Comment les viticulteurs Cassidains s'adaptent-ils au changement climatique ?

Comment les viticulteurs Cassidains s'adaptent-ils au changement climatique ?

À Cassis, le vin se cultive entre mer et falaises, dans l’une des plus petites appellations de France. Les vignerons célèbrent cette année les 90 ans de leur AOC en composant avec un climat qui change et des équilibres à réinventer, sans jamais rompre avec leur identité.

C’est l’une des plus petites appellations de France. Cassis fête cette année les 90 ans de son AOC, reconnue en 1936 parmi les premières du pays. Sur à peine 220 hectares, le vignoble produit environ un million de bouteilles par an, dont près de 80 % de blanc. « Une goutte dans l’océan de vin qui est produit », image Jean-Louis Genovesi, président de l’appellation et propriétaire du domaine du Bagnol. Mais une goutte chargée d’histoire, portée par dix vignobles familiaux, et un héritage dont les premières traces écrites remontent « jusqu’au Moyen Âge ».

Les vins cassidains sont réputés pour leur fraîcheur saline et minérale, au caractère façonné par les embruns et un microclimat tempéré par le Cap Canaille. Mais le changement climatique modifie peu à peu les repères. Au domaine de la Dona Tigana, « les vendanges ont souvent lieu mi-août, alors qu’on récoltait plutôt fin septembre il y a encore 15 ans », constate Jean Tigana, installé sur les hauteurs de la commune depuis 1986. De même, « quand j’ai commencé, on rentrait des vins à 8 degrés d’alcool. Aujourd’hui, on est plutôt à 14 ou 15 à cause de l’augmentation des températures ».

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Composer avec le climat

Si composer avec l’imprévu fait partie de la nature du métier, les conditions évoluent drastiquement d’une saison à l’autre. Après plusieurs étés marqués par un déficit en eau, les derniers millésimes ont aussi enduré leur lot d’épisodes de pluie parfois trop abondante. L’AOC permet le recours à l’irrigation en cas de stress hydrique extrême et persistant. Mais pour faire de la prévention, certains domaines préfèrent travailler la terre autrement. « Les anciens disaient qu’un labour équivalait à trois arrosages », rappelle Émile Bondoux.

Cinquième génération du domaine Bodin, ce dernier s’intéresse à la couverture végétale ou à l’enherbement maîtrisé pour conserver davantage l’humidité des sols. La réflexion porte aussi sur les cépages. « Certaines variétés comme la marsanne souffrent plus du manque d’eau, tandis que la clairette et l’ugni blanc semblent plus résistants », reprend le jeune viticulteur. Les Tigana prévoient ainsi d’en planter sur une nouvelle parcelle. Mais il n’est pas question, pour l’instant, de transformer profondément le visage de l’appellation en modifiant le cahier des charges. « On cherche avant tout à rester fidèles à ce que nous sommes », estime Jean-Louis Genovesi.

Au rythme du vivant

Pour ce dernier, nul besoin toutefois de tirer la sonnette d’alarme. « Notre métier, c’est justement d’anticiper sans céder à la précipitation. Nous évoluons dans un univers de temps long. Une vigne met des années avant de produire pleinement, et parfois des décennies avant d’exprimer tout son potentiel », tempère-t-il.

La quasi-totalité des domaines de Cassis est aujourd’hui engagée en agriculture biologique ou en conversion, voire en biodynamie pour certains. « Les producteurs vivent au milieu de leurs vignes. Il est naturel pour nous de travailler le plus proprement possible », souligne le viticulteur. Ceux-ci doivent également composer avec l’évolution de la consommation de vin, en baisse de 70 % depuis 1960 selon l’Insee. À Cassis, l’impact reste cependant limité grâce à une clientèle locale et touristique. Les bouteilles s’écoulent principalement dans les restaurants, les caveaux et auprès des visiteurs de passage. L’appellation profite aussi de l’intérêt croissant pour les vins blancs, alors que 90 % de la production provençale est consacrée au rosé.

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Émile Bondoux

Tourisme et transmission

Plusieurs propriétés développent désormais l’œnotourisme pour diversifier leurs revenus : dégustations, visites de cave, balades à vélo ou en buggy ou restaurants au milieu des vignes, à l’image du Baïto sur le domaine Bodin. « Il faut se diversifier car, certaines années, on peut perdre jusqu’à 40 % de la récolte », rappelle Jean Tigana, qui, avec sa fille Canelle, s’apprête à ouvrir une guinguette sur son exploitation. Sur les coteaux cassidains, ces évolutions se font sans rupture brutale. Les domaines restent majoritairement familiaux, souvent transmis depuis plusieurs générations. Des archives communales datant de 1430 mentionnent déjà des “vignes dans le quartier du Bagnol”.

Les premiers ceps auraient été plantés par les Phocéens en 600 avant notre ère. « On a toujours fait du vin ici, et on en fera toujours », assure Jean-Louis Genovesi. « Nous nous battrons jusqu’au bout pour préserver ce patrimoine », renchérit Émile Bondoux. Alors, que les amateurs se rassurent : il devrait encore être possible, longtemps, de déguster un verre de Cassis en terrasse, face à la Méditerranée.

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Canelle et Jean Tigana

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