Suno : comment le générateur de musique par IA a-t-il pillé Deezer ?

Suno : comment le générateur de musique par IA a-t-il pillé Deezer ?

Le générateur de musique par IA Suno est au cœur d’une polémique juridique d’ampleur après la révélation qu’il a aspiré des millions de titres protégés sur les plateformes majeures.

Introduction

Jusqu’ici, le géant de la musique par intelligence artificielle promettait que ses modèles n’étaient entraînés que sur de la musique « accessible publiquement en ligne », tout en respectant les ayants droit et les éventuels abonnements Premium bloquant l’accès à certains contenus. Un pirate prouve le contraire ; 404 Media étale le pillage quotidien auquel se livre Suno, notamment sur la plateforme française Deezer.

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Un pillage systématique des plateformes de streaming

Une faille de sécurité chez Suno a permis à un hacker de mettre en lumière les sources de données utilisées pour entraîner ses modèles d’IA. Les fichiers divulgués prouvent que l’entreprise a aspiré des millions de morceaux provenant de plateformes de premier plan, telles que YouTube Music, Deezer et Genius (la base de données de paroles connectée à Apple Music). En plus de ces géants, les données révèlent l’utilisation de bibliothèques de musique libre, comme Pond5, Jamendo, et l’International Music Score Library Project.

Le hack a dévoilé des archives impressionnantes : notamment plus de 2 013 545 de clips de YouTube Music et des dizaines de milliers d’heures de contenu provenant de divers catalogues. La RIAA (Recording Industry Association of America) avait déjà dénoncé ces pratiques, accusant Suno d’avoir utilisé le « stream ripping » pour contourner les mesures de protection technologique des plateformes de streaming.

Le code source volé indique même une stratégie précise : l’IA cherchait spécifiquement des versions a cappella sur YouTube pour capturer les voix. Pour ce faire, Suno aurait utilisé des services tiers comme Bright Data pour masquer ses activités de scraping. Cette méthode de « collecte sauvage » confirme les soupçons des maisons de disques qui soutiennent que le modèle d’IA imite les qualités des enregistrements humains en s’appuyant sur des décennies de travaux protégés par le droit d’auteur.

Pas vu, pas pris

Malgré le caractère accablant des preuves apportées par le pirate à l’origine de ces révélations, Suno défend son business en invoquant le « fair use », autrement dit l’usage légitime d’œuvres protégées pour servir un noble dessein (ici, alimenter ses modèles de langage pour renforcer son produit phare). « Notre objectif a toujours été d’aider les gens à créer de la musique originale, pas à en reproduire, explique à 404 Media un porte-parole de Suno. C’est pourquoi nous construisons nos modèles autour de ce que nous appelons la “Création Originale, par design”. Par exemple, nous n’utilisons pas intentionnellement les noms d’artistes comme catégorie de métadonnées d’entraînement, car nous voulons que nos modèles aident les gens à créer de nouvelles chansons, et non de la musique qui reproduit le travail existant d’autres artistes. »

Alors que Deezer, justement victime du pillage de ses bases de données par Suno, alerte tous les trimestres sur le raz-de-marée de morceaux générés par IA uploadés quotidiennement sur sa plateforme, les révélations de 404 Media ne font que confirmer les craintes de tous les défenseurs de la propriété intellectuelle à l’ère de l’intelligence artificielle.

Reste à voir comment réagiront les majors, notamment Warner Music, qui a signé un partenariat avec Suno en début d’année. Le pillage éhonté de son catalogue faisait-il partie du contrat ?

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