Carburants hors de prix et « vie trop chère » vont-ils faire renaître les « gilets jaunes » ?
Réseaux sociaux, politiques et médias ravivent le souvenir de ce mouvement inédit mais avant la présidentielle, difficile de mesurer l’ampleur des mobilisations.
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« Ressors ton gilet », « carburant trop cher, vie trop chère » : sur les réseaux sociaux, des messages, dont certains partagés des dizaines de milliers de fois, circulent pour manifester avec l’emblématique équipement de sécurité fluo sur le dos : le 17 octobre principalement, ou le 19 septembre à Marseille.
À la Rochelle mardi, l’appel lancé sur les réseaux sociaux à une « mobilisation carburant » a rassemblé une cinquantaine de personnes aux cris de « le carburant est trop cher, le peuple est en colère ». Ambulancier de 42 ans, Nicolas Costa est venu exprimer « son ras-le-bol ». « Il faut montrer qu’on est là. Même si ce gouvernement va s’en aller, il peut faire quelque chose », a-t-il affirmé.
« Vigilance particulière »
Un retour des « gilets jaunes » est « possible » pour François Bayrou, patron du MoDem et ex-Premier ministre, interrogé sur LCI, ou « toujours un risque » pour François Hollande, ancien chef de l’Etat, au micro de RTL.
Mais « c’est très difficile de pronostiquer ce genre de mouvements », souligne Jean-Marie Pernot, chercheur en sciences politiques à l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES), tout en relevant, qu’entre la hausse de l’essence et l’inflation, « il y a beaucoup de choses qui rappellent l’époque ».
Les autorités gardent « une vigilance particulière » quant à « l’effectivité et la capacité de mobilisation », mais il n’y a « rien de probant ni de quantifiable jusqu’à maintenant », indique une source proche du dossier à l’AFP. Dans ce contexte, chaque mobilisation, comme celles des pêcheurs en Méditerranée, qui ont bloqué mardi matin un dépôt pétrolier ou des gaziers et électriciens en grève, peut être guettée comme le signe avant-coureur d’un mouvement social de plus grande ampleur.
« Aujourd’hui, c’est différent »
En 2018 et 2019, le mouvement populaire des « gilets jaunes » rassemblait chaque samedi des milliers de personnes partout en France et s’était distingué par l’occupation de ronds-points, symboles d’une France périphérique obligée de faire le plein de sa voiture pour tout.
La mobilisation, émaillée de violences avec les forces de l’ordre, s’était essoufflée progressivement, avant le coup de grâce des confinements du Covid-19. À l’époque, aucune élection n’était en vue. « Aujourd’hui, c’est différent, les gens peuvent se projeter sur l’après-Macron, éventuellement essayer une issue électorale » en votant, souligne Jean-Marie Pernot. Cette échéance électorale proche peut aussi nourrir « la peur de se faire récupérer encore plus que d’habitude », ajoute le politologue.
La France insoumise (LFI) et le Parti socialiste se sont chacun dit prêts à soutenir des mouvements sociaux contre la vie chère, Olivier Faure affirmant dimanche ainsi que « si les Français se soulèvent », il sera « à leurs côtés ». Le chef des communistes, Fabien Roussel, a lui « appelé les Français à se mobiliser comme nous avons su le faire en 2018 ».
Manif et marche
Depuis les « gilets jaunes », le mouvement « Bloquons-tout », aussi lancé sur les réseaux sociaux, avait rassemblé quelque 200 000 manifestants le 10 septembre 2025, avec le soutien de syndicats, qui, deux ans auparavant, avait réussi à mobiliser de manière plus traditionnelle, sur les retraites.
Pour la rentrée, les syndicats ont concentré leurs appels à mobilisation sur la défense de la fonction publique et de son pouvoir d’achat, avec une manifestation prévue le 29 septembre. Si les discussions budgétaires peuvent également cristalliser les tensions dans les semaines à venir, les affres de l’été caniculaire sont aussi une potentielle raison de mobilisation.
« Est-ce qu’aujourd’hui la question climatique n’impose pas un nouvel agenda à une mobilisation sociale ? », s’interroge Jean-Marie Pernot, avec éventuellement « une nouvelle génération qui fasse le lien entre la faiblesse des réponses politiques à la question du climat et l’absence d’anticipation sur les questions d’énergie ». Un appel citoyen pour une marche « partout en France » le 26 septembre a été lancé « pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale ». Il avait mardi reçu 36 000 signatures.
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