ASSE. Michel Platini : « Saint-Etienne, c’est là où j’ai appris à toujours gagner »
Du côté du Forez, Michel Platini est indissociable des Verts. Même si l’aventure n’a duré que trois saisons, elle a marqué l’histoire de l'ASSE, et les images restent éternelles, associées aux icôniques maillots Super Télé et KB Jardin. Une histoire partagée puisque, dans la série documentaire de Canal+ à sa gloire, l'ancien numéro 10 de légende avoue, campé au centre de la pelouse de Geoffroy-Guichard : « C’est une histoire d’amour, une longue histoire d’amour ».
Mais pour les supporters de l’AS Saint-Etienne, il faudra attendre quasiment la moitié du troisième épisode de la série pour que la période verte de « Platoche » soit évoquée. Cinq petites minutes, entre le Chaudron et le Musée des Verts, au milieu de trois heures où il est davantage question de la Juventus Turin, où il part en 1982 après ses trois saisons stéphanoises, de l’équipe de France et du premier titre décroché à l’Euro 84, ou encore de son enfance et ses débuts en Lorraine.
« C’était le club de la France »
Si la saison charnière de la carrière de Michel Platini est 1982 et son arrivée en Italie, son passage à Saint-Etienne n’est pas à négliger. Il s’agit d’une marche supplémentaire vers la consécration de son talent immense, obtenue dès 1983, et trois années de suite, avec le Ballon d’or. Seul Lionel Messi a depuis fait mieux que le Français (quatre fois de suite et huit fois au total).
Platini lui-même ne s’y trompe pas : « C’est là où j’ai appris à toujours gagner ». A Saint-Etienne, il remporte son premier titre de champion de France, un bonheur au milieu de trois saisons finalement en demi-teinte, pour le club plus que pour le joueur lui-même. « On a donné de l’espoir et après on n’est jamais allé au bout des rêves », concède Platini devant la caméra de Canal+.
Si comme le dit le triple Ballon d’or, « c’était le club de la France, Saint-Etienne, toute la ferveur des supporters stéphanois était magnifique ». Mais à l'ère Platini la fameuse épopée de 1975-76 commence à dater, et on sent un certain essoufflement.
Trois saisons qui ont marqué l'histoire du club
On rembobine ces trois saisons qui, au final, ont marqué l’histoire du club et ce qu’il est devenu. Tout d’abord, Michel Platini à l’AS Saint-Etienne ce sont des statistiques dingues. Le meneur de jeu de génie est aussi et avant tout un buteur de talent.
En 145 matchs disputés (toujours comme titulaire) sous le maillot vert, il inscrit 82 buts. Seulement quatre sur penalty. Et, si le nombre de coups francs directs marqués ne sont pas officiellement comptabilisés, certains restent mémorables. Comme celui inscrit face au PSV Heindoven, en novembre 1979, lors de la mythique victoire 6-0 à Geoffroy-Guichard.
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Recruté par l'ASSE pour 2 millions de francs
Déjà convoité par quelques équipes européennes, le milieu de terrain de Nancy Michel Platini signe finalement à Saint-Etienne, le club phare français des années 70, le 1er juin 1979 pour la somme d'environ deux millions de francs -qui feraient un peu moins de 305 000 euros aujourd'hui !
Derrière ce recrutement, l'objectif affiché par le président Roger Rocher est d'aller décrocher cette coupe d'Europe qui lui a échappé trois ans plus tôt en finale à cause, notamment, des maudits poteaux carrés de l'Hampden Park de Glasgow.
Sur la scène européenne, ça ne se passera pas vraiment comme souhaité. Lors des deux premières saisons de Platini dans le Forez, il y a quelques coups d'éclat en Coupe de l'UEFA, comme le légendaire 5-0 infligé à Hambourg sur la pelouse du vice-champion d'Allemagne, avec deux buts de Platoche, en huitièmes de finale lors de la saison 1980-1981.
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Mais les deux premières années, le parcours des Verts s'arrête au stade des quarts de finale : ils sont sèchement battus par le Borussia Mönchengladbach puis par Ipswich.
La troisième saison, c'est un cuisant échec en Coupe d'Europe des clubs champions, où l'ASSE ne passe pas le tour préliminaire, éliminée par le Dynamo Berlin à Geoffroy-Guichard.
L'homme du 10e et dernier titre à ce jour
Sur la scène nationale, l'ogre stéphanois est toujours là mais il doit davantage partager son festin. Le club n'a plus remporté le championnat de France depuis 1976, et l'équipe de Platini échouera la première saison à la 3e place, devancée par Sochaux (au goal-average) et le FC Nantes, sacré champion.
Ce titre tant attendu arrivera la saison suivante, au bout du suspense de la 38e journée de championnat et après avoir dû surmonter de nombreux obstacles. Concurrents directs accrocheurs (comme Nantes, encore à un point au coup d'envoi de la dernière journée), derbies, matchs ternes... Les Stéphanois se sont fait peur quasiment jusqu'au bout.
Le 2 juin 1981, l'équation est simple pour les Verts : battre Bordeaux devant un public de Geoffroy-Guichard en folie. Pour ce soir de sacre, on a droit à un Michel Platini de gala qui porte l'équipe et fait redescendre la pression en inscrivant un doublé en première période.
Si la réduction du score, par Bernard Lacombe à dix minutes de la fin, jette un froid, le Chaudron peut exulter et le public envahir la pelouse au coup de sifflet final.
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Michel Platini, qui termine au passage troisième meilleur buteur de la saison, vient d'offrir à l'ASSE son 10e (et dernier jusqu'à ce jour) titre de champion de France de D1, le seul de sa carrière.
Deux finales de Coupe de France perdues
L'armoire à trophées de Michel Platini aurait pu être garnie de deux Coupes de France supplémentaires (il a remporté celle de 1978 avec Nancy en inscrivant l'unique but de la finale). Mais en 1981, les Verts, totalement carbonisés par la saison et le titre de champion de France chèrement décroché, s'inclinent en finale face à Bastia (2-1). Platini dira lui-même, a posteriori, que l'équipe, complètement cuite, n'avait pas du tout envie d'aller en finale.
L'année suivante, la finale contre le PSG arrive douze jours après avoir manqué d'un petit point le titre de champion de France tout en ayant un temps touché virtuellement le sacre, au cours de la dernière journée de championnat face à Metz.
Pour ce qui restera son dernier match sous le maillot vert, Platoche fait plus que le job. Il inscrit les deux buts stéphanois, dont une belle demi-volée qui permet l'égalisation. Et, bien que blessé à la cuisse, il ne se dérobe pas et inscrit son tir au but. Mais l'ASSE s'incline 6-5 à l'issue de la séance fatidique.
Platini restera donc une icône à Saint-Etienne, et ce n'est pas pour rien qu'en 2013, à l'occasion des 80 ans du club, l'ASSE le nommera ambassadeur à vie.
Une fin marquée par deux affaires
La première bombe, qui aboutira à la fin de l'ère Roger Rocher et à l'inexorable descente aux enfers du club forézien, éclate en avril 1982 par les révélations du quotidien Loire-Matin. C'est l'affaire dite de la caisse noire. Des fonds occultes prélevés sur les recettes de la boutique du club et sur ses matchs de coupe d'Europe, qui servaient notamment à convaincre les meilleurs joueurs, dont Platini, de rester.
L'autre déflagration, qui mêle privé et sportif, touche plus directement Michel Platini. Le 3 mai 1982, à quelques semaines de la Coupe du monde en Espagne, Libération publie ce qui était alors un secret de Polichinelle dans le monde du football. Le quotidien national évoque la liaison entre la femme de Michel Platini et Jean-François Larios, coéquipier de son mari à l'ASSE et chez les Bleus.
Larios a évoqué cette période, qui lui aurait coûté une partie de sa carrière, dans son livre J'ai joué avec le feu, sorti en 2017, et lors de la promotion médiatique qui a accompagné sa parution.
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Un triplé face au kop Nord lors de l'Euro 84
C’est avec le maillot de l’équipe de France que Michel Platini foule une dernière fois la pelouse de Geoffroy-Guichard. C’est le 19 juin 1984, lors de l’Euro qui se dispute en France. Les Bleus, déjà vainqueurs du Danemark et de la Belgique, se débarrassent de la Yougoslavie (3-2) et le n°10 inscrit au passage un triplé devant le kop Nord qui l'a tant aimé.
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Une dernière en forme de porte-bonheur, puisque huit jours plus tard les Bleus seront sacrés champions d’Europe pour la première fois de leur histoire.
Platini raconté en trois heures
La série documentaire de Canal+, signée Guillaume Priou, se découpe en six épisodes d’une trentaine de minutes au cours desquels Platini se raconte, épaulé par d’anciens coéquipiers ou adversaires et de proches comme sa sœur ou ses enfants.
Les trois premiers, déjà diffusé sur Canal+, sont disponibles sur la plateforme de la chaîne cryptée. L'histoire débute par l’arrivée de Platini à la Juve deux ans après l’ouverture du calcio aux joueurs étrangers. Et se structure autour d'un aller-retour entre Turin et la Lorraine, où sont les origines familiales et footballistiques de celui qui, selon ses propres mots, « n’est pas un winner à l’époque ».
Les trois derniers épisodes, qui évoquent notamment le drame du Heysel lors de la finale de la Coupe des clubs champions entre la Juventus et Liverpool en 1985, mais aussi son autre carrière à la tête des Bleus puis de l’UEFA, seront diffusés ce dimanche 30 août.
Une série en forme de panégyrique qui retrace la légende en passant sous silence les parts d’ombre de l’histoire de l’un des plus grands footballeurs de tous les temps.
Guillaume Priou, réalisateur de cette série, s'est spécialisé dans les documentaires sportifs, avec notamment Laure, Laure, Laure, consacré à la nageuse Laure Manaudou, ou encore Je ne suis pas une salope, je suis journaliste, en collaboration avec Marie Portolano, qui avait fait quelques vagues dans le milieu médiatique.