Chaleur, sécheresse, feux et particules fines : un été hors-norme en Europe - RTBF Actus
La rentrée fera-t-elle oublier combien l’été 2026 aura été hors-norme ? Un été de vagues de chaleur, de sécheresse et de feux, de fumées aussi. Le bilan est encore à l’ébauche mais s’annonce déjà ravageur. Retour sur ces alertes successives qui ont bousculé notre quotidien, en Belgique et ailleurs en Europe.
Des vagues de chaleur accablantes

Sur le calendrier, l’été commence le 21 juin mais il s’est invité plus tôt. Ce jour-là, la Belgique était déjà plongée dans une chaleur accablante. Une première vague de chaleur qui jour après jour a chauffé nos logements, nos écoles, ou nos maisons de repos à travers toute l’Europe.
Les mêmes questions traversaient les états voisins : comment préserver les enfants, les personnes âgées, les ouvriers sur chantiers ou les animaux ? De nombreuses écoles ont été contraintes à suspendre les cours et à abréger l’année scolaire.
La France invitait les personnes fragiles à reporter leurs déplacements. Les ventes d’airs conditionnés décollaient et l’économie s’est mise à tourner au ralenti.
Dans les colonnes des journaux, les superlatifs ont commencé à apparaître.
Un nombre inédit de noyades en France. La mer Méditerranée et les océans plus chauds que jamais. Un écart record de 20 degrés entre l’asphalte du centre de Bruxelles et les sous-bois de sa ceinture verte. En mer du Nord, une prolifération de méduses met à l’arrêt deux réacteurs nucléaires. Le Rhin est si bas que la navigation y est perturbée et dans le Danube, le niveau du fleuve est si bas qu’émerge une épave de navire allemand de la Deuxième Guerre mondiale. En Suisse, la fonte de glaces révèle les dépouilles de deux alpinistes belges disparus depuis quatre décennies.
A chaque jour, son lot de "jamais-vu".
En Serbie, le niveau du Danube a révélé l’épave d’un navire de guerre allemand, coulé en 1944. © AFP
Cinq vagues de chaleur ont ainsi ponctué cet été en Europe. 490 millions d’Européens, soit 80% du continent, ont subi au moins un jour à plus de 35 degrés. Les habitants des régions les plus touchées ont vécu plusieurs semaines sous ces températures. Une exposition à la chaleur nettement plus étendue que lors des épisodes caniculaires de ces dernières années.
L’Organisation mondiale de la Santé prévient : cette chaleur en Europe affecte la santé et aura un bilan humain conséquent. Les premières projections parlent de 32.000 morts "excédentaires" en Europe, en particulier en Allemagne, en France, en Espagne, au Royaume-Uni ainsi qu’en Belgique, mais il est encore trop tôt pour arrêter un chiffre.
L’épreuve de la sécheresse

La faune et la flore aussi ont été éprouvées, d’autant que ces chaleurs se sont combinées à de faibles précipitations depuis le printemps. Certaines cultures ont été limitées, perdues ou seront compromises. Les agriculteurs ont dû travailler sous le cagnard, trouver comment maintenir leurs animaux à l’abri de la chaleur, et entamer les moissons et les vendanges avec plusieurs semaines d’avance.
Les moissons ont été avancées, ici en Roumanie. © Chiara Dazi – AFP
En Belgique, la baisse du niveau des nappes phréatiques et des rivières a été suivie avec vigilance. Elle a occasionné certaines restrictions d’usage des cours d’eau, en Flandre en particulier.
D’autres pays européens ont dû instaurer des restrictions bien plus drastiques de l’usage de l’eau et mettre à l’arrêt certaines centrales nucléaires, comme en Hongrie ou en Roumanie, les cours d’eau étant devenus trop bas ou trop chauds pour continuer à refroidir les réacteurs. Les Pays-Bas, pays de l’eau par excellence, se sont déclarés mi-juillet "officiellement en manque d’eau", à un niveau d’alerte 2 sur une échelle de 3.
Cette sécheresse a redessiné nos paysages cet été en Europe, comme le montre notre compilation de photos d’Europe, avant/après.
Les amoureux de la nature et les scientifiques se sont inquiétés de la santé des chênes et des sapins, des populations d’abeilles, d’oiseaux, d’amphibiens ou des reptiles qui dépendent le plus des plans d’eau. Et en cette rentrée, le débat émerge en France : le retour de la chasse, prévu mi-septembre, sera-t-il un coup de trop pour certaines espèces, après un tel été ?
La sécheresse a amené encore d’autres restrictions aux quatre coins de l’Europe, les scouts en savent quelque chose : des interdictions de randonner dans certaines régions desséchées ou d’y camper et, bien sûr, d’y faire des feux.
De nombreuses festivités ont aussi été annulées ou allégées en juillet et en août. Puisque la crainte de voir des incendies frapper l’Europe est arrivée avec la sécheresse… Et à raison.
Le feu, sous nos latitudes aussi

Ce sont peut-être les images qui ont le plus frappé les esprits, cet été. Ces photos de nature qui flambe, de ciel nocturne rougi par le feu… Pas loin de chez nous : en France, puis en Belgique même, dans les Fagnes.
L’incendie de la forêt de Fontainebleau, début juillet près de Paris, avait déjà montré qu’un incendie d’ampleur pouvait se dérouler à deux pas. Puis fin juillet, les feux du Var, de Gironde et des Landes ont rappelé que ces incendies d’été peuvent prendre une ampleur inattendue, incontrôlable et approcher dangereusement de zones très peuplées.
L’incendie de Gironde, en particulier, a dégagé une telle chaleur avec ses pins embrasés qu’il a généré ses propres vents. Il a alors tourné et enflé de façon imprévue, sautant une nationale et s’approchant de Bordeaux, de ses communes de périphérie et de certains sites "d’intérêt", dont une base militaire hébergeant des munitions.
Cette photo de touristes, spectateurs du feu en Gironde, au Bassin d’Arcachon, est devenue emblématique de cet été. © Maximilien Lamy – AFP
Face la voracité d’un tel feu si proche de communes peuplées, les autorités de Gironde ont évacué 220.000 habitants : une évacuation d’une ampleur inédite depuis la guerre. Cette lutte contre les flammes a mobilisé 1500 pompiers, des militaires, des renforts européens. Il s’est achevé sans mort, mais avec la perte de 183 habitations, de 42.000 hectares de végétation, et d’une saison touristique pourtant vitale à la région. En Gironde, la colère couve aujourd’hui dans les quartiers ravagés.
La désolation au Porge, la localité la plus touchée parle feu, en Gironde. © AFP
Trois semaines plus tard, c’est donc en Belgique que la végétation a flambé. Les Fagnes ont brûlé 7 jours avant que le feu ne puisse être maîtrisé par des pompiers épuisés. Le terrain spongieux des tourbières a compliqué le combat des pompiers et leur impose une surveillance prolongée pour éviter les retours de feu.
L’efficacité du combat contre l’incendie a immédiatement été saluée, grâce aux pompiers soutenus par des militaires, des agriculteurs de la région et la protection civile, y compris d’autres pays de l’UE.
A présent que le feu est éteint, des questions émergent : les pompiers et la protection civile sont-ils suffisamment dotés ? Pourquoi la Belgique n’a-t-elle aucun hélicoptère ou avion d’incendie ? Pourquoi les habitants des communes gagnées par les fumées n’ont-ils pas été appelés à se préserver de ces fumées les premiers jours de l’incendie, via le dispositif BeAlert ? Le niveau de pollution de l’air a été très élevé le WE des 15 et 16 août dans certaines communes du Luxembourg et du Namurois, comme en témoigne notre reportage.
Encore un record de l’été 2026.
L’automne, la saison du bilan et de l’élan ?
D’alerte "canicule" en alerte "sécheresse", d’alerte "incendie" en alerte "qualité de l’air", les événements de l’été ont demandé à chacun de s’adapter.
L’adaptation devrait à présent être organisée à une autre échelle. Dans chaque État européen marqué par ces événements, le débat est relancé : des plans sont remis sur le métier pour mieux gérer l’eau, le feu, les terres agricoles, ou les réactions face à ces événements qui s’annoncent plus fréquents et plus intenses puisque liés au changement climatique. En Belgique, le Ministre de l’intérieur Bernard Quintin a annoncé travailler à un "plan national de résilience".
Le Ministre de l’intérieur Bernard Quintin en Commission de l’intérieur de la chambre, pour un débat sur la réponse à l’incendie des Hautes Fagnes, le 20 août. © Belgaimage
Au niveau européen, la Commission européenne annonce préparer un "cadre intégré", c’est-à-dire des lignes de conduite, à intégrer dans les politiques de tous secteurs dans les 27 Etats de l’UE, de l’agriculture à la santé ou au budget. L’objectif est, là aussi, que l’Europe devienne plus "résiliente", plus apte à anticiper et rebondir face aux "risques climatiques".
Mais ces "plans" et "cadres", nés du bilan de l’été, vont-ils déboucher sur des changements concrets, rapides et suffisamment financés ?
Et feront-ils oublier l’autre chantier à mener pour épargner les étés à venir ? Celui de l’atténuation du réchauffement climatique, à la source, la réduction des gaz à effet de serre qui réchauffent la planète. Il s’agit d’atténuer le réchauffement climatique en plus de s’y adapter. Ce n’est pas plus facile, mais selon les conclusions des scientifiques du Giec, c’est moins coûteux, en argent et en vies, d’agir en amont sur les causes du réchauffement que de le subir. C’est l’autre volet du travail à mener, si toutefois le retour de l’automne ne fait pas oublier rapidement ce brûlant été 2026.