Comment les contre-tarifs canadiens affecteront-ils votre…

Comment les contre-tarifs canadiens affecteront-ils votre…

La riposte canadienne aux droits de douane américains est entrée en vigueur mardi. Des centaines de produits américains sont dorénavant assujettis à des tarifs de représailles de 15 %, 25 % ou 50 %. Voici ce que ça implique pour les consommateurs.

Quels produits seront touchés ?

Les nouveaux contre-tarifs canadiens vont toucher certains secteurs plus que d’autres. L’acier et l’aluminium, les produits laitiers, les électroménagers, le matériel agricole, les pâtes et papiers, les plastiques et l’électronique seront aux premières loges de la riposte canadienne, notait Florence Jean-Jacobs, économiste principale chez Desjardins, dans une étude parue mardi.

Plus précisément, parmi les produits les plus exposés aux contre-tarifs, l’économiste mentionne les vêtements, les chaussures, les appareils électroménagers, les jouets, les meubles, les bijoux, les produits ménagers et les voitures.

Elle ne s’attend toutefois pas à ce que les tarifs de représailles exercent une pression à la hausse sur les prix des produits alimentaires — comme le lait en poudre, le miel ou la mélasse — puisqu’ils sont importés au Canada en petite quantité et qu’il existe des substituts au pays.

Le secteur de la construction pourrait aussi souffrir de la réplique tarifaire canadienne. Certains équipements et matériaux ne sont pas facilement substituables, écrit Mme Jean-Jacobs. « Des perturbations des activités dans le secteur de la construction pourraient en retour allonger certains échéanciers et faire augmenter les coûts. »

Quand les prix vont-ils augmenter ?

« Ça peut varier de quelques semaines à quelques mois », selon le roulement des stocks, explique Florence Jean-Jacobs en entrevue. « Habituellement, tout ce qui est à utilisation rapide ou périssable, ça va se faire plus vite, tandis que pour des produits comme des électroménagers ou des voitures, ça va être plus long. »

« Les produits de papier — du papier hygiénique aux essuie-tout, jusqu’aux boîtes de carton et aux enveloppes —, ça va être touché plus rapidement », soutient Michel Rochette, président pour le Québec du Conseil canadien du commerce de détail. Les prix des vêtements (surtout avec le changement de saison), des produits cosmétiques et des parfums devraient aussi être relevés plus tôt que tard.

« Ce qui va monter plus lentement, mais plus fort, ce sont les meubles, les électroménagers, tout ce qui est quincaillerie et matériaux, l’électronique, ajoute M. Rochette. Les stocks sont souvent importants et les délais de réapprovisionnement sont longs, donc l’effet va surtout se faire sentir peut-être à l’hiver. »

Certains contre-tarifs imposés à des intrants américains servant à la fabrication de produits au Canada pourraient aussi prendre plus de temps à percoler dans l’économie, relève Mme Jean-Jacobs. La présence de substituts autres qu’américains devrait aussi contribuer à atténuer le choc pour les consommateurs.

Est-ce que les entreprises vont transférer les coûts aux consommateurs ?

« Les grossistes et les détaillants ne vont pas nécessairement transmettre entièrement la hausse de coûts, dit Florence Jean-Jacobs. Ils pourraient probablement en absorber une partie et diminuer un peu leurs marges bénéficiaires. »

La proportion des contre-tarifs qui est relayée au consommateur dépendra notamment de l’existence de substituts, précise l’économiste. Or, la substitution n’est pas toujours possible, surtout pour des produits très spécialisés.

« Je ne connais pas beaucoup d’entreprises qui vont être capables d’absorber ça pendant bien longtemps », affirme pour sa part Jasmin Guénette, vice-président aux affaires nationales de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. « Elles vont peut-être essayer d’absorber une partie des tarifs, mais elles ne pourront pas l’absorber indéfiniment, alors l’augmentation des prix va finir par se faire sentir pour les consommateurs. »

L’effet des contre-tarifs sur la compétitivité et la rentabilité des fabricants qui n’ont pas accès à des produits de substitution sera à surveiller, conclut Mme Jean-Jacobs. « C’est plus ça, ma préoccupation : des entreprises qui ne sont plus rentables, des mises à pied, des consommateurs avec beaucoup moins d’appétit. »