L'IA pourrait faire exploser le prix de votre prochaine voiture, aucune industrie n'est épargnée

L'IA pourrait faire exploser le prix de votre prochaine voiture, aucune industrie n'est épargnée

Si vous suivez un peu Les Numériques, vous savez que l'on parle très régulièrement de cette situation. Les entreprises IA construisent des centres de données pour entraîner et faire tourner leurs modèles d'IA. Ces installations engloutissent des quantités énormes de mémoire vive. Google, Microsoft ou OpenAI signent des contrats pluriannuels et paient le prix fort pour bloquer les capacités de production.

L'IA s'accapare tous les stocks de mémoire

En gros, trois fabricants seulement, Samsung, SK Hynix et Micron, contrôlent plus de 90 % de la production mondiale de mémoire vive. Les entreprises privilégient les clients IA car plus rentables. Résultat, les constructeurs automobiles se retrouvent en concurrence directe avec eux pour chaque puce.

Les chiffres racontent l'ampleur de la crise. Entre septembre 2025 et janvier 2026, les prix de la DRAM sur le marché libre ont bondi d'environ 450 % selon le cabinet Kearney. "Il s'agit d'un changement structurel", prévient Kushal Fernandes, associé du cabinet Kearney.

Au premier trimestre 2026, les prix des contrats de DRAM ont presque doublé selon TrendForce. Sur un an, la mémoire LPDDR4 pour les voitures a grimpé d'environ 70 % en janvier selon S&P Global Mobility. On parle même de hausses au-dessus de 100 % sur certaines références de mémoire selon UBS.

L'automobile est très exposée à cette hausse de la mémoire. Il faut dire que chaque voiture moderne embarque une quantité astronomique (parfois jusqu'à l'absurde) d'électronique. Les aides à la conduite, les cockpits numériques et les mises à jour à distance demandent de la mémoire en permanence. Le problème se compliqué sur la durée. D'ici 2028, les fabricants de puces arrêteront les mémoires de générations anciennes comme la LPDDR4, très utilisées dans les voitures actuelles.

Les constructeurs subiront deux effets à la fois, des prix en hausse à court terme et des systèmes entiers à revalider sur des mémoires récentes. La construction d'une nouvelle usine demande plusieurs années et aucune solution rapide n'existe.

Face à cette pression, les constructeurs rassurent. En 2026 et 2027, Stellantis renforcera ses achats de puces selon Joachim Kahmann, son vice-président des achats électroniques. D'ici 2028, Joachim Kahmann espère un retour à la normale, sans ajustement de la production.

Jusqu'à 3 600 € de plus sur la facture

Chez BMW, aucun achat direct de mémoire et des contrats longs avec les équipementiers. Le constructeur automobile ne voit aucune pénurie en vue. Renault attend une adaptation des fabricants de mémoire, par l'investissement et l'ajout de capacités.

Aucun constructeur n'annonce de hausse de prix catalogue à cause des puces. Sauf que voilà, les surcoûts tombent dans les comptes. En 2026, les surcoûts atteindront environ 1 milliard de dollars chez Ford selon Sherry House, sa directrice financière.

"Nous pensons à ce stade avoir accès à des approvisionnements suffisants, mais nous voyons une pression sur les prix", explique la dirigeante. Mais ce n'est pas tout puisque Honda a réduit sa production de 110 000 véhicules en Amérique du Nord à cause des pénuries de puces.

En Chine, William Li, fondateur et directeur général de Nio, chiffre le surcoût au véhicule près. La production de chaque SUV ES8 coûte près de 20 000 ¥ en plus, soit environ 2 400 €. Les puces mémoire et le lithium expliquent cette hausse. Une répercussion complète exigerait environ 3 600 € en plus par voiture. Le constructeur encaisse ce surcoût sur ses marges pour le moment. Nio a même investi 158 millions de yuans dans CXMT, le premier fabricant chinois de DRAM, pour sécuriser ses approvisionnements.

Le précédent de la pénurie de semi-conducteurs montre les risques pour les constructeurs. En 2021, les constructeurs ont produit 7,7 millions de véhicules en moins selon le cabinet AlixPartners. La perte a atteint 210 milliards de dollars de chiffre d'affaires.

À l'époque, les constructeurs ont annulé leurs commandes de puces et les capacités étaient parties vers l'électronique grand public. Tout se jouera sur la durée de la crise. Jusqu'en 2028, si la demande de l'IA grimpe plus vite que les capacités de production, une partie des surcoûts finira sur les prix catalogue. Résultat, les constructeurs auront deux options, répercuter les surcoûts ou retirer des équipements des fiches techniques.

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