Des habitants manquent déjà d’eau pendant que les centres de données continuent de s’installer autour d’eux

Des habitants manquent déjà d’eau pendant que les centres de données continuent de s’installer autour d’eux

C’est autour de New Delhi que des centres de données poussent comme des champignons. Et rien que ce mois-ci, plus de 7 000 personnes de Greater Noida, en Inde, ont signalé des coupures d’eau répétées depuis un mois.
À proximité, cela n’empêche pas l’Uttar Pradesh d’encourager de nouveaux centres de données tout en promettant une alimentation continue en eau dans certaines zones industrielles.

Des pénuries d'eau où poussent les centres de données

À la mi-2026, près de 45 000 foyers de Khoda, en Inde, n’avaient toujours pas d’arrivée d’eau courante. Les familles utilisent des pompes souterraines ou achètent de l’eau pour leurs besoins quotidiens. Des habitants expliquaient en 2026 qu’il fallait creuser jusqu’à 305 ou 366 mètres sous terre pour trouver de l’eau dans certains quartiers. Désormais, les forages doivent descendre à ces profondeurs pour atteindre l’eau.

Et il n’y a pas que Khoda qui est concerné en Inde. Le mois dernier, des habitants de plusieurs zones de Noida parlaient d’une pression trop faible, de coupures et parfois même d’une eau sale. Dans un complexe résidentiel avec 350 familles, on a signalé une eau jaunâtre, malodorante et contaminée par des vers.

Et du 21 octobre au 25 novembre prochain, la fermeture annuelle du canal supérieur du Gange pour l’entretien risque de perturber l’alimentation en eau de près de 2 millions de personnes dans certaines zones.
La région est donc dans une période de fortes tensions autour de l’eau alors que les centres de données s’installent un peu partout.

L’Uttar Pradesh souhaite se muer en immense pôle numérique. L’État vise désormais plus de 2 000 mégawatts de capacité supplémentaire pour ces centres de données et 2 000 milliards de roupies, soit environ 18,7 milliards d’euros d’investissements.

Depuis le début de l’année, sept projets sont déjà en service, alors que les politiques locaux accordent des aides foncières et fiscales, mais aussi une alimentation continue en eau dans les zones où se trouvent ces centres de données.Et c’est bien là que la colère monte.

Les centres de données abritent des milliers de serveurs qui dégagent beaucoup de chaleur et utilisent donc de l’eau pour refroidir leurs équipements. Si d’autres installations misent sur l’air ou des circuits fermés pour limiter les prélèvements, il n’empêche que ces centres de données s’accaparent une ressource précieuse.

L'Inde ne compte pas ralentir ses investissements

Le secteur des centres de données en Inde consomme environ 150 milliards de litres d’eau par an et en 2030, cette consommation pourrait atteindre près de 359 milliards de litres. On parle quand même de plus de la moitié des installations qui se trouvent dans des régions où les ressources en eau sont sous forte pression.

En 2029, le marché indien des centres de données pourrait être quatre fois plus gros qu’aujourd’hui grâce à plus de 50 milliards de dollars investis par des entreprises comme Amazon, Google ou Microsoft. En début d’année 2026, l’Inde a accordé une exonération fiscale aux entreprises étrangères qui proposent des services informatiques hébergés en ligne depuis les centres de données installés sur son territoire.

Et l’Inde a comme objectif d’attirer encore plus de capitaux grâce à cette exonération prévue jusqu’en 2047. Il n’y a pas qu’à New Delhi que l’eau manque. À Visakhapatnam, Google prépare un projet de 15 milliards de dollars. Là-bas, la ville dispose d’environ 410 millions de litres d’eau par jour alors que la demande atteint 480 millions.

Des associations locales ont saisi la justice par crainte d’une pression trop forte sur l’eau et les espaces naturels. Google se défend en expliquant que son centre de données utilisera surtout un refroidissement par air. Et la pression ne monte pas que chez le peuple, mais aussi au niveau politique.

NITI Aayog, qui conseille le gouvernement indien sur les politiques publiques, a proposé que la disponibilité de l’eau et de l’électricité compte dans l’examen des nouveaux centres de données. Il a aussi demandé aux entreprises de prouver que les réseaux locaux supportent leurs besoins. Si l’Inde veut devenir l’un des plus grands pôles mondiaux de l’IA, c’est au détriment de sa population où, dans plusieurs villes, l’eau potable est encore un luxe pour les habitants.

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