Barrière de la langue, matériel, pratiques… Comment les pompiers de différentes nationalités se coordonnent pour lutter contre les incendies en France

Barrière de la langue, matériel, pratiques… Comment les pompiers de différentes nationalités se coordonnent pour lutter contre les incendies en France

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Radio France

Publié le 06/08/2026 07:19

Temps de lecture : 3min

Des sapeurs-pompiers français mobilisés en Gironde, en juillet 2026. (ALAIN JOCARD / AFP)
Des sapeurs-pompiers français mobilisés en Gironde, en juillet 2026. (ALAIN JOCARD / AFP)

Jeudi 23 juillet, le mécanisme de protection civile de l'Union européenne a été activé pour venir en aide à la France dans sa lutte contre les incendies en Gironde.

Des pompiers venus de plusieurs pays de l'Union européenne luttent contre les incendies en France, ces dernières semaines. C'est la conséquence de l'activation du mécanisme de protection civile de l'Union européenne (MPCU), créé en 2001. Mais comment font tous ces soldats du feu qui ne parlent pas la même langue, qui n'ont pas le même matériel ni les mêmes pratiques, pour se battre à l'unisson contre les flammes une fois sur le terrain ?

Sans grande surprise, la langue officielle pour coordonner les opérations est l'anglais. Mais parmi les milliers de pompiers mobilisés, qu'ils soient français, allemands, ukrainiens ou roumains, ils sont nombreux à ne pas maîtriser l'anglais ou à utiliser un anglais très sommaire. Pour coordonner les échanges à l'échelle européenne, des officiers de liaison ont donc été désignés. Parmi les critères de sélection : le niveau d'anglais.

Chaque équipe de renfort arrive de son pays d'origine accompagnée d'un officier de liaison chargé de faire l'intermédiaire avec le pays d'accueil. "Toutes les consignes sont données en anglais à cet officier de liaison qui les traduit pour qu'elles se transforment en manœuvres sur le terrain", indique le commandant Arnault Angonin, représentant de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers. La semaine dernière, dans le Var, il a participé à l'accueil d'un module de renfort roumain.

Les manœuvres justement, les techniques et méthodes de travail peuvent varier d'un pays à l'autre mais cela a peu d'importance, ajoute le commandant : "On raisonne en objectif à atteindre, peu importe la méthode. Tout ce qui est technique de mise en œuvre, c'est propre à chaque pays, ça leur appartient."

"Nous, on fixe un objectif et c'est l'officier de liaison, qui commande son module, qui décide de la manœuvre qu'il ordonne à ces personnels."

Arnault Angonin, représentant de la fédération nationale des sapeurs-pompiers

à franceinfo

Les soldats du feu qui sont sur le terrain, eux, ont peu besoin d'échanger avec leurs homologues d'autres nationalités : "Il n'y a pas forcément d'interactions entre les équipes de différentes nationalités sur le théâtre d'opérations. Ça peut se faire sur le moment, dans un anglais sommaire et avec des gestes, on arrive à se faire comprendre." Peu d'échanges aussi avec les populations puisque les équipes de renfort sont rarement mobilisées au contact de la population. Elles sont essentiellement positionnées sur la "défense de points sensibles".

Se pose ensuite la question du matériel. Chaque renfort arrive avec ses engins, camions, lances ou encore moyens aériens. Il revient au pays d'accueil de fournir le nécessaire pour que le matériel puisse être raccordé sur son réseau : "Les pompiers viennent avec leur équipement. Lorsqu'ils arrivent sur place, des adaptateurs leur sont fournis. Concrètement ces adaptateurs permettent de connecter, par exemple, les tuyaux roumains aux tuyaux français. Et ça leur permet d'opérer comme n'importe quel engin de sapeurs-pompiers français."

Il y a aussi les talkies-walkies qui permettent aux équipes de communiquer pendant les interventions. Là aussi, chaque module de renfort arrive avec son réseau radio, ses talkies-walkies. L'officier de liaison se voit remettre un talky-walky raccordé au réseau français et il traduit sur son réseau radio les ordres donnés par la structure de commandement.

Malgré tous ces obstacles, des liens forts se créent entre pompiers de différentes nationalités. Pour matérialiser leur fraternité, une tradition persiste : l'échange d'écussons. "C'est la première chose que font les pompiers quand ils se rencontrent, c'est le premier signe de fraternité", souligne Arnault Angonin.

La fin d'une mission de renfort est ponctuée par une photo des équipes mobilisées avec leur drapeau respectif : "On vit avec eux pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, sur des théâtres d'opérations qui sont assez intenses. Donc il y a forcément des liens qui se créent. Le départ se fait souvent… Je ne vais pas dire avec quelques larmes mais ça crée des liens", conclut le commandant.