Culture. Coupes budgétaires dans l'audiovisuel : la création française est-elle menacée ?

Culture. Coupes budgétaires dans l'audiovisuel : la création française est-elle menacée ?

La fin de notre souveraineté culturelle ? Et si demain, la France de la fiction et du cinéma, c’était l’Amérique ? Ce scénario catastrophe n’est pas une réalité immédiate, mais il anticipe une évolution à court terme, formulée par le président de l’Arcom, Martin Ajdari : « Netflix, qui est déjà le premier financeur privé, sera en 2030 le premier financeur tout court dans la création audiovisuelle et cinématographique ».

En 2025, France Télévisions a consacré 406 millions d’euros à la production audiovisuelle et 70 millions au cinéma, Netflix respectivement 250 millions et 58 millions. La part du "streamer" américain, ajoutée à celle des plateformes Disney + ou HBO Max, soumis depuis un décret de 2021 à des obligations de financement, a représenté un cumul de 525 millions d’euros l’an dernier, contre 397 millions en 2024, soit une hausse de 32 %.

Le financement des chaînes de télévision traditionnelles (France Télévisions, TF1, Canal +), dans les films et séries françaises a reculé au total de 8 %. Acteur clé du secteur, Canal + s’est certes engagé à investir 160 millions d’euros en 2026 et 170 millions en 2027 dans le cinéma français, contre 150 millions en 2025. Mais le groupe est très en deçà du volume financier global qu’il injectait entre 2018 et 2024, d’environ 220 millions d’euros par an.

L’exception culturelle française fragilisée

La place grandissante des géants hollywoodiens du divertissement sur notre territoire n’est « pas sans conséquence » car leurs investissements « donnent lieu à moins d’heures de tournage, moins d’œuvres financées et moins de diversité », a averti l’Arcom vendredi, lors du festival de la fiction de La Rochelle. Selon Martin Ajdari, l’exception culturelle française en est fragilisée : « Ces services, lorsqu’ils commandent une série ou un unitaire (téléfilm), l’inscrivent dans une stratégie définie ailleurs et ne peuvent avoir la même intention, le même ancrage qu’un acteur national ».

En 2027, France Télévisions pourrait limiter à 380 millions d’euros ses investissements. La conséquence directe du recul des dotations de l’État (-47 millions prévus l’an prochain, après 80 millions cette année) et du repli des ressources publicitaires (en baisse de 20 millions). Delphine Ernotte Cunci, la présidente du groupe public, est montée au créneau dans une interview au journal Le Monde : « Ce qui se dessine c’est que les plateformes étrangères consentiront bientôt les plus gros investissements dans la création française. Est-ce qu’on souhaite cette forme de vassalisation ? C’est-à-dire des séries et du cinéma décidés, financés, castés, écrits, conçus par les Américains ou les Chinois ? ».

Le syndicat national des journalistes (SNJ) de France Télévisions a déposé un préavis de grève pour mercredi, contre « la casse budgétaire ». Il appelle à un rassemblement devant le ministère de la Culture à Paris. Photo Jeanne Accorsini/Sipa

Le syndicat national des journalistes (SNJ) de France Télévisions a déposé un préavis de grève pour mercredi, contre « la casse budgétaire ». Il appelle à un rassemblement devant le ministère de la Culture à Paris. Photo Jeanne Accorsini/Sipa

Plusieurs organisations professionnelles du cinéma, producteurs (ARP, UPC, SPI), réalisateurs (SRF) scénaristes (SCA), distributeurs (DIRE, GNCR, SDI, ACID), ont dans un communiqué commun dénoncé une « saignée », et « une honte pour la République » : « Le service public de l’audiovisuel court un péril inédit, et avec lui, notre souveraineté culturelle. Il n’est pas acceptable que les plateformes américaines payantes deviennent demain l’un des premiers financeurs du cinéma français ».