Cours d'éducation physique mixtes loin de faire l'unanimité: "On a dû faire marche arrière"
Chaque rentrée a son lot de nouveautés. Pour un professeur d'éducation physique, un changement ne passe pas. Désormais, les cours de sport se feront en mixité. Si cela s'est décidé sans lui demander son avis, il s'y oppose pour plusieurs raisons : gestion des vestiaires, différences de niveaux et d'aptitude entre les filles et les garçons, sécurité…
De plus en plus d'écoles secondaires franchissent le pas. Depuis 2023, toutes les écoles de la Ville de Bruxelles organisent le cours d'éducation physique en mixité. Mais ce choix divise aussi les élèves. Marika est totalement contre, pourtant elle a sport avec les garçons. "Les mecs ne se rendent pas compte de leur force. Ils sont bruts et se fichent totalement que nous soyons des filles. Je me suis déjà retrouvée avec une lèvre explosée, des coups de pied, des moqueries et des attouchements. Les mecs ont le cerveau en ébullition à notre âge", témoigne l'adolescente.
"Il est temps de faire bouger les choses", "c'est le cadet de mes soucis": l'écriture inclusive divise dans les écolesLa Providence à Gosselies a tenté pendant trois ans en 4e, 5e et 6e secondaires. "On doit éduquer à la mixité. L'école est un lieu où on doit promouvoir une autre approche, déconstruire les clichés basés sur le sexe", défend le directeur Denis Dehon. "Mais on a dû revenir en arrière parce que les retours étaient assez mitigés de la part des filles de 4e secondaire. Elles ont fait remonter des arguments au niveau de la pudeur." Mélissa, 16 ans, confirme qu'elle aurait détesté ça. "Je suis déjà complexée par mon corps alors l'idée que les garçons puissent le voir et me critiquer, je suis déjà en panique."
Du côté des parents, on émet aussi des réserves. "Vivant avec deux préados, je suis un peu interloquée par cette tendance à rendre les cours mixtes. Ma fille est très pudique et je pense qu'elle aurait du mal à être mélangée avec les garçons. Surtout quand on sait comment ça peut se passer vite s'il y a un comportement déplacé", commente Megan dont les enfants sont scolarisés dans l'enseignement catholique. "Si l'école décide de franchir le pas, j'en discuterai avec mon fils pour bien lui rappeler comment se comportent envers les filles et surtout à signaler quelques comportements qui peuvent paraître suspects ou compromettants. Et à ma fille aussi."
Perte d'heures
Parmi les critiques des éducateurs physiques face à ce système qui présente l'avantage de facilité l'organisation des horaires, ils pointent une conséquence directe pour eux : la diminution d'heures qui, par la même occasion, permettrait à la direction de faire quelques économies. "C'est légitime et pertinent. Un cours d'éducation mixte nécessite de regrouper des classes, ce qui amène des complications au niveau des horaires. Il est encore naturel pour les élèves d'avoir un prof pour les garçons et une prof pour les filles", explique Bernard Ghekière, directeur de l'Institut Marie Immaculée.
Pénurie de profs : les inscriptions pour être prof de gym en chute librePour éviter cela, Denis Dehon avait garanti qu'il n'y aurait pas de perte de salaire en cas de réduction de la charge horaire. Il espère d'ailleurs pouvoir réinstaurer les cours mixtes. "Ça permettrait à un prof d'éducation physique d'être titulaire d'une classe."
Depuis une dizaine d'années, le cours d'éducation physique est mixte aux Ursulines et La Madeleine à Tournai principalement pour des raisons budgétaires. "La nécessité a fait loi, on n'avait plus les moyens de séparer les filles et les garçons. Ça a commencé par une classe et puis ça s'est généralisé. Les profs font tout pour que ça se passe bien et on n'a pas de problème jusqu'à présent", rapporte Damien Masquelier qui parle aussi d'une évolution de la société. "Les vestiaires sont évidemment séparés. Le prof attend à l'extérieur et s'il y a du chambardement chez les filles, il va d'abord frapper à la porte et il préviendra avant d'entrer mais ce n'est jamais arrivé."
"Risque de dissuader les filles"
L'Institut Marie Immaculée d'Anderlecht sépare les filles et les garçons. "On a fait ce choix pour plusieurs raisons. On estime que ce serait compliqué pour les jeunes filles d'avoir sport avec les garçons pour des raisons culturelles. On craint aussi d'avoir une augmentation de mot d'excuses et de certificats médicaux. La mixité risque de dissuader les filles car même s'il n'y a pas de sport fille et de sport garçon, c'est plus simple de motiver les filles de faire du step que du foot", justifie le directeur qui compte beaucoup d'élèves d'origine musulmane dans son établissement. "Les différences entre les filles et les garçons sont encore très ancrées dans la tête de nos élèves et dans la société."
Pour Alexia, 15 ans, c'est simple. "Si mon école fait ça, je manquerais les cours", glisse-t-elle.
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