Ceuta: une crise migratoire? Une crise de la rumeur numérique, surtout

Ceuta: une crise migratoire? Une crise de la rumeur numérique, surtout

De quelle crise les faits récents, terribles, à Ceuta, sont-ils le nom ? Ce n'est pas une vraie crise migratoire, ou alors, une crise éclair, déjà grandement refermée : en deux jours, l'immense majorité des 60.000 à 70.000 migrants qui avaient gagné l'Espagne illégalement, au péril de leur vie et mus par le désespoir, ont été renvoyés, par Madrid, au Maroc.

C'est probablement, par effet de conséquence et non de cause, une crise politique, sur l'éternel débat migratoire et la fermeture des frontières (déjà fermées), où les anathèmes volent en tous sens, servant le discours que les uns et les autres ont intérêt à faire entendre à leur électorat à l'instant T.

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Il y a selon nous plus important. C'est surtout, et même avant tout, une crise numérique. Et une attaque de désinformation de grande ampleur, qui a provoqué des dizaines de morts.

La surinterprétation, à dessein, d'un arrêt récent du Tribunal suprême espagnol, qui interdisait prétendument l'expulsion de tout qui gagnerait le territoire par la nage, a servi d'étincelle. La rumeur d'une frontière "non gardée", à un horaire précis, c'était la bougie. Et le moteur, à savoir les algorithmes de Meta, Telegram et TikTok ont mis en branle la folle machine, propageant (quels comptes ? à quelles fins ? Une enquête se doit de le démontrer) la panique et menant aux terribles images que l'on sait.

La réalité est brutale : la vulnérabilité de l'Europe n'est plus seulement physique, elle est informationnelle. Ceuta l'a prouvé : ériger des grillages ou déployer des patrouilles ne suffit plus lorsque le point d'entrée du chaos se trouve directement sur le smartphone des individus.

Face à cette menace d'un genre nouveau, l'Europe doit d'urgence apprendre à sécuriser ses frontières numériques, avec la même rigueur que ses frontières physiques. Il est grand temps d'apprendre à contrecarrer ceux qui manipulent la puissance algorithmique à des fins de déstabilisation, à traquer les fermes à bots, et il faut faire tout cela avec un concept que l'Europe appréhende mal : une immense réactivité. Notre souveraineté passe aussi par les écrans.

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