"C’est le Far West" : près de Toulouse, il sort du bus pour poignarder son rival, un jeune homme de 18 ans condamné à trois ans de prison

"C’est le Far West" : près de Toulouse, il sort du bus pour poignarder son rival, un jeune homme de 18 ans condamné à trois ans de prison

l'essentiel Quatre jours après avoir porté plusieurs coups de couteau à Rayan, 17 ans, à la sortie d’un bus à Seysses, Julien, tout juste majeur, a été jugé ce lundi 24 août par le tribunal correctionnel de Toulouse. Il a été condamné à trois ans de prison, dont dix-huit mois ferme.

Rayan regarde le sol. Assis sur le banc des parties civiles, polo blanc sur le dos, légère barbe et cheveux bouclés, le garçon de 17 ans garde les yeux baissés. Sur sa joue gauche, un pansement commence à se décoller. Sa mère, installée à ses côtés, l’observe avec tendresse. Un autre regard, plus dur, plus insistant, le fixe. Derrière le box, Julien vient de prendre place. Silhouette nerveuse, touffe de cheveux frisés, visage encore adolescent, il porte un maillot de football. Il vient tout juste d’avoir 18 ans. Quatre jours plus tôt, à Seysses, près de Toulouse, il a porté plusieurs coups de couteau à Rayan.

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Ce lundi, devant le tribunal correctionnel de Toulouse, les deux garçons se retrouvent à quelques mètres l’un de l’autre. L’affaire, d’abord ouverte pour tentative de meurtre, a finalement été correctionnalisée sous la qualification de violences avec arme. Rayan, touché à quatre reprises au visage, au flanc et dans le bas-ventre, a quitté l’hôpital. Ses blessures, superficielles, lui ont valu cinq jours d’incapacité totale de travail.

Entre les deux adolescents, l’animosité ne date pas du 20 août. Ils se sont déjà battus. Le frère aîné de Rayan aurait été pris à partie au début du mois de juin. Le président rappelle également que la Fiat 500 de Julien a déjà été aperçue à proximité du domicile de Rayan. Menaces, provocations, rendez-vous pour en découdre : au fil de l’audience se dessine une rivalité installée depuis plusieurs mois.

Une séquence filmée

Le 20 août, Julien est assis au fond d’un bus avec sa compagne. À l’approche d’un arrêt, il aperçoit Rayan dehors. Les caméras du véhicule ont tout enregistré. Vingt secondes à peine. La vidéo est diffusée à l’audience.

Lorsque le bus ralentit, Julien se lève. Il plonge la main dans sa chaussette et en sort un couteau. Sa compagne tente de le retenir. "Elle a compris que vous alliez vous battre", lui rappelle le président. Les portes s’ouvrent. Rayan s’avance. Julien, casquette à l’envers, le saisit et l’entraîne hors du bus. Les coups partent presque immédiatement. Plusieurs coups de couteau sont portés avant que le véhicule ne redémarre, faisant disparaître la scène du champ de la caméra. La mère de Rayan pleure en regardant les images.

Après l'altercation, Julien prend la fuite. Il s’est lui-même ouvert la main au cours de la rixe. Le manche d’un couteau sera retrouvé à proximité des lieux, tandis que la lame sera découverte dans une boulangerie.

"À la base, je ne voulais pas lui faire de mal", explique Julien. Il dit avoir eu peur de son adversaire, qu’il décrit comme plus fort que lui, et avoir redouté que d’autres jeunes ne viennent le rejoindre.

Il raconte une précédente rencontre dans un bus : "Il m’avait dit : 'Descends, va au terminus, j’arrive avec mes collègues.'" Le jour des faits, poursuit-il, il aurait agi sans réfléchir. "Je me suis dit que si je le laissais dans le bus, il allait me piétiner avec ses collègues, qu’il allait passer un coup de fil." Le président fait de nouveau diffuser les images. "C’est difficile à entendre que vous ne vouliez pas en découdre", lui oppose-t-il.

Puis vient cette question, comme un résumé du dossier : "C’est le Far West ? On se menace, on va s’attendre, on se casse la mâchoire, on se met des coups de couteau… Ça s’arrête où, après ?" Julien se tourne alors vers Rayan. "Je m’excuse. Je regrette mon acte", glisse-t-il.

"C'est un monde violent"

Diagnostiqué d’un trouble de l’attention lorsqu’il était plus jeune, déscolarisé depuis mars 2026 après de nombreuses absences, il reconnaît consommer deux à trois joints de cannabis par jour.

Ses premiers jours en détention provisoire semblent l’avoir brutalement confronté à la prison. "Je suis traumatisé. Je mange mal, je dors par terre. Je ne me rendais pas compte de ce qu’était la prison. C’est un monde violent ", raconte-t-il. Lorsqu’on lui demande ce qu’il en retient, il répond : "Toujours réfléchir avant d’agir."

Me Ioana Massonnat, avocate de Rayan, refuse que victime et prévenu soient placés sur un même plan. "Si Rayan n’avait pas eu le courage de le désarmer, qu’est-ce qu’il se serait passé ?", interroge-t-elle. Elle insiste sur les cicatrices, les séquelles psychologiques et l’inquiétude désormais permanente de la famille. Une expertise médicale est demandée afin d’évaluer son préjudice, ainsi qu’une provision de 5 000 euros.

Pour la procureure, il s’agit du "dossier le plus grave" examiné cet après-midi-là. Elle dénonce les versions successives de Julien en garde à vue et un prévenu qui n’aurait reconnu les faits que progressivement. Certaines de ses justifications provoquent son ironie : "Oh, la belle histoire…" La magistrate les juge peu crédibles, notamment au regard de la vidéo. Elle réclame cinq ans de prison, dont deux assortis d’un sursis, avec notamment une obligation de travailler et une interdiction d’entrer en contact avec Rayan.

Me Jean Balbo, avocat de Julien, choisit une défense sans détour. "Qu’ai-je à perdre dans ce dossier ? Pas grand-chose. Certaines vérités, je vais les dire, même si elles sont déplaisantes." Il décrit deux adolescents habitués aux affrontements et refuse de voir dans les blessures de Rayan la manifestation d’une volonté de tuer. Il insiste sur les cinq jours d’ITT et sur le caractère superficiel des plaies. "S’il avait voulu tuer, il aurait pris un autre couteau", plaide-t-il. Il rappelle également que son client a quitté les lieux blessé à la main, "la queue entre les jambes, le doigt en sang".

Pour l’avocat, le tribunal doit juger les violences aggravées qui lui sont soumises et non la tentative de meurtre abandonnée par le parquet. Le tribunal condamne finalement Julien à trois ans d’emprisonnement, dont 18 mois ferme et 18 mois assortis d’un sursis probatoire.