Cinq ans après les inondations : les peurs ne sèchent pas - RTBF Actus

Cinq ans après les inondations : les peurs ne sèchent pas - RTBF Actus

À Nessonvaux, Victor revient chaque jour au bord de l’eau. Pas par masochisme, c’est même plutôt l’inverse. C’est son endroit à lui, celui qui lui permet de souffler. "C’est ce qui fait un peu relâcher la pression", dit-il. La pression, dans ce village, tout le monde sait de quoi il parle. En 2021, la rue était sous l’eau. Aujourd’hui, la vie a repris, mais pas tout à fait comme avant. "Il y a toujours une petite boule au ventre", admet-il. L’orage éclate, le cœur s’emballe, on attend que ça passe. "On s’adapte", répète-t-il, sourire aux lèvres.

Victor, sinistré des inondations à Nessonvaux © David Wathelet

Nathan, 17 ans et une rivière à surveiller

Nathan avait 12 ans quand les eaux sont montées. Depuis, il en parle presque chaque semaine avec sa psychologue à l’internat. "Quand tu es jeune, on ne vit pas ça comme un adulte. C’est très compliqué." Ces rendez-vous lui permettent de faire la part des choses, mais ce qui l’aide aussi, c’est de venir observer la rivière. Voir le niveau. Évaluer. Il se décrit lui-même comme "celui qui prévient tout le monde". Une sorte d’alarme autodésignée, un peu malgré lui. Il ne se voit pas vivre toute sa vie au bord de l’eau.

Des madriers et des sacs : s’organiser pour se rassurer

Ludivine, elle, a choisi une autre approche : se préparer. Devant sa maison proche du centre de Trooz, elle a placé des sacs d’urgence, des madriers pour bloquer les portes en cas de forte pluie. "Ça permet d’être plus rassurée, l’eau dévale souvent au moment des orages." Et c’est vrai que dans cette vallée de la Vesdre, l’eau monte encore dans les caves quand le ciel se déchaîne et réactive les peurs des habitants. Devant sa maison installée à quelques mètres de la Vesdre, Arlette raconte : "Samedi dernier, nous avons encore eu des orages. Je suis descendue au sous-sol la boule au ventre. Mes mains tremblaient et puis j’ai pleuré en voyant l’eau dans les caves. J’ai pensé que ça recommençait." Arlette se dit qu’elle doit passer à autre chose, pour le moment, c’est encore trop difficile.

Se reconstruire et regarder l’avenir avec optimisme

À l’école Saint-Joseph de Dolhain, on a payé un lourd tribut en juillet 2021. Si on n’oublie pas, on se concentre sur le futur. Et des jours meilleurs. Les travaux de rénovations avancent. Le futur réfectoire prend forme. Les châssis sont posés. "Regardez où on en est", lance sa directrice Emilie Defraiteur en montrant les travaux. "On mesure le chemin parcouru, la pluie fait encore peur quand elle est très forte mais on passe outre."

Ce que veulent ces gens, au fond, c’est simple : ne plus être "des sinistrés". Redevenir des habitants.