ChatGPT: cinq usages à risque qui peuvent vraiment coûter cher

ChatGPT: cinq usages à risque qui peuvent vraiment coûter cher
Image d'illustration. ChatGPT dérape avec les données sensibles. — ADN

Conseils juridiques, santé, données pro ou mots de passe: l’usage de ChatGPT dérape vite dès qu’une info sensible entre dans la conversation.

En bref

  • Un prompt sensible laisse une trace
  • Juridique, santé, travail: zones à risque
  • Mots de passe et pièces d’identité, jamais

Les usages de ChatGPT explosent, plus de 900 millions d’utilisateurs hebdomadaires, mais le vrai angle mort est ailleurs. Pas dans la qualité variable des réponses, plutôt dans la trace que vous laissez quand vous tapez une affaire en cours, un dossier client ou un problème de santé.

Le vrai problème, ce n’est pas la réponse, c’est la trace

Sam Altman l’a lui-même reconnu à l’été 2025: une conversation avec ChatGPT n’a rien d’un échange protégé avec un avocat, un médecin ou un thérapeute. Et ce n’est pas théorique. Sur les 18 derniers mois, des discussions ont été réclamées en justice, rendues publiques via un bouton de partage, indexées par Google, voire conservées malgré leur suppression à la suite d’une décision de justice.

Oui, l’outil peut aider pour la recherche, le code, l’explication de concepts ou la rédaction. Mais dès qu’on touche à une donnée sensible, le rapport bénéfice-risque se dégrade franchement.

Droit et santé mentale, deux terrains où l’IA déraille vite

Côté juridique, le chercheur Damien Charlotin recense déjà plus de 2 000 décisions de justice dans le monde polluées par des citations, arguments ou extraits inventés par l’IA. Les justiciables non représentés arrivent en tête avec 1 175 cas, les avocats suivent avec 815. Les juges, eux, commencent à sanctionner, avec des amendes de plusieurs milliers de dollars, soit environ plusieurs milliers d’euros. OpenAI interdit d’ailleurs depuis octobre 2025 les conseils personnalisés nécessitant une licence professionnelle sans supervision adéquate.

Même glissade sur la santé mentale. OpenAI estimait l’an dernier que 0,15 % de ses utilisateurs actifs hebdomadaires, donc plus d’un million de personnes, montraient des indices explicites de planification suicidaire. Après l’action en justice liée au décès du jeune Adam Raine, l’entreprise a revu ses réponses de crise avec plus de 170 cliniciens et ajouté des contrôles parentaux. Mais des chercheurs pointent un biais gênant: les chatbots ont tendance à conforter l’utilisateur, y compris dans des idées délirantes.

Données de travail et santé, le mauvais réflexe de trop

Dans l’entreprise, on a déjà vu le film. Madhu Gottumukkala, ex-directeur par intérim de la CISA, a téléversé au moins quatre documents marqués for official use only dans la version publique de ChatGPT, déclenchant une revue du Department of Homeland Security. Chez Samsung, des ingénieurs avaient collé du code interne dès 2023, au point de provoquer l’interdiction des IA génératives sur les appareils de la société.

Même logique pour la santé. Depuis octobre 2025, OpenAI restreint aussi l’usage médical de son chatbot. Les protections prévues par HIPAA ne s’appliquent pas ici. Une étude de Northeastern University a montré que les garde-fous restent faibles sur les troubles alimentaires, l’insomnie, les addictions ou le trouble bipolaire. Et le cas est presque absurde: un homme de 60 ans a passé trois semaines à l’hôpital après avoir remplacé le sel de table par du bromure de sodium, sur suggestion du bot.

Identifiants, comptes, pièces d’identité: zone rouge absolue

Là, pas d’ambiguïté. En juillet, Fast Company a retrouvé près de 4 500 conversations partagées dans les résultats de Google, parce que des utilisateurs avaient coché l’option rendant le chat découvrable. OpenAI l’a supprimée dans la journée. Bref, le risque existe.

Ajoutez à cela une obligation judiciaire, entre mai et le 26 septembre 2025, de conserver tous les journaux de conversations consommateurs dans le cadre du procès intenté par The New York Times. Et comme ChatGPT mémorise par défaut ce qu’on lui confie, un mot de passe, un code à usage unique, un numéro de passeport, de sécurité sociale, de carte bancaire ou de compte deviennent des données durablement exposées. Pour l’écosystème mobile comme pour le grand public, la règle tient en une ligne: si vous ne voulez pas le relire un jour ailleurs, ne le mettez pas dans un prompt.

Christophe Romei

Éditeur·rice

Expert sur l'industrie du mobile depuis 2005

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