NHL: Un départ qui coûte cher à Gottéron et au Lausanne HC
Publié22. août 2026, 07:08
Hockey sur glaceCette NHL qui ne laisse que des miettes aux Européens
Les récents départs de Biasca et de Rochette vers l'Amérique du Nord ont bien embêté Gottéron et le LHC. Ce pillage contre de petites indemnités fâche le Vieux Continent.


«Ce que je trouve dommage, c’est que nous n’avons pas assez de pouvoir. La NHL dirige le hockey mondial et elle fait ce qu’elle veut. Elle prend les jeunes joueurs de plus en plus tôt et tout le monde s’incline. C’est dommage. Mais je peux aussi le comprendre: c’est la meilleure ligue du monde… Aujourd’hui, je pense que l’Europe devrait se mettre autour d’une table et négocier un nouvel accord. Mais on ne peut le faire que si tout le monde est sur la même longueur d’onde.»
Gerd Zenhäusern, le directeur sportif de Gottéron, a passé forcément un été mouvementé, après le titre de Fribourg. Mais il l'a été encore plus, avec le départ inattendu d'un de ses joueurs. Cet été, les Boston Bruins et les Detroit Red Wings sont venus chiper Attilio Biasca et Théo Rochette. Les deux stars des Dragons et du Lausanne HC ont décidé de tenter leur chance outre-Atlantique et de rêver de NHL. Ils ont ainsi laissé leurs équipes du championnat de Suisse avec lesquelles ils sont pourtant sous contrat respectivement jusqu'en 2027 et 2031. Le tout contre une indemnité qui ferait sourire pas mal de clubs de football, par exemple (voir encadré).
Rochette et Biasca irremplaçables sportivement
En Europe, le départ d’un joueur vers la NHL ne donne pas lieu à un transfert négocié, mais à une indemnité «forfaitaire» fixée par un accord avec la ligue nord-américaine. En 2026, celle-ci s’élève à 315'000 dollars (environ 270'000 francs), pour un joueur qui signe son premier contrat. Celle-ci est distribuée entre ses clubs des quatre dernières saisons selon une clé de répartition de 40%, 20%, 20% et 20%. Ainsi, le Lausanne HC devrait toucher environ 216'000 francs pour Théo Rochette, qui y a passé ses trois derniers exercices, après être revenu du Canada. Fribourg Gottéron, où Attilio Biasca n’a évolué qu’une année, percevra de son côté environ 110'000 francs. En plus de l'économie de salaire, ça fait certes une somme. Mais ces deux éléments sont irremplaçables si tard sur le marché.
L'entente signée en 2020 entre la NHL, la Fédération internationale de hockey sur glace et les ligues européennes paraît d'ores et déjà obsolète. Notamment au vu des sommes en jeu. Alors beaucoup voudraient remettre le sujet sur la table. «Mais si la Suède commence à dire qu’elle est le pays qui perd le plus de joueurs et qu’elle essaie de négocier uniquement pour elle, afin d’obtenir un meilleur accord, cela ne fonctionnera pas. Il y a aussi la Suisse, la Tchéquie, la Finlande…», a continué Zenhäusern.

«C'est un problème, disait plus tôt dans la semaine, à la Coupe des Bains à Yverdon, John Fust, le boss du sportif au LHC. Les finances, ce sont des soucis pour tous les clubs en Suisse. Surtout si on perd nos jeunes talents, que ce soit en direction de l'Europe ou de l'Amérique du Nord. Il y a des choses en place: un système, si un joueur sous contrat s'en va. Mais pour ce qui est de la relève, il n'y a rien. C'est un souci, mais on le sait. On garde de bonnes relations… Mais ça montre aussi qu'on produit de bons hockeyeurs dans notre pays, qui tentent leur chance à l'étranger.»
En Suède, le pillage fait encore plus débat
Le sujet des indemnités de la part de la NHL est encore plus sensible en Suède qu'en Suisse. Car le pays scandinave est l’un des principaux réservoirs de talents de la NHL (ils sont une nonantaine!). Chaque été, de nombreux jeunes quittent le pays pour l’Amérique du Nord, parfois après seulement quelques matches au plus haut niveau, alors que les clubs suédois ont investi plusieurs années dans leur formation. Un responsable de l'équipe de Färjestad l'a d'ailleurs récemment qualifié de «skit» («merdique»). Cet été, Brynäs a par exemple perdu Juuso Välimäki au profit des Carolina Hurricanes... 29 heures seulement après avoir annoncé sa signature.
Pour essayer de renégocier cet accord, ça s'annonce terriblement compliqué. La Fédération internationale a tellement besoin des stars de NHL pour valoriser les championnats du monde et surtout les Jeux olympiques, qu'il est compliqué de se la mettre à dos. Et ce, même si la Ligue nord-américaine va (re)lancer sa propre Coupe du monde de hockey en février 2028 (à Prague et Edmonton). Ce sera bien sûr selon les règles de la NHL, sur des patinoires de tailles nord-américaines et avec leurs propres arbitres. Forcément...


Robin Carrel (rca) est journaliste à la rubrique Sports chez 20 minutes, où il travaille depuis 2011. Ses sports de prédilection sont le football et le cyclisme, mais il privilégie surtout le terrain de la découverte.
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