Andreï Zviaguintsev : « "Minotaure" est un film sur la masculinité, sur la soif de pouvoir absolu »

Andreï Zviaguintsev : « "Minotaure" est un film sur la masculinité, sur la soif de pouvoir absolu »
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Andreï Zviaguintsev

© Vincent Capman / Paris Match

Fabrice Leclerc 11/10/2026 à 21:24, Mis à jour le 11/10/2026 à 21:24

Implacable radiographie de la société russe sur fond de conflit en Ukraine, « Minotaure » a été primé à Cannes. Rencontre avec un cinéaste majeur.

Un miraculé. Quand on le retrouve à Cannes, en mai dernier, moins d’une heure après la longue ovation qu’il a reçue à la projection de « Minotaure » dans la grande salle du Palais des festivals, Andreï Zviaguintsev, une fois le smoking rangé, mesure la chance qu’il a. Le cinéaste russe de « Faute d’amour » ou « Leviathan » vit une renaissance. D’abord physique. Un Covid l’a dévasté, le laissant quarante jours dans le coma, puis un an à l’hôpital, en 2021. Quelques mois plus tard, il sera contraint à l’exil en France, accueilli par ses producteurs, Charles Gillibert et Nathanaël Karmitz, après s’être exprimé contre la guerre en Ukraine. Alors, il savoure le moment, lui qui ne sait pas encore qu’il décrochera quelques jours plus tard le Grand Prix du jury pour son film. « Mon retour au Festival avait quelque chose d’essentiel. Car je n’ai pas tourné de films pendant neuf ans. Je devais me prouver à moi-même que j’étais encore à la hauteur. Prouver aussi à mes producteurs et au Festival que le cinéma était toujours au cœur de mes pensées. »

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​Six films et autant de prix récoltés sur la Croisette ou à la Mostra de Venise. Un parcours sans fautes que vient poursuivre « Minotaure », film dense et magistral sur la violence et le pourrissement de l’intérieur. Il raconte un couple en décomposition (telle une variation, qu’il avoue très lointaine, du film de Claude Chabrol « Une femme infidèle ») pour mieux parler d’un pays, le sien, où le mensonge, la fierté et la mort coulent dans les veines de ses habitants. Il l’a tourné en Lituanie, faute de mieux. Mais le cinéma de ­Zviaguintsev est implacable, lesté de plans-séquences, faisant l’impossible jonction entre la retenue de Tarkovski et la force du cinéma de genre.​

« Je continue de penser que la culture ne doit pas être la victime des dictateurs »

Son « héros » est un monstre tout-­puissant au profil respectable. « Pour moi, c’est un film sur la masculinité, sur la soif de pouvoir absolu. Et quand on n’a pas ce qu’on veut, on le prend par la force et par la violence. Le film emprunte plusieurs genres. Comme dans la vie, il est fait de cassures. La guerre en Ukraine n’est qu’évoquée, sans vraiment être traitée. Jusqu’à la conscription des hommes russes. D’un coup, le drame intime devient général, le mensonge, une règle. À partir de là, chacun y verra ce qu’il veut. Je laisse le spectateur décider. » Quitte à être critiqué quand il s’oppose à l’effacement de la culture russe, qu’il présente comme un dommage collatéral : « Je continue de penser que la culture ne doit pas être la victime des dictateurs. Je trouve cette ​discrimination complètement injuste. Moi, j’ai passé toute ma vie là-bas, à parler cette langue-là, et c’est comme si on voulait m’annihiler. »​

Son film, très majoritairement financé et conçu en France, représentera notre pays dans la sélection à venir des meilleurs films étrangers aux Oscars. Le cinéma français est, lui aussi, une terre d’accueil, au risque de susciter la polémique. ­Zviaguintsev les tient toutes à distance. « Je pense que toute œuvre d’art en dit beaucoup plus que les paroles de ses auteurs. J’ai réalisé un film. Je ne parle pas, j’agis. » Définition du « ­Minotaure » : figure mythologique du monstre enfermé dans son labyrinthe, aveuglé par la colère et dont l’orgueil mène au chaos…

Affiche-7

« Minotaure », en salle le 14 octobre.

© DR

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