"Cartagena", une BD posthume signée Hermann pour décrire une dernière fois la violence des rapports humains
Grand prix d'Angoulême en 2016 et mort en mars dernier - à 87 ans - le dessinateur et scénariste belge livre un ultime album, après avoir marqué des générations de lecteurs et de jeunes auteurs.
Radio France
Publié le 01/08/2026 17:30
Temps de lecture : 2min
Dans Cartagena, Hermann raconte une histoire de règlements de comptes entre gangs de narcotrafiquants mexicains. Autant dire que vous n'y croiserez pas beaucoup de gens recommandables.
Une petite archive éloquente d'Hermann rappelle d'ailleurs la position affichée de l'immense auteur à ce sujet : "Comme je ressens pas mal de choses qui me révoltent, je ne peux pas montrer un monde où la plupart des gens sont gentils !" Le dessinateur a toujours affiché un côté misanthrope. "Même parmi les gens soi-disant gentils, beaucoup sont des tricheurs. Ils sont gentils en surface", insiste-t-il.
"Il y a des êtres humains prodigieux, mais c'est un peu comme il y a des trèfles à quatre feuilles !"
Hermann, auteur
Mais "c'est plus compliqué qu'il n'y paraît", selon son fils et collaborateur, Yves H, scénariste de Cartagena : "C'était quelqu'un qui avait le contact extrêmement facile avec les autres et, contrairement à ce qu'il exprimait, profondément, il était quelqu'un de beaucoup plus humaniste qu'on imagine."
Né à la campagne, un village au milieu des forêts belges, Hermann suit une formation d'ébéniste puis d'architecte, avant d'arriver par hasard à la bande dessinée. "Moi, je suis un terrien, j'ai les pieds au sol, affirme-t-il. Je passais des heures dans les bois, tout seul. Je regardais les arbres. C'est pour ça que je suis très à l'aise pour dessiner des arbres, des branches. Tout ça fait partie de mon univers."
Cette nature, on la retrouve dans toutes ses séries principales, l'aventure postapocalyptique Jeremiah, le Moyen-Âge des Tours de Bois-Maury, ou le western Comanche. L'auteur et fan de toujours Romain Renard en a récemment imaginé un épilogue, Revoir Comanche. "La mort d'Hermann, c'est un pan de mur qui tombe", dit-il.
"C'est un des plus grands metteurs en scène de bandes dessinées."
Romain Renard, auteur et admirateur d'Hermann
à franceinfo
"Vous pouvez reprendre n'importe quel livre d'Hermann, relisez les trois quatre premières pages, vous êtes déjà dans l'histoire, explique-t-il. Il va commencer par un tout petit détail, une marmotte qui sort de terre, puis une roue de chariot qui fait fuir cette marmotte et bam ! Un plan sur un fort qui s'étale sur la moitié de la page."
"C'est toujours dangereux de comparer la BD au cinéma, mais on sent qu'il y a une grande influence cinématographique chez lui", résume Romain Renard. "Je confirme absolument", enchérit Yves H., scénariste de Cartagena et fils d'Hermann. Cartagena était leur 28e album ensemble. "Il concevait une bande dessinée comme on conçoit un film. Il posait sa caméra comme un réalisateur ou un directeur de la photo", raconte Yves H., avec qui la collaboration se faisait très naturellement. "Avec mon père, il y avait une forme de cahier des charges. Il me disait : 'Tu me mets de l'action !' Et il voulait un maximum de nature", se rappelle-t-il.
En plus de ses grandes séries, il y aura de nombreuses histoires isolées, souvent très politiques. Sarajevo Tango est peut-être son sommet, dénonçant en 1995 l'inaction de la communauté internationale dans la guerre de Bosnie. "J'étais pris d'une rage, c'est le bouquin le plus important que j'ai jamais réalisé", disait Hermann.
Il aura dessiné jusqu'à son dernier souffle. Aujourd'hui, le fils se retrouve face au vide. Continuer la BD avec d'autres ? Il se laisse le temps d'y réfléchir.
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