"C’est un sale coup qui nous est arrivé" : quand l’eau de mer s’infiltre jusque dans les vignes entre Vic-la-Gardiole et Frontignan
À Vic-la-Gardiole, la famille Astruc a dû se résoudre, il y a deux ans, à arracher dix hectares de vignes de merlot et de carignan, rendues stériles par la salinité.
Sur les 55 hectares de vignes de l’exploitation viticole que la famille Astruc dirige depuis la fin des années 1980 au lieu-dit Clos Saint-Joseph, à Vic-la-Gardiole, dix d’entre eux ont été arrachés définitivement il y a deux ans. En cause : les effets ravageurs de la salinité, qui s’est accentuée avec les sécheresses récurrentes et le manque de pluie faisant remonter le sel par porosité.
"C’est un sale coup qui nous est arrivé, car nos vignes de merlot et de carignan produisaient beaucoup. Leur rendement nous permettait d’amortir les frais d’exploitation du muscat à petits grains", explique André Astruc, qui prête aujourd’hui main-forte à son fils, désormais à la tête des 45 hectares de la propriété familiale, répartis pour moitié entre Vic-la-Gardiole et Frontignan.
Sur la parcelle bordant la route de Montpellier, où poussaient encore il y a deux ans merlot et carignan, il ne reste plus qu’une terre nue. Mais ce n’est pas là que les premiers signes du mal sont apparus. C’est sur une autre parcelle, route de Vic, plus proche du littoral, où sont cultivés six hectares de muscat à petits grains destinés au sec.
"Cela remonte à une quinzaine d’années. Je pratiquais le goutte-à-goutte dans ces vignes, puisqu’elles ne sont pas en appellation d’origine mais en IGP Pays d’Oc. Je me suis rendu compte que l’eau de mon forage, utilisée pour l’arrosage, était devenue saumâtre", se souvient le viticulteur, adhérent à la cave coopérative de Frontignan. Le second signal d’alerte a été une mortalité progressive des souches.
Une eau chargée en sel, même en profondeur
André Astruc fait alors réaliser des analyses d’eau par un cabinet spécialisé. Le verdict est sans appel : le taux de sel est particulièrement élevé. Il tente de creuser plus profond pour atteindre une eau douce. L’opération, coûteuse, ne donne rien : le sel est toujours là.
Le viticulteur renonce alors et cesse d’irriguer la parcelle. La mortalité des vignes s’arrête, mais le rendement, lui, chute progressivement – de moitié à ce jour – entraînant une perte financière.
Ses autres parcelles de muscat sec à petits grains, destinées au vin doux naturel, échappent encore au phénomène. Et pour cause : l’irrigation y était encore interdite jusqu’ici par le cahier des charges de l’AOP Muscat de Frontignan.
André Astruc pense être sorti d’affaire. Il se trompe. Quelques années plus tard, c’est sa parcelle de merlot et de carignan, route de Montpellier, pourtant plus éloignée du littoral que celle de muscat, qui est à son tour touchée. "Ma peur, aujourd’hui, c’est que la salinité dans les vignes s’étende à mes parcelles de muscat en appellation", confie-t-il.
Désormais autorisée dans le cahier des charges de l’appellation, l’irrigation pourrait précisément raviver le risque car, sans raccordement au réseau BRL, les exploitants qui dépendront de leur forage pourraient s’exposer à une eau chargée en sel.
Avec la montée des eaux, des risques accrus
Les vignes en AOP Muscat de Frontignan n’étant pas en bordure de côte, elles sont moins sujettes aux remontées de sel dans les vignes. Toutefois, celles comprises entre la zone d’activité du Barnier et l’étang d’Ingril pourraient ne pas y échapper en raison d’une submersion marine d’ici une centaine d’années due au recul du trait de côte, selon les projections du Projet partenarial d’aménagement de l’Agglo de Sète.
D’ores et déjà, dans la zone des Pielles et à la sortie de Frontignan, avant Vic-la-Gardiole, des remontées salines ont été observées dans les vignes. Seul un apport massif d’eau douce permettrait de contrebalancer la salinité.