Aquaman et le Royaume perdu : critique du naufrage DC

Aquaman et le Royaume perdu : critique du naufrage DC

Par Mathieu Jaborska

11 octobre 2026

Partager

C’est le dernier grand rendez-vous du DCEU de Warner avant sa refonte totale : Aquaman et le Royaume perdu. Toujours sous la direction de James Wan et interprété par Jason Momoa, le super-héros aqueux avait pour mission non pas de sauver une franchise moribonde, mais de distribuer une ultime dose de divertissement décérébré, dans la lignée du premier volet. La production des films DC étant toujours aussi chaotique, il échoue comme une baleine après une marée noire.
NB : la critique d’Aquaman 2 a été remise en avant pour sa diffusion télé ce 11 octobre. 

Aquaman et le Royaume perdu : critique du naufrage DC

© Warner

Certificat de DC

Chose rare, Aquaman et le Royaume perdu n’a pas été projeté aux journalistes français en amont de sa sortie, comme d’autres superproductions récentes de Warner. « Les films qui ne sont pas montrés à la presse sont-ils forcément des daubes ? », s’interrogeait un article de 20 Minutes comportant quelques témoignages révélateurs. Dans tous les cas, difficile de ne pas en déduire que les distributeurs savent très bien ce qu’ils avaient entre les mains.

Tout juste pouvaient-ils repousser l’échéance, priant que les critiques parisiens ne soient pas assez courageux pour se rendre à une avant-première publique ou que les influenceurs passe-plats soient plus bruyants qu’eux.

Une stratégie qui peut fonctionner, les studios ayant réussi depuis quelques années à faire passer leur promotion pour de l’information, mais qui trahit chez Warner une panique générale. Force est de constater que les producteurs et distributeurs des films du DCEU sont toujours en pleine opération de damage control, s’assurant avec de moins en moins de succès que les gens qui parlent de la saga soient dépourvus du moindre esprit critique.

Personne n’est dupe. À l’instar de Shazam 2 et The Flash, Aquaman 2 est né dans un total chaos industriel, brûlant des dizaines de millions de dollars à force de réécritures, de reports divers et variés, de reshoots en pagaille, de projections-tests désastreuses et autres changements de direction ou de stratégie du studio. À l’instar de Shazam 2 et The Flash, il porte les stigmates d’une post-production relevant du charcutage pur et simple, ajoutant puis enlevant du montage des caméos de Batmen par exemple.

Aquaman et le Royaume perdu : photo, Jason Momoa
Touche le fond et nage encore

Aquaman 2 est donc moins un vrai blockbuster qu’une sorte de monstre de Frankenstein sous-marin, résultat approximatif de dizaines de compromis artistiques et économiques. À ce stade, les exécutifs de la firme sont juste en train de serrer dents et fesses avec l’espoir que cet ultime opus ne subisse pas le même sort que ses semblables. Après tout, il suit le plus gros carton du DCEU et il reste réalisé par James Wan, même si son style se devine à peine derrière les plaies béantes laissées par la gestion catastrophique de la franchise.

Tous attendent impatiemment la refonte organisée par Peter Safran et James Gunn, qui aurait supervisé la dernière vague de reshoots. Quoi qu’on pense du réalisateur de The Suicide Squad, il ne pourra pas faire pire, à moins de confier la réalisation du prochain Batman à un lémurien. Et encore.

Aquaman et le Royaume perdu : photo
En vert et contre tous

Laissez Momoa dancer

Pourtant, sur le papier, il s’agissait bien du projet le moins risqué. Doté d’un budget de 205 millions de dollars minimum (soit à peu près 14 Godzilla Minus One), il n’avait qu’à reproduire la recette gagnante de l’amusant premier film : une approche pulp, un scénario simple, des kaijus sous-marins et des relents horrifiques. Mais si l’intrigue générale est bien enfantine, au point de recycler les mêmes méchants – cette fois avec des yeux verts – et de jouer une carte écolo qui ferait passer Don’t Look up pour le dernier rapport du GIEC, le découpage narratif et visuel plonge le tout dans une confusion permanente, notamment lors d’une exposition plus que laborieuse.

Aquaman 2 est tiraillé entre les envies de divertissement pop coloré de Wan et les impératifs du studio, maltraitant la plupart de ses protagonistes sans pour autant parvenir à proposer un spectacle digne de ce nom. Ou même regardable sans être pris de mal de mer. Outre Jason Momoa, qui ressasse son numéro de papounet métalleux bourru, chaque personnage secondaire n’est qu’une vague silhouette, la palme de la figuration revenant probablement à Amber Heard, dans le collimateur des communautés internet et donc réduite à la fonction de poule pondeuse qui vient sauver les miches de son mari quand le pseudo-scénario l’exige.

Aquaman et le Royaume perdu : photo
Le buddy movie du malaise

Une sous-caractérisation qui aurait pu laisser la place à un spectacle généreux si Wan avait pu aller au bout de ses idées et de ses références, allant du space opera (le repaire des pirates) au cinéma d’aventure (le volcan), en passant par une citation explicite de La Planète des Vampires (le vaisseau des méchants). Malheureusement, ses envies et ses thèmes presque lovecraftiens sont eux aussi écrabouillés par une narration dispersée et un découpage aux fraises. Et ce ne sont pas les séquences d’action rachitiques, culminant dans deux plans-séquences numériques illisibles, qui vont rivaliser avec les morceaux de bravoure stupides, quoique généreux, de Aquaman premier du nom.

Aquaman et le Royaume perdu : photo, Nicole Kidman
La reine des arrière-plans

Aquaman de B à Z

Scénario pété, caractérisation inexistante, musique générique, spectacle au rabais… Mais de quoi est donc fait Aquaman 2 ? De polygones. Moches. La comptine a résonné toute l’année à Hollywood : qui dit production alambiquée, dit manque de préparation, dit délais trop serrés, dit effets spéciaux dégueulasses. La modestie de James Wan ferait passer la pilule si la moitié du long-métrage ne se déroulait pas sous l’eau et donc dans des environnements 100% numériques. Les approximations de certains plans ont beau sauver malgré elles les dialogues abscons (la couronne de Dolph Lundgren est plus drôle que l’intégralité des vannes du film), le tout est d’une laideur ahurissante.

Cette surcharge de CGI baveux aurait dû suturer le cadavre recomposé d’Aquaman 2, mais ne parvient qu’à saloper les dernières traces du spectacle décomplexé cher au metteur en scène. Plombée par les improvisations de Warner et une facture technique indigente, sa petite série B fun se transforme en grosse série Z difforme.

Aquaman et le Royaume perdu : photo
Plutôt Neil Breen que James Cameron

Shazam 2 dissimulait à peine sa publicité pour Skittles, Aquaman 2 comporte un énorme placement de produit pour Guinness (parce que l’alcool, c’est cool les enfants). Une indication de ce à quoi carburent désormais les pontes du studio, probablement.

James Gunn et sa troupe devraient intervenir avant qu’ils ne passent au crack, même si tout le mal qu’ils ont fait au genre cette année ne lui garantit pas un avenir radieux. Et si c’était le signe ultime qu’il fallait mieux passer à autre chose plutôt que de remettre une pièce dans la machine ?

Aquaman et le Royaume perdu : Affiche

Rédacteurs :

À chaque film DC sa nuance de blockbuster pourri. Après le néant de Shazam 2 et l’autodestruction de The Flash, place à la série Z à plus de 200 millions de dollars.

Autres avis

  • Geoffrey Crété

    Aquaman 2, c'est comme le premier mais sans le moindre savoir-faire. Ça ressemble donc à trois films réunis en un, où les scènes, les décors et les personnages sont entassés jusqu'à donner le vertige (du vide).

Tout savoir sur Aquaman et le Royaume perdu

  • Le bordel DCEU : on a classé tous les films, du meilleur au pire (Superman, Batman, Aquaman…)

  • “C’était très pénible” : Aquaman a été un véritable enfer à tourner pour l’acteur Dolph Lundgren

  • Les 5 pires méchants des films de la saga DC (Aquaman, Shazam!, Justice League…)

Ajouter EL comme source préférée Suivez-nous

Commenter

Vous aimerez aussi

Commentaires