Brad Pitt : « Apprendre que la Provence était menacée par des incendies m’a serré le cœur »
Brad Pitt et son associé Marc Perrin, un négociant réputé dans le milieu vinicole, dirigent le domaine. Le domaine produit 200 000 bouteilles par an. Mai 2023.
© Collection Chateau de Miraval / Starface
Corinne Calmet 23/09/2026 à 20:00, Mis à jour le 23/09/2026 à 20:19
EXCLUSIF - Alors que les incendies dans le Var ont menacé son domaine de Miraval cet été, l'acteur a été impressionné par l'engagement de nos soldats du feu.
L’enfer en lisière. Armés de leurs lances et de leur courage, les combaants des flammes auront tenu le brasier en respect. Évitant le pire scénario à la célèbre propriété varoise acquise en 2011 par Brad Pitt et Angelina Jolie. Le comédien de 62 ans en a aujourd’hui fait son refuge et une entreprise florissante: vignes réputées, studios d’enregistrement rénovés. Celui qui a incarné toutes les gures du héros n’a jamais joué les pompiers. Mais, cet été, il a hébergé et nourri à Miraval une quarantaine d’entre eux. À ces hommes qui ont lué près de deux semaines dans la fournaise, il souhaite aujourd’hui dire toute son admiration : « Leur rendre hommage, à ma modeste mesure. »
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Paris Match. Quand, fin juillet, vous apprenez que le Var et les collines autour de Miraval sont en flammes, vous êtes à des milliers de kilomètres de là, à Los Angeles. Quelle est votre première pensée ?
Brad Pitt. Le feu, c’est la vie. Mais c’est aussi la mort. C’est une force qui ne fait pas de distinction : face à lui, personne ne bénéficie d’un traitement de faveur. Après avoir connu sa puissance dévastatrice ici, à Los Angeles et à Malibu, apprendre que la Provence était menacée m’a serré le cœur. La première pensée va toujours aux personnes sur place : sont-elles en sécurité ? C’est la question que je me posais chaque jour. La situation était grave et effrayante. Il fallait agir dans l’urgence. Il y a eu de nombreuses nuits blanches à surveiller l’évolution des choses et cette angoisse matinale, juste avant d’allumer l’ordinateur, pour consulter les dernières nouvelles.
Miraval est célèbre pour son terroir, mais cet été, c’est son eau qui a été salvatrice.
Nous avons la chance de disposer d’une eau abondante à Miraval, et plus encore celle de pouvoir partager cette ressource en cas de besoin. Comme vous l’avez si bien dit, les réserves d’eau de Miraval sont devenues un atout tactique vital. Encore fallait-il pouvoir l’extraire. Voir les équipages d’hélicoptères faire la queue en vol stationnaire, remplir leurs réservoirs, les uns après les autres, jour après jour, pendant des semaines avec une précision militaire mobile, c’était tout simplement impressionnant.
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Lors de vos appels vidéo, vous avez vu les pompiers revenir du front des incendies. C’était une évidence de les accueillir chez vous ?
Il n’y a eu aucune hésitation quant à l’attitude à adopter. Un lac, une route, un bâtiment, un lit : si cela peut aider, on y va ! Je suis encore touché par la façon dont notre équipe a su répondre aux besoins de notre communauté. Roland [le directeur général de Miraval, cité plus haut, NDLR] et Jasmine [la gouvernante] sont l’âme de Miraval et nos meilleurs ambassadeurs. Ils ont immédiatement aidé à installer des camps de base pour les équipes de première ligne, une zone de déploiement pour les opérations, un endroit où dormir quelques heures avant de repartir jeter leur corps face aux flammes. De voir les sapeurs-pompiers arriver au petit matin, après avoir lutté toute la nuit en première ligne, les corps harassés, les visages épuisés, et recevoir un petit déjeuner chaud, une simple baguette et une tasse de café, cela m’a ému jusqu’aux larmes. Un repas et un lit sont bien peu de chose, comparé à ce qu’ils ont accompli. Ça force l’humilité, encore aujourd’hui. Les pompiers étaient poussés dans leurs derniers retranchements. Et cette situation a perduré pendant des semaines. C’était tout simplement héroïque.
Vous ne veillez pas seulement sur votre propre terrain ; vous faites partie d’un ensemble plus vaste…
Les habitants de Correns, le village le plus proche, peuvent parfois percevoir les grands propriétaires internationaux comme des figures lointaines. Est-ce que cet épisode a renforcé le lien que vous avez avec eux ?
Pour moi, cette expérience incarne au mieux notre esprit de communauté en Provence et ce qui m’attache à jamais à ce petit coin de terre. Il faut dire que depuis notre arrivée, à mon équipe et moi, il y a une vingtaine d’années à Correns, la communauté varoise nous a toujours accueillis à bras ouverts, que ce soit les vendangeurs, les services médicaux et, bien sûr, ceux de la prévention des incendies. En retour, nous avons toujours cherché à honorer ses traditions séculaires, comme la chasse au sanglier annuelle, le cavage et autres fêtes nationales. Miraval possède une immense histoire culturelle et une tradition séculaire de rassemblement que nous espérons perpétuer.
Des hélicoptères bombardiers d’eau se succèdent pour écoper dans le lac du domaine. Au fond, une réplique de gradins romains.
© Doc. Starface
Vous avez déjà fait l’expérience, aux États-Unis, des incendies. Selon vous, quelles mesures de prévention devons-nous prendre en France ?
Je ne doute pas que les mesures de prévention des incendies mises en place dans notre région nous ont épargné une destruction bien plus catastrophique. Le débroussaillage et la création de pare-feux sont des leçons dont nous pouvons tous nous inspirer, alors que la planète se réchauffe et que ces menaces semblent devenir la norme. Encore une fois, le feu ne fait pas de différence. Peu importe où l’on est né ou depuis combien de temps on vit ici, car on regarde tous le même flanc de colline brûler. Miraval fait partie de cette communauté depuis très longtemps – bien plus longtemps que n’importe lequel d’entre nous – et nous avons la responsabilité de respecter ce fait. Vous ne veillez pas seulement sur votre propre terrain ; vous faites partie d’un ensemble plus vaste…
Le domaine de votre ami George Clooney se trouve à quelques kilomètres du vôtre. Avez-vous réfléchi ensemble à des solutions pour, une fois encore, aider les pompiers et les sinistrés en cas de nouveaux incendies ?
En pensant aux pertes catastrophiques que nous aurions pu subir personnellement, j’ai conscience que beaucoup n’ont pas eu cette chance. Brignoles et Correns, deux sites enchanteurs, ont subi des pertes immenses. La prochaine étape consistera à voir ce que nous, à notre échelle, pouvons faire pour aider ceux qui sont encore dans le besoin. C’est une question dont George et moi discutons actuellement. En attendant, en tant que gardien de ce lieu exceptionnel, Miraval garde ses portes ouvertes aux travailleurs de première ligne et à tous les autres, afin que nous puissions, ensemble et en communauté, célébrer ce qui demeure.