Aux Amfis comme pour 2027, les écolos sont « bienvenus, à condition qu’ils jouent le jeu »
Les militants insoumis se réjouissent de la tentation pour certains écologistes de les rejoindre. Mais échaudés par les ratés de la Nupes et du NFP, ils n’entendent pas brader leur programme.

OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP
Aux Amfis, les écolos sont « bienvenus, à condition qu’ils jouent le jeu ».
« La présence des Écologistes, ça me fait plaisir. » Étienne, 32 ans, est un militant insoumis convaincu. Appliqué, il prend des notes pendant une conférence consacrée à l’alimentation, en présence du député vert Benoit Tavernier. Lui, comme la direction insoumise, se réjouissent de voir des figures et parlementaires écologistes participer aux Amfis, les universités d’été de la France insoumise qui se tiennent à Châteauneuf-sur-Isère, près de Valence.
Ils sont sept à avoir été invités par LFI pour l’évènement de rentrée. Karima Delli, ancienne sénatrice, le président du Conseil fédéral des Verts, plusieurs députés ainsi que la cheffe de groupe à l’Assemblée nationale, Cyrielle Chatelain. La veille, cette dernière a été accueillie avec les honneurs par Jean-Luc Mélenchon en personne et sa garde rapprochée. « L’écologie est un bien commun. Ravi d’accueillir Cyrielle Chatelain », a Xé le candidat à la présidentielle.
Devant la presse, la vice-présidente LFI de l’Assemblée Clémence Guetté glisse, pas si innocemment, qu’elle « n’a pas eu à convaincre de quoi que ce soit » pour que les élus écologistes répondent à l’invitation. La venue des Verts aux Amfis n’est pas inédite, mais leur présence « en nombre » est un « bon signal », pour les insoumis. En particulier vers Marine Tondelier, qui maintient à ce stade sa candidature malgré ceux qui, dans son camp, veulent rouvrir le dialogue avec Jean-Luc Mélenchon ? « Toute aide sera la bienvenue », a estimé au 13 heures de TF1 le quadruple candidat à la présidentielle. Mais attention : la France insoumise n’entend pas se faire dicter des conditions en échange d’un ralliement. Pas plus que les militants insoumis, pour qui « il faut arrêter d’être dans le déni. » Car « le rapport est de notre côté », martèlent-ils.
« Discuter », mais ne pas « reculer »
« Les désaccords ne doivent pas empêcher un accord. Il faut discuter », insiste Étienne. Pour autant, pas question de « reculer » sur les sujets les plus mobilisateurs pour les mélenchonistes, comme l’antiracisme et le soutien à la Palestine. Avec un froncement de sourcils, le trentenaire rappelle l’épisode des journées d’été écologistes de 2022 avec la venue controversée du rappeur Médine. Il grimace en évoquant la position de Marine Tondelier à l’époque. Sans annuler le concert, la secrétaire nationale du parti avait réclamé des explications au rappeur. « Il faut s’imposer et rester sur nos positions politiques », estime le jeune homme.
Il n’est pas le seul sur cette ligne. Ancien enseignant-chercheur reconverti paysan, Jean-Christophe, 46 ans, est venu aux Amfis en famille. À côté du chapiteau bien garni malgré l’heure matinale, il écoute une table ronde sur les luttes LGBT. Alors même qu’il estime que les Écologistes auraient pu être « son parti naturel », il a rejoint LFI car « cela me paraissait important qu’il y ait un lien entre les sujets ». Un lien social en l’occurrence, dit celui qui, tout en se définissant comme « bobo », juge que « les Écologistes ont une vision bourgeoise » et « désincarnée » de l’écologie. « On ne peut pas demander à quelqu’un qui n’a pas de moyens de se préoccuper d’écologie » argue-t-il. Malgré tout, ces reproches ne l’empêchent pas de voir d’un bon œil un éventuel rapprochement entre les deux formations. « Ils sont les bienvenus », assure-t-il. Avant de se reprendre illico : « Ils sont les bienvenus pour peu qu’ils jouent le jeu de ce vers quoi ils vont ». Le message est clair : oui pour le soutien écologiste, non pour « rejouer la Nupes » et faire des concessions sur un programme insoumis qui l’a convaincu.
Main tendue jusqu’à quand ?
Le discours fait écho à celui des cadres LFI. Tous rappellent la cohérence des votes entre les deux groupes à l’Assemblée nationale et n’identifient qu’un point majeur de désaccord : l’Europe, dont la France insoumise reste critique quand les Verts la défendent. La veille, lors d’une conférence avec Cyrielle Chatelain sur les milliardaires, Manon Aubry lui a proposé un débat sur le sujet européen. Ce, afin d’aplanir les divergences qui ne sont pas insurmontables, veulent croire certains cadres insoumis, qui rappellent les accords de la Nupes et du NFP. Cyrielle Chatelain a d’ailleurs répondu positivement.
Reste qu’il faudra organiser cet échange, puis en tirer des conclusions. Le tout assez rapidement, exigent les insoumis. Car si les cadres refusent de dire à partir de quand les insoumis se montreront moins ouverts à la discussion, la publication du programme pour 2027 pourrait représenter un couperet. Elle est prévue pour le cours de l’automne, après que le contenu aura été revu et actualisé avec diverses contributions. Il n’y a pas que pour la planète que l’heure tourne.