Cyberseg360° 2026: la cyber à l’épreuve du réel
IA, SOC, identités, automatisation ou post-quantique: à CyberSEG360° 2026, les technologies ont surtout été confrontées aux réalités du terrain.
L’intelligence artificielle s’installe dans les outils, le développement et les opérations de sécurité. Les infrastructures s’automatisent. De nouvelles identités apparaissent avec les agents IA. Et, à plus long terme, la cryptographie se prépare déjà au post- quantique.
Autant de sujets qui pourraient facilement donner lieu à une succession de prédictions. À CyberSEG360° 2026, organisé le 24 septembre à Genève par Swiss Expert Group, l’approche était différente: partir des usages, montrer ce qui fonctionne déjà, tester, prévoir et aussi regarder les limites.
Pendant une journée, ingénieurs, architectes et spécialistes de la cybersécurité ont ainsi partagé leurs expériences et leurs réflexions autour de problématiques concrètes, rencontrées sur le terrain ou encore émergentes. Avec un fil rouge qui s’est dessiné au fil des sessions: les technologies évoluent vite, mais beaucoup de réponses passent encore par des fondamentaux bien connus.
L’IA trouve sa place dans la cybersécurité
L’IA était naturellement très présente. Côté offensif, elle permet notamment d’accélérer certaines tâches de reconnaissance ou de recherche de vulnérabilités. Côté défensif, elle peut aussi aider à cartographier une surface d’exposition, extraire des informations de threat intelligence, générer des règles de détection ou accélérer certaines analyses.
Plutôt qu’un basculement où la machine remplacerait progressivement l’analyste, les différents cas présentés dessinaient une répartition plus nuancée des rôles.
Dans un SOC, par exemple, l’IA apporte déjà des possibilités intéressantes pour enrichir et analyser les informations, automatiser certaines tâches ou traiter davantage de volume. Mais le contexte propre à chaque environnement, l’analyse de cas complexes ou une décision critique de containment continuent de nécessiter une expertise humaine.
Même constat côté développement. Les assistants de coding permettent de produire davantage de code, plus rapidement. Conséquence: le défi se déplace en partie de la production vers la vérification. La réponse présentée à CyberSEG360° associe environnements isolés, contrôle des dépendances, SAST et SCA, pipelines durcis, SBOM, signature des artefacts et revue humaine. L’IA peut elle-même intervenir dans la pré-revue et le triage, tout en laissant la décision finale à l’humain.
Ce qui change n’est donc pas nécessairement la nature de tous les problèmes de sécurité. C’est aussi leur échelle et la vitesse à laquelle ils se présentent.
Quand les agents entrent dans le SI
Cette évolution devient particulièrement visible avec les agents IA. Dès lors qu’un agent peut utiliser des outils, interroger des données ou appeler des API, les questions de sécurité deviennent très concrètes: quelle identité utilise-t-il? À quelles ressources a-t-il accès? Avec quels privilèges? Et comment ces droits sont-ils révoqués lorsqu’ils ne sont plus nécessaires?
Les identités non humaines existaient bien avant l’arrivée de l’IA: comptes de service, workloads, tokens ou certificats font déjà partie du quotidien des équipes IAM. Les agents ajoutent une nouvelle dimension à leur gouvernance. Les risques évoqués à CyberSEG360° sont d’ailleurs familiers: secrets persistants, privilèges excessifs, identités réutilisées ou offboarding insuffisant.
Les démonstrations offensives ont apporté un autre éclairage. Dans une application reposant sur un LLM, instructions et données sont traitées dans un même contexte. Un document récupéré via un système RAG peut ainsi contenir des instructions indésirables. Parmi les réponses présentées: cloisonner les usages, appliquer le moindre privilège, contrôler les accès, filtrer les entrées et sorties et conserver une validation humaine pour les actions à impact.
Autrement dit, de nouveaux systèmes, mais des principes de sécurité qui restent étonnamment familiers.
Automatiser sans perdre en visibilité
Le même pragmatisme s’est retrouvé dans les sujets infrastructure.
Une démonstration consacrée à l’automatisation partait par exemple d’un cas très opérationnel: la gestion de politiques WAF. À mesure que les environnements et les changements se multiplient, les opérations manuelles atteignent leurs limites, notamment lorsqu’il faut garantir cohérence et traçabilité.
L’utilisation du Software Configuration Management et de la Configuration as Code permet alors de versionner les configurations, encadrer les changements, conserver leur historique et revenir à un état précédent.
L’objectif présenté n’était pourtant pas d’automatiser chaque décision. Les opérations répétitives peuvent être prises en charge par les outils tandis que l’opérateur se concentre sur des tâches où son expertise apporte davantage de valeur: anticiper les faux positifs, adapter une politique ou gérer un incident.
La même réflexion s’est prolongée autour du Cloud. La réversibilité n’y était pas présentée comme la décision de quitter un fournisseur, mais comme la capacité à conserver le choix. Et cela va bien au-delà de l’export des données: il faut aussi pouvoir préserver les identités, les intégrations, les permissions et, surtout, les usages métier. Une approche qui invite à penser d’abord en capacités - communiquer, collaborer, partager, décider - avant de penser en produits.
Préparer aussi les évolutions de demain
Toutes les transformations abordées à CyberSEG360° n’avancent pas au même rythme. La cryptographie post-quantique s’inscrit dans un horizon beaucoup plus long.
Plutôt que de spéculer sur la date d’arrivée d’un ordinateur quantique capable de remettre en question certains mécanismes actuels, l’approche présentée consistait à se concentrer sur ce que les organisations peuvent déjà faire: identifier leurs certificats, clés, protocoles et dépendances cryptographiques, puis déterminer ce qui devra évoluer.
La feuille de route proposée passe ainsi par la gouvernance, l’inventaire, la priorisation des risques, la gestion des certificats et des clés, puis un déploiement progressif de nouveaux mécanismes cryptographiques.
Une façon très concrète d’aborder un enjeu à long terme: sans attendre le «Q-Day», CIO et responsables sécurité peuvent dès aujourd’hui commencer à préparer la transition.
Des technologies nouvelles, des questions très concrètes
Au terme de la journée, CyberSEG360° n’a pas fait émerger une technologie qui viendrait à elle seule redéfinir la cybersécurité. Le constat est plus intéressant que cela.
IA, agents, Cloud, Kubernetes, automatisation, développement ou post-quantique: derrière la diversité des sujets, les mêmes enjeux reviennent. Garder de la visibilité sur ses environnements, maîtriser les accès, savoir ce que l’on automatise et pourquoi, et conserver l’expertise humaine là où elle reste essentielle.
C’est aussi ce que les démos et retours d’expérience de la journée ont permis de montrer: au-delà des tendances et des promesses technologiques, leur mise en pratique ramène rapidement à des choix très concrets de sécurité.
Pour clôturer la journée, CyberSEG360° a changé de registre avec Raphaël Domjan. L’explorateur suisse et pionnier de l’aventure solaire a partagé sa vision de la technologie et de l’innovation face aux enjeux énergétiques et environnementaux, apportant une ouverture différente après une journée consacrée à la cybersécurité.
S’il fallait retenir un fil rouge de cette édition, ce serait peut-être celui-ci: plus les technologies évoluent, plus la capacité à comprendre ce qu’elles font, à garder la maîtrise de ses environnements et à faire les bons choix devient essentielle.
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