Affaire de la tête de cochon à Nice : un marché public de deux millions d’euros a-t-il été promis à un hacker par l’entourage de Christian Estrosi ?
Un cyberactiviste, soupçonné d’avoir placé la tête d’animal sur les grilles de la résidence de l’ex-maire de Nice, fait des révélations dans Nice Matin. "Si ces faits sont confirmés, ils constitueraient l’un des plus graves scandales politiques de la cinquième République", commente l’actuel maire, Eric Ciotti.
Le maire de Nice, Eric Ciotti, a annoncé ce mardi 4 août souhaiter "se constituer partie civile" dans le cadre de l’affaire dite de la tête de cochon. Une réaction qui faisait suite à des révélations du quotidien Nice Matin, nouvelle secousse post-élections municipales : le 27 février dernier, en pleine campagne, Christian Estrosi, le maire sortant, et son épouse découvraient en rentrant chez eux une demi-tête de porc accrochée aux grilles de leur résidence. La photo du maire était épinglée sur l’animal, avec une étoile de David. Christian Estrosi avait dénoncé un acte antisémite.
Un cyberactiviste, aujourd’hui mis en examen, est le présumé auteur de cette mise en scène. Le hic : il était en lien avec un proche du couple Estrosi. L’enquête judiciaire devra déterminer si oui ou non des proches de Christian Estrosi ont mis en scène cette polémique pour s’attirer des sympathies dans l’opinion.
Le hacker affirme "qu’un marché public lui avait été promis en contrepartie de son intervention en marge de la campagne officielle", souligne Nice Matin. Le journal précise que Christian Estrosi "dément fermement" cette version. Ses avocats évoquent des accusations "aussi incongrues que scandaleuses" qui "heurtent profondément Christian Estrosi". Lequel a décidé de déposer une plainte en dénonciation calomnieuse.
"J’ai une putain d’idée"
D’après le hacker, "un marché à la métropole" de "deux millions d’euros" lui aurait été promis en cas de réélection aux municipales, pour lui et son associé, un ancien agent de la DST (le service de contre-espionnage français). Par ailleurs, une somme de "50 000 euros aurait été affectée aux actions de l’équipe officieuse de campagne de Christian Estrosi", destinée à l’achat de publicités sur Facebook. Le cyberactiviste implique un deuxième homme, lui aussi mis en examen. Ce dernier, Sevan B., proche du couple Estrosi, "dément toute implication dans l’opération tête de porc". Il en "réfute la paternité qu’Amine S (le cyberactiviste, Ndlr) tente de lui faire endosser", précise le journal. Le hacker affirme que ce proche d’Estrosi l’aurait appelé 48 heures avant les faits (l’accrochage de la tête de cochon) en lui disant "J’ai une putain d’idée".
Sevan B. reconnaît par contre avoir tenté de booster la campagne du candidat Estrosi sur les réseaux sociaux, quitte pour cela à produire des contenus "borderline" et à les "pousser" en avant grâce à la publicité. Il explique "qu’il avait été sollicité par le maire sortant pour redorer son image digitale, en perte de vitesse face à Eric Ciotti", précise Nice Matin. Et notamment "contrer les attaques sur les réseaux sociaux" en organisant des commentaires positifs pour Estrosi et négatifs pour Ciotti. Quitte, reconnaît-il, à utiliser des méthodes "un peu cavalières".
"Si ces faits sont confirmés, ils constitueraient l’un des plus graves scandales politiques de la cinquième République", commente Eric Ciotti. "Les Niçois ont le droit de savoir si leur vote a été manipulé", rajoute le député-maire de Nice, président du microparti Union des droites pour la République, associé au Rassemblement national.