre eux dix-huit mois plus tard. Résultat : plus ils ressentent d’émotions positives, plus ils se disent satisfaits de leur vie, même quand leurs capacités cognitives déclinent.
Le regard porté sur le passé compte aussi. Dans une autre étude portant sur 158 centenaires, les chercheurs montrent que ceux qui jugent leur existence passée satisfaisante se disent plus heureux aujourd’hui. Cette satisfaction influence aussi la façon dont ils évaluent leur santé et leur sécurité financière. La personnalité joue également : selon l’université de Géorgie, elle détermine la façon d’encaisser le stress et le changement, donc le fait d’être aussi heureux à un âge avancé qu’en jeunesse. Se lever avec envie semble ainsi tenir autant à la manière dont on relit son histoire qu’à l’état de son corps !
Évolution du moral au fil de l’âge
Et avant 100 ans ? En 2010, l’équipe d’Arthur Stone a exploité une enquête Gallup menée auprès de plus de 340 000 Américains, publiée dans les PNAS. Le bien-être global recule jusque vers 50 ans, puis remonte. Le stress et la colère diminuent dès la vingtaine, et l’inquiétude s’estompe après la cinquantaine. Les auteurs reconnaissent ne pas savoir l’expliquer : ni la vie en couple, ni le départ des enfants, ni l’emploi n’y suffisent.
Pas si simple, nuancent d’autres chercheurs. Une revue parue dans Perspectives on Psychological Science en 2020 estime que cette fameuse courbe en U est moins solide qu’on le dit : les enquêtes ponctuelles ne suivent pas les mêmes personnes dans le temps, et les études longitudinales donnent des résultats mitigés. Le moral des aînés n’a donc rien d’automatique. Ce que suggèrent les centenaires, c’est que les émotions positives et un regard apaisé sur son parcours pèsent lourd. L'idéal resterait évidemment d'en discuter avec les principaux concernés, car passer du temps avec nos ainés est un excellent moyen de les faire se lever du bon pied.