Canicule, déficit, guerres et école : le roi Philippe sonne l’alarme dans son discours du 21 juillet ; «  Le Roi a bien compris que l’enseignement est un secteur essentiel »

Canicule, déficit, guerres et école : le roi Philippe sonne l’alarme dans son discours du 21 juillet ; «  Le Roi a bien compris que l’enseignement est un secteur essentiel »

Le Roi a d’abord ouvert son allocution en revenant sur la vague de chaleur exceptionnelle qu’a connue la Belgique ces dernières semaines. Une canicule « d’une intensité et d’une durée inédites », a-t-il souligné, rappelant qu’elle a coûté la vie à des centaines de personnes et mis les services de secours ainsi que le personnel médical sous forte pression. Il insiste également sur le fait que les personnes les plus vulnérables ont, une nouvelle fois, payé le plus lourd tribut.

Notre souverain est très sensible à la question environnementale, on le sait. Et pour le roi Philippe, cette crise climatique n’est qu’un des nombreux bouleversements auxquels notre société est confrontée. Il cite également les défis géopolitiques, technologiques et sociétaux, autant d’évolutions qui mettent selon lui la cohésion de la société à l’épreuve.

Le Roi s’est ensuite penché sur les finances publiques, dans un contexte particulièrement sensible. Alors que le gouvernement fédéral vient d’arrêter de nouvelles mesures budgétaires qui toucheront directement les ménages, Philippe rappelle que des efforts seront nécessaires pour réduire le déficit et maîtriser la dette, tout en poursuivant les investissements dans la Défense. Un exercice qui, selon lui, devra se faire « dans la concertation et dans un esprit d’équité ».

Le Roi a également plaidé pour une coopération renforcée entre les Régions. À la suite de rencontres avec des chefs d’entreprise et les services publics de l’emploi, il estime qu’une plus grande mobilité des travailleurs entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles pourrait contribuer à créer davantage d’emplois.

Son discours s’est aussi voulu plus humaniste. Philippe a rendu hommage aux professionnels et aux associations qui accompagnent les personnes souffrant d’un déclin cognitif, invitant la société à faire preuve de davantage « d’humanité et de tendresse ». Il a enfin évoqué les conflits internationaux, dénonçant les violations du droit international et rappelant que les défis mondiaux, du climat à l’effondrement de la biodiversité, ne pourront être relevés que grâce à une coopération entre les États.

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L’enseignement au cœur du discours royal

Parmi tous les thèmes abordés, le passage consacré à l’enseignement retient particulièrement l’attention. Le Roi souligne que « presque tous les problèmes sociétaux » se retrouvent aujourd’hui à l’école et espère qu’après « les tensions de ces derniers mois », tous les acteurs retrouveront « sérénité et respect mutuel » afin que les établissements puissent remplir pleinement leurs missions dès la rentrée.

« Nous aussi, nous voulons retrouver un climat social apaisé. Mais la balle est dans le camp du gouvernement »
Adrien Rosman,  Secrétaire général du SETCa-SEL

Pour Adrien Rosman, secrétaire général du SETCa-SEL, ce choix n’a rien d’anodin. « Ce n’est pas banal que ce marqueur-là soit présent dans un discours du 21 juillet. Cela montre l’importance de l’enjeu. Le Roi a bien compris que l’enseignement est un secteur essentiel et qu’il est aujourd’hui au carrefour de nombreuses problématiques de société », analyse-t-il.

Le responsable syndical partage l’appel à un climat plus apaisé, mais estime que celui-ci ne pourra se concrétiser sans un geste du gouvernement. « Nous aussi, nous voulons retrouver un climat social apaisé. Mais la balle est dans le camp du gouvernement. Ce n’est pas avec de nouveaux actes de mépris ou des mesures imposées brutalement que l’on y parviendra. »

Aucun contact prévu avant une rentrée sous haute tension

Selon lui, rien n’a d’ailleurs évolué depuis la fin des actions de protestation menées avant les vacances d’été. « Absolument rien n’a bougé. Pour l’instant, c’est le silence radio. Rien n’est prévu après le 15 août », affirme-t-il, estimant que les récentes annonces politiques ne vont pas dans le sens d’un apaisement.

Adrien Rosman pointe également une autre décision prise par le gouvernement fédéral ce week-end : à partir du 1er janvier prochain, les fonctionnaires fédéraux ne pourront plus accumuler leurs jours de congé maladie non utilisés. Si cette réforme ne concerne pas, à ce stade, les enseignants de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le secrétaire général du SETCa-SEL craint qu’elle ne serve de modèle. « Il y a de fortes chances qu’à un moment donné, la Fédération vienne avec ses propres mesures. Ce serait un nouveau coup supplémentaire », estime-t-il.

Pour Adrien Rosman, le message lancé par le souverain ne pourra produire ses effets que si le dialogue reprend entre le gouvernement et les représentants du monde de l’enseignement. « Quand le Roi appelle à la paix sociale, c’est au gouvernement de prendre ses responsabilités. »

Au terme de son discours, Philippe est revenu sur ce qui constitue le fil rouge de son intervention : face aux crises climatiques, budgétaires, sociales ou géopolitiques, « nous ne pourrons les surmonter qu’ensemble », en cultivant « la cohésion et la faculté de faire société ».

Le discours complet du roi Philippe à l’occasion du 21 juillet

Mesdames et Messieurs,

Notre pays vient de vivre, exceptionnellement tôt dans l’année, une vague de chaleur d’une intensité et d’une durée inédites. Nous en avons tous souffert, mais ce sont les plus vulnérables qui, à nouveau, en paient le prix fort : les plus âgés, les plus précarisés, les plus isolés. Cette canicule a coûté la vie à des centaines de personnes – et le personnel médical et les services d’urgence ont été mis à rude épreuve.

Les bouleversements que nous connaissons — climatiques, géopolitiques, technologiques et sociétaux — présentent une menace continue pour notre cohésion.

C’est justement en y faisant face ensemble, que nous pourrons sortir renforcés de ces crises.

Notre pays traverse une période difficile sur le plan des finances publiques.

Des efforts budgétaires sont nécessaires pour réduire le déficit et maîtriser notre dette, dans un contexte de volatilité des taux d’intérêt et des prix de l’énergie, et alors que des investissements dans notre Défense sont inévitables.

J’ai la conviction que nos gouvernements sauront surmonter ces obstacles, dans la concertation et dans un esprit d’équité.

J’ai perçu, lors de mon récent déplacement, en Flandre et en Wallonie, avec des chefs d’entreprise, combien le désir de mieux se connaître était réel. Des opportunités se sont présentées. Des collaborations nouvelles ont vu le jour.

Les organismes publics de l’emploi me l’ont confirmé dans la foulée, à l’occasion d’une table ronde au Palais : une coopération renforcée et une plus grande mobilité des travailleurs entre les régions peuvent contribuer à créer davantage d’emplois.

Pour le maintien de la cohésion au sein de la société, l’enseignement joue un rôle important. Mais aujourd’hui, la communauté scolaire est soumise à une pression énorme. Presque tous les problèmes sociétaux s’y retrouvent et pèsent sur les épaules des enseignants.

J’espère qu’après les tensions de ces derniers mois, nous parviendrons à retrouver sérénité et respect mutuel entre tous les acteurs concernés, afin que l’école puisse, dès la rentrée, remplir pleinement ses missions.

Nous vivons une époque qui privilégie l’autonomie de l’individu et la performance. Or, la solidité d’une société se mesure aussi à la manière dont elle prend soin de ses membres les plus vulnérables. Je songe en particulier aux personnes dont les facultés cognitives s’effacent peu à peu.

Je salue avec admiration les professionnels, les associations, tous ceux qui prennent en charge ces patients et leur procurent un environnement sécurisant. Dans le respect de leur dignité.

Ne devrions-nous pas prendre exemple sur eux et mettre plus d’humanité et de tendresse dans notre société ?

C’est dans ce sens que nous avons choisi de dédier une des expositions pendant l’ouverture estivale du Palais Royal à l’art de communiquer avec des personnes qui souffrent d’un déclin cognitif.

Dans notre monde bouleversé, de nombreux États et groupes armés s’affranchissent des règles du droit international. Sous des prétextes fallacieux, ils mènent des guerres insensées et cruelles.

Ces crises ne peuvent nous faire oublier les grands défis planétaires : la pauvreté, les dérèglements climatiques, l’effondrement de la biodiversité et l’épuisement des ressources naturelles.

Les résoudre suppose d’agir de concert, de veiller à ce que des règles communes soient réellement respectées, et de soutenir les institutions qui en sont les gardiennes.

Je ne vois pas d’autre voie pour faire face aux dangers qui nous menacent.

Mesdames et Messieurs,

De notre déficit budgétaire à la polarisation dans la société, de l’instabilité géopolitique au réchauffement de la planète, tous ces problèmes ont des causes et des conséquences très différentes.

Mais ils ont un point en commun : nous ne pourrons les surmonter qu’ensemble, en nous appuyant sur ce qui nous unit, plutôt que sur ce qui nous divise. En cultivant la cohésion et la faculté de « faire société ».

Je vous souhaite, à toutes et à tous, une joyeuse Fête Nationale.