Consommation. Canicule : offre salutaire ou profiteurs de crise ? La location de climatiseurs fait polémique

Consommation. Canicule : offre salutaire ou profiteurs de crise ? La location de climatiseurs fait polémique

Tout remonte à un article du 14 juillet, en pleine canicule : Le Parisien présente comme « bon plan » l'offre de l'entreprise Climloc. Celle-ci propose de louer un climatiseur quelques jours, livré à domicile en deux heures seulement. À l'heure où tout se loue, du téléphone mobile au smartphone en passant par la perceuse du voisin, pourquoi pas ? Sauf que le positionnement de l'entreprise suscite un tollé : Climloc est accusée de profiter de la crise sanitaire entraînée par les canicules à répétition, voire d'accentuer les pénuries de matériel au détriment notamment des hôpitaux. Pire : certains de leurs détracteurs dénoncent des pratiques illégales...

Qu'en est-il ? Les fondateurs de Climloc, Victor Nihoul et Wesley Wasielewski, tous deux âgés de 25 ans, affirment avoir eu l'idée de leur entreprise en plein pic de chaleur, à l'été 2025. Le principe est simple : plutôt que d'acquérir au prix fort un climatiseur qui ne servira que quelques jours ou quelques semaines dans l'année, pourquoi ne pas le louer le temps d'une canicule ? D'abord lancée en région parisienne, l'entreprise se déploie à Lille, Lyon, Bordeaux, Nantes, Nice ou encore Strasbourg. Les deux jeunes entrepreneurs revendiquent 47 000 euros de chiffre d'affaires en 2025... mais déjà plus d'un million en 2026, selon Le Parisien. Sauf que selon ses documents administratifs, la société n'a été créée qu'en juin 2026. D'autres bizzareries administratives et comptables sont identifiées par une experte citée par Libération, et auxquelles Climloc n'a pu apporter de réponse. 

Tarification dynamique, avis clients semblant faux...

Mais ce n'est pas tout : si la location d'un climatiseur n'a rien d'illégal, certaines pratiques pointées par de nombreux internautes peuvent paraître discutables. Comme le fait de s'être vanté dans une publication - supprimée depuis - d'avoir engendré une « rupture partout » en achetant tous les stocks d'Île-de-France. Les tarifs, aussi, sont « dynamiques » : affichés parfois « à partir de sept euros par jour », ils grimpent rapidement en fonction des options, services et accessoires ajoutés... mais aussi de la date et de l'heure choisies. Là encore, la tarification dynamique n'est pas en soi interdite, à condition de respecter certaines conditions.

Une autre polémique est née d'avis clients semblant faux (une photo d'une même personne illustrant plusieurs avis différents), ce qu'a démenti l'entreprise auprès de Libération. Les conditions générales du service - depuis modifiées - affichaient aussi un certain nombre de clauses illicites, manifestement abusives pour les clients (et donc nulles), selon un avocat spécialisé contacté par le quotidien.

Enfin, dans plusieurs vidéos, les fondateurs de Climloc avaient affirmé acheter les climatiseurs sur Cdiscount ou Amazon... avant de les retourner une fois rentabilisés, dans le délai de rétractation. Sauf que ce délai est destiné aux acheteurs particuliers, pas aux entreprises commerciales. Sur ce point, Climloc assure n'avoir retourné que « deux appareils », et que « notre objectif n'a jamais été de nous enrichir en détournant les politiques de retour ».

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Climloc dément être responsable des pénuries

Sur ce dernier point notamment, après les nombreux articles qui lui ont été consacrés, Climloc a apporté certaines réponses directement sur son site - mais pas toutes. Sur les prix, l'entreprise assume qu'ils « varient [...] en fonction de la quantité de climatiseurs disponibles en Europe pour l'approvisionnement, et aussi selon les villes dans lesquelles nous opérons puisque les coûts logistiques et les économies d'échelles ne sont pas les mêmes partout ». Quant au risque de « pénurie », elle dément toute responsabilité. « Climloc participe à l'approvisionnement de climatiseurs en France en achetant auprès de grossistes et fabricants européens et internationaux », estime l'entreprise, qui précise que « chaque climatiseur mutualisé [...] servira entre six à huit établissements et foyers pendant la saison 2026, contre un pour les achats neufs en magasin ».

Enfin, Climloc réfute « profiter de la crise », en « se battant tout l'été, parfois jour et nuit pendant les épisodes de canicule, pour maintenir un service opérationnel. Aucun autre acteur n'est aujourd'hui capable d'intervenir dans des délais aussi courts pour des urgences, notamment lorsqu'il s'agit d'établissements de santé, d'Ehpad ou de situations critiques pour des personnes vulnérables ». Semblant faire amende honorable, l'entreprise concède qu'il existe « des remarques pertinentes à prendre en compte » - « sur l'amélioration de la communication à propos de nos prix, les mentions légales et les différentes informations sur notre site concernant les livraisons en vélo cargo et écologique ».