Buts à la dernière minute, scénarios dingues et remontées magiques : le football est-il devenu plus épique ?

Buts à la dernière minute, scénarios dingues et remontées magiques : le football est-il devenu plus épique ?

La gorge nouée, le souffle court, les jambes tremblantes, puis l'extase enivrante de ces longues soirées d'été : la remontée magique des Diables face au Sénégal en seizièmes de finale de la Coupe du monde le 1er juillet dernier a fait jaillir partout dans le pays, et sur la planète foot, la quintessence du sport roi dans ce qu'il a de plus noble : le pouvoir de bouleverser les cœurs.

Et ce Mondial 2026 nous en offre l'expression la plus limpide. Alors que les quarts de finale viennent tout juste de débuter et que les Diables s'apprêtent à défier l'Espagne ce vendredi à 21h avec l'espoir de poursuivre leur rêve, la phase à élimination directe nous a déjà offert un large panel de scénarios dingues, un florilège de renversements bouleversants.

L'Égypte a par exemple cru tenir l'exploit de son histoire, menant 2-0 à la 79e minute d'un huitième de finale de Coupe du monde face à l'Argentine pour finalement perdre le match 3-2.

Au tour précédent, le Cap-Vert, petit pays insulaire grand par le cœur, revenu au score à deux reprises avait aussi forcé cette même Albiceleste aux prolongations, sans parler du but d'Harry Kane à la 86e face à la RDC, crève-cœur pour les Congolais, ou de la délivrance signée Gabriel Martinelli à la 95e pour propulser la Seleçao au septième ciel, envoyant par la même occasion les Japonais plus bas que terre.

Les exemples sont nombreux et ce tournoi semble parfois prendre des airs de blockbusters, ce qui amène à s'interroger à l'aune de ces événements : le football est-il devenu plus épique ? Y a-t-il plus de retournements de situation, de remontadas ? Si oui, pourquoi ?

Le temps du vertige

Pour répondre à ces interrogations, une collecte de données s'impose. Et à bien y regarder, sur ce Mondial, l'intuition première est vraie. Après analyse de tous les matchs de phase à élimination directe joués avant les quarts de finale à la lumière des buts pivots (ceux qui permettent à une équipe d'égaliser ou prendre un but d'avance), marqués après la 80e minute jusqu'à la fin du temps réglementaire, ce ne sont pas moins de 10 matchs sur 24 qui sont concernés.

Ainsi, en seizièmes et en huitièmes de finale de ce Mondial américain, l'issue de 41,7 % des matchs s'est décidée après la 80e minute, soit le deuxième plus haut total de l'histoire derrière la Coupe du monde 1990, et très loin devant les trois éditions précédentes en 2014, 2018 et 2022 (12,5 %).

Buts pivots dans l'histoire de la coupe du monde
Buts pivots dans l'histoire de la coupe du monde ©IPM Graphics

Mais comme une analyse en appelle toujours une autre, difficile de ne pas voir dans ces chiffres impressionnants, un parallèle évident avec le football de club. Car depuis cette fameuse nuit barcelonaise du 8 mars 2017 lorsque le FC Barcelone avait remonté 4 buts au PSG, les nuits européennes de milieu de semaine ont, elles aussi, gagné en dramaturgie.

La Remontada comme bascule ?

Et lorsque l'on référence les grands come-backs de l'histoire de la Ligue des champions en phase à élimination directe, c'est-à-dire lorsqu'une équipe remonte deux buts ou plus pour se qualifier, ou lorsqu'elle est virtuellement éliminée à la 80e mais finit par passer, cela saute aux yeux : leur fréquence a presque doublé depuis 2017 passant de 0,68 à 1,4 en moyenne par saison.

Les remontadas en Champions League
Les remontadas en Champions League ©IPM Graphics

Mais alors, où réside l'explication ? Déjà, le règlement a évolué avec notamment en Ligue des champions la suppression de la règle du but à l'extérieur ce qui favorise les remontées. L'instauration post-pandémie des 5 changements permet aussi d'augmenter la fraîcheur physique des joueurs qui terminent le match et d'ainsi favoriser les buts tardifs. Pourtant cela n'explique pas tout. Car comme le rappelait Ole Gunnar Solskjær, auteur du second but de la magique remontée de Manchester United dans les arrêts de jeu de la finale de Ligue des champions 1999 : "Ce n'est pas toujours une question de tactique, mais de saisir le moment, de croyance et d'énergie."

Croire plus que vouloir

Et pour ce qui est de la croyance, on tient peut-être ici la principale explication. Car au-delà de subjuger le monde du ballon rond, les grandes remontadas s'inscrivent dans la mémoire collective gravant dans l'esprit de tous, la possibilité de soulever des montagnes. Cette conviction profonde couplée à la connectivité avec ses coéquipiers ainsi qu'une absence de peur de perdre, forment alors les ingrédients parfaits pour les plus grands come-backs. Pippa Grange, psychologue pour la sélection anglaise en 2018 le soulignait d'ailleurs très bien : "L'amour est plus fort que la peur dans la performance."

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Voilà donc tout le paradoxe fascinant de ce football moderne. Jamais ce sport n'a semblé aussi disséqué, aussi quadrillé, aussi enfermé dans les schémas, les données, les plans de jeu, les blocs compacts, les sorties de balle millimétrées et les ajustements tactiques pensés jusqu'au moindre centimètre carré de pelouse. Et pourtant, rarement il n'aura paru aussi vivant, aussi incandescent, aussi capable de se dérober à la froideur des tableaux noirs pour replonger, d'un but, d'un centre, d'un ballon mal repoussé ou d'une frappe au bout de la nuit, dans ce qu'il a de plus primitif et de plus bouleversant.

Car c'est peut-être là que réside sa beauté éternelle : dans cette capacité à rappeler, même au cœur d'une époque où tout semble prévu, calculé, anticipé, qu'il suffit encore d'une seconde, d'un souffle et d'un homme qui y croit pour renverser le destin. Et tant que cette part de vertige survivra, le football pourra bien changer de règles, de rythmes et d'époques, il restera ce théâtre immense où l'impossible, parfois, choisit encore de descendre sur la pelouse.

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