Coût, tracé, calendrier… le tramway de Montpellier met le cap sur l’aéroport, les détails d’un accord historique avec le Pays de l’Or

Coût, tracé, calendrier… le tramway de Montpellier met le cap sur l’aéroport, les détails d’un accord historique avec le Pays de l’Or

Ce lundi 14 septembre, une page s’est tournée entre Montpellier et le Pays de l’Or. Vingt ans après une guerre intercommunale acharnée, les élus se retrouvent autour d’un projet commun qui pourrait changer les habitudes de déplacement dans l’Est de l’Hérault.

Promesse tenue ! Michaël Delafosse avait assuré durant la campagne des municipales qu’il ferait sortir le tramway des limites de la Métropole de Montpellier. C’est fait. Ou presque. Et "c’est historique", disent tous les acteurs réunis ce lundi 14 septembre à l’aéroport de Montpellier. Car rallier en tramway l’aéroport Montpellier-Méditerranée est un exploit politique : il fallait convaincre les élus de l’Agglo du Pays de l’Or et le nouveau maire de Mauguio, Pierre-Martin Chazot, commune où se trouve ledit aéroport, d’accepter d’échanger et de s’entendre. C’est donc fait et le projet a été porté sur les fonts baptismaux. C’est Emmanuel Brehmer, président de l’aéroport, qui a scellé cet accord en soulignant que l’arrivée du tramway était "essentielle pour le développement de l’aéroport".

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La déception de ne pas aller à la mer

Alors certes, les grincheux regretteront que le tramway n’aille pas vers la mer, comme on aurait pu l’espérer. Mais le maire de Mauguio a très rapidement mis les choses au clair : "Il n’y aura pas de tramway à la mer, en tout cas pas à Carnon", a-t-il dit à l’attention de ceux qui se voyaient déjà partir en tramway avec parasol et maillot de bain. Ni sur ce mandat. Ni probablement plus tard ! Pour Michaël Delafosse, le projet d’aller à la mer "n’est pas soutenable financièrement", avec un coût évoqué de l’ordre de 170 M€. Et surtout, "je suis respectueux des partenaires, des élus du Pays de l’Or". C’est donc un non, toujours assumé, côté maritime.

Stéphan Rossignol, maire de La Grande-Motte et président de l’Agglo du Pays de l’Or, a toutefois rappelé que le transfert depuis le terminus de Pérols avait permis à 160 000 passagers de rejoindre la Grande Bleue en navette cet été. Et que l’effort serait reconduit, voire accentué.

70 M€ et un chantier dans des "délais raisonnables"

Mais il ne faut pas bouder l’intérêt de cette annonce, même si elle est encore "conditionnée" à des études dans le cadre du Serm (*). Michaël Delafosse a toutefois laissé entendre que le coût du projet, auquel le Pays de l’Or doit participer, serait de l’ordre de 70 M€. Or, la ligne 1 devant franchir l’obstacle de l’autoroute A9 par un pont ferait largement gonfler la facture globale. Ainsi, c’est plutôt par la ligne 3 qu’il devrait être envisagé de rallier le centre de Montpellier, en particulier la gare Saint-Roch, à l’aéroport. Où, comment ? Rien n’a encore été précisé…

Sur le calendrier, Stéphan Rossignol a promis des "délais raisonnables" et rêve même d’une inauguration "en fin de mandat", aux alentours de 2032. "Mais il y a de nombreux aléas dans un chantier de ce type", ont prévenu les élus.

Car avant de voir le premier tramway franchir les limites de la Métropole, il faudra encore attendre les conclusions de l’étude du Serm, arrêter un tracé, boucler le financement… puis lancer une enquête publique. Une étape indispensable et loin d’être une simple formalité. Autrement dit, l’histoire est bien lancée. Mais le tramway, lui, n’est pas encore arrivé à l’aéroport.

L’aéroport de "l’est de l’Occitanie"

Derrière le tramway jusqu’à l’aéroport se joue une ambition qui dépasse largement la desserte de la plateforme. Emmanuel Brehmer, président du directoire de l’Aéroport Montpellier Méditerranée, espère en faire "l’aéroport de l’Est de l’Occitanie", véritable pendant à celui de Toulouse. Mais, pour lui, le tramway devra s’accompagner d’un réseau de bus et de navettes efficace et, peut-être, d’aménagements routiers pour faciliter l’accès à la plateforme.

Le dirigeant mise surtout sur une recomposition du paysage aéroportuaire régional. Si Ryanair venait à arrêter ses activités à Nîmes et Béziers, Montpellier pourrait récupérer une partie de leurs passagers : Emmanuel Brehmer évoque ainsi un trafic qui pourrait passer de 1,8 à 2,2 millions de passagers. Cette croissance permettrait des économies d’échelle et renforcerait la compétitivité de Montpellier auprès des compagnies. Il cite notamment le deuxième avion de Transavia, aujourd’hui conditionné, selon lui, à l’évolution de la situation de Ryanair à Nîmes et Béziers.

Michaël Delafosse partage cette ambition et défend une "rationalisation de l’offre" aéroportuaire. Il se pose en premier défenseur de l’aéroport tout en regrettant le poids très faible de la Métropole dans sa gouvernance. Avec 0,5 % du capital, il affirme avoir, depuis 2020, sollicité cinq ministres des Transports et trois préfets pour obtenir davantage de poids, "sans réponse" à ses courriers. Une bataille institutionnelle qui accompagne désormais une bataille d’échelle : faire de Montpellier une porte d’entrée aérienne majeure de l’Est de l’Occitanie.