Comment un tube kitschissime de Rondò Veneziano irrigue le propos politique de la série “Paolo”
Séries
Le réalisateur Sébastien Marnier fait de “La Serenissima”, morceau du célèbre ensemble musical italien, la bande-son inattendue d’une fascination. Ou comment Paolo le prolétaire projette son désir d’ascension sociale.
Après avoir massacré un chauffeur, Paolo (Jérôme Niel) enfourche son vélo et s’envoie du Rondò Veneziano… HBO Max
Par Pierre Langlais
Publié le 23 octobre 2026 à 21h00
Cheveux au vent sur son vélo, casque audio vissé sur la tête, Paolo Da Costa (Jérôme Niel) pédale à travers champs. Avec ses tatouages, ses muscles saillants et sa mâchoire serrée, le héros de la série Paolo de Sébastien Marnier, livreur de pianos, exhibe une virilité archétypale. Sa brutalité n’est plus un secret pour les spectateurs, qui l’ont vu quelques instants plus tôt massacrer à coups de cadenas — celui-là même qui pend à son guidon — le chauffeur de Théophane Tolbiac (Yoann Gasiorowski), candidat aux élections municipales de Roisson-en-Champagne. Dans les oreilles de ce cousin rémois de Patrick Bateman, le serial killer d’American Psycho : le tube de Rondò Veneziano, La Serenissima (1981).
Ce groupe italien, sommet de kitsch — plus encore vu d’aujourd’hui —, a cartonné au début des années 1980 en mêlant airs baroques et rythmiques pop et disco, le tout dans un décorum de carnaval, robes bouffantes, perruques à bigoudis et masques argentés. « On est à la frontière du ridicule et du génie, s’enthousiasme Sébastien Marnier. Gamin, j’étais fasciné par La Serenissima et son clip façon Daft Punk. »
“Indépendance d’esprit”
Dans sa série, il utilise d’abord ce souvenir pour créer une sensation de décalage avec la violence de Paolo. Il faut attendre le cinquième épisode pour comprendre d’où vient cette étrange sélection musicale. La Serenissima était le morceau préféré de Théophane Tolbiac quand il était enfant. C’est la bande-son de l’obsession de Paolo pour celui qui fut son camarade de classe, dont il va devenir le nouveau chauffeur, le confident, l’ami…
Rondò Veneziano accompagne aussi le sous-texte politique de la série. « Dans les flash-back, le fait que Théophane danse sur ce truc qu’il croit être de la musique classique est une forme de rupture avec les autres enfants. C’est un choix marginal qui illustre son indépendance d’esprit, et la preuve qu’il ne vient pas de la même classe sociale qu’eux », analyse Sébastien Marnier. En l’écoutant en boucle, Paolo, prolétaire frustré, affirme son désir d’ascension, son attirance pour cet homme qui a « fait quelque chose de sa vie ». « Si kitsch soit La Serenissima, il faut l’écouter au premier degré », prévient Marnier.
Paolo, mini-série, disponible sur HBO Max.
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r “Paolo”, sur HBO Max : la série obsédante de Sébastien Marnier, entre rapports de classe et faux-semblants
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