Avocate et anthropologue dans la vie : Qui sont ces juges qui veillent sur la traction chevaline à la Foire de Libramont ?
C'est un événement incontournable de la foire pour le public, venu en nombre assister au concours de traction chevaline. Qui dit 100e anniversaire dit nouvelle épreuve : le cheval de trait doit charger un rondin de bois sur un chariot, en le maintenant un temps stabilisé : "c'est une épreuve spéciale pour les 100 ans, c'est une technique qui a été utilisée entre 1920 et fin 1930", explique Joëlle Saussez.
Joëlle Saussez, d'Arlon, est juge à la foire depuis 2019. Au quotidien, elle est avocate indépendante mais aussi éleveuse. Il y a 50 ans, une vraie passion est née :"le cheval en général c'est mon hobby et ma bouffée d'oxygène. Je me réjouis lorsqu'il y a une naissance parmi mes chevaux et je vais participer pour la seconde fois au championnat de Belgique d'attelage en septembre ici à Libramont", révèle-t-elle fièrement. Elle a découvert la traction chevaline par l'intermédiaire de son fils, maréchal-ferrant et passionné de débardage : "tant qu'on veut bien de moi, je continuerai à venir avec plaisir juger les participants", s'enthousiasme-t-elle.
Le responsable du concours Jean-Claude Louis s'entoure de personnes qui répondent à des critères précis : "il sélectionne des gens qu'il connaît et en qui il a confiance, qui connaissent le métier de débardeur et surtout la spécificité du travail au cheval", précise-t-elle.
Un métier en perte de vitesse
Alors que le bien-être animal est de plus en plus au centre des préoccupations, la juge insiste sur la bientraitance du cheval : " je suis surtout attentive à la manière dont le débardeur va respecter son cheval et surtout sa bouche", explique-t-elle.
Le débardage est un savoir-faire qui se marginalise : "pour le forestier, on aura toujours besoin des chevaux mais c'est une profession qui se perd. Il reste une quarantaine de débardeurs en Belgique et il va falloir qu'ils s'adaptent à d'autres façons de travailler", assure-t-elle.
Tout au long de la journée, Joëlle Saussez a noté les meneurs et pointe de plus belles performances en début d'après-midi : "j'ai eu la chance de juger de très bons parcours avec peu de pénalités. Je ne sais pas si ce matin il y avait plus de stress ou si c'était le terrain", s'interroge-t-elle. La juge explique également que le débardeur doit respecter un temps imparti sous peine d'être pénalisé : "le temps idéal est de 15 minutes, en dessous, il y a des points bonus et au-delà, les minutes écoulées sont pénalisantes. Les deux meneurs que je viens de juger ont fait moins de 15 minutes", affirme-t-elle.
Un point de vue scientifique
En discrète observation en bordure de ring, l'anthropologue et chercheur à l'UCLouvain, Étienne Dalemans scrute les faits et gestes du meneur et son cheval de trait. Depuis un an, il cherche à comprendre le débardage au cheval, et plus particulièrement la relation entre le débardeur et son cheval de trait : "c'est la première fois que je viens en tant que chercheur, je vais à la rencontre des débardeurs et je les observe pour comprendre vraiment qu'elle est leur technique du cheval. Le but est de montrer la richesse de ce patrimoine culturel", détaille-t-il.
"Je n'ai jamais vu de maltraitance animale"
Grâce à ses observations, l'anthropologue met en lumière qu'il ne s'agit pas d'une simple relation entre l'homme et le cheval : "c'est un rapport au monde et c'est aussi un rapport qu'on a avec l'environnement mais évidemment qu'on voit moins ici dans le concours", reconnaît-il.
Le chercheur rejoint le point de vue de la juge : "c'est un métier qui tend à disparaître mais pour plusieurs raisons. Il y a le problème de la survie de la race ensuite le coût conséquent de l'entretien d'un cheval et surtout la motorisation des machines agricoles", argumente-t-il.
Il ajoute que ce qui pose principalement problème en Belgique, c'est que la traction chevaline n'est pas une disposition légale : "Au Grand-Duché, les autorités encouragent le débardage alors qu'en Belgique ce n'est pas le cas. Il n'y a pas de cadre légal, ce qui empêche de donner du travail aux débardeurs", spécifie-t-il.
Pour répondre aux défenseurs du bien-être animal, le chercheur explique la prédisposition du cheval de trait à supporter du poids : "le cheval n'a pas conscience de travailler, pour lui c'est une activité. Les débardeurs ont une connaissance fine et sensible de leurs animaux. À titre personnel, je n'ai jamais vu de maltraitance animale", insiste-t-il.
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