De l’enlèvement de Mia à la tentative de coup d’État : le complotiste Rémy Daillet jugé à partir de ce mardi
France 15/09/2026 06:00 Actualisé le 15/09/2026 08:00
Cet ancien cadre du Modem dirigeait un groupuscule d’ultradroite conspirationniste et séditieux. Au total, 15 personnes de 28 à 74 ans vont comparaître durant trois semaines.

- / AFP
Rémy Daillet, au début de son audition devant le juge des libertés et de la détention au tribunal de Nancy, le 16 juin 2021.
L’enlèvement de la jeune Mia était un entraînement en vue d’un futur coup d’État. Le groupuscule d’ultradroite conspirationniste et séditieux, dirigé par l’ancien cadre du Modem Rémy Daillet, sera jugé à partir de ce mardi 15 septembre au tribunal correctionnel de Paris pendant trois semaines.
Quinze personnes de 28 à 74 ans vont comparaître pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ou encore séquestration. Elles sont soupçonnées d’avoir été impliquées, à divers degrés, dans des actions violentes codées « Azur », « Alsace » ou « Mia », visant à faire tomber le pouvoir en place.
Au cœur du dossier figure un ancien cadre du Modem en Haute-Garonne, Rémy Daillet-Wiedemann, 60 ans, qui, depuis la Malaisie où il était expatrié avant son expulsion en 2021, est soupçonné d’avoir structuré à partir de l’automne 2020 un réseau hiérarchisé clandestin d’ultradroite.
Surfant sur la crise sanitaire du Covid-19 et les colères nées du mouvement des Gilets jaunes, l’ancien politicien prônait, sur sa chaîne YouTube aux 35 000 abonnés, l’instauration d’un « État fort » et le renversement du gouvernement, « pacifiquement ou avec effusion de sang ».
Parallèlement à cette opération nommée « Azur », la structure gérait de façon cloisonnée une pluralité d’objectifs : l’attaque de loges maçonniques, la « restitution » d’enfants confiés aux services sociaux ou encore la prise de contrôle d’organes de presse.
Le groupuscule visait aussi des personnalités juives, comme Jacques Attali, des responsables politiques comme Édouard Philippe, les « gauchistes », des journalistes et des magistrats, qui allaient devoir « rendre des comptes au peuple ».
Ce chantre de l’école à la maison, père d’une famille recomposée de onze enfants, a fédéré autour de lui des profils très divers, jugés à ses côtés : militaires, professeur, intermittent du spectacle, coach sportif, etc. Pour la grande majorité, inconnus des services de police.
« Tous avec Rémy Daillet »
L’organisation occulte s’articulait autour d’une branche civile, gérée par Adrien B., surnommé Booga, responsable de la propagande et du recrutement, et d’une branche militaire confiée successivement à d’anciens officiers : Francis M., candidat aux législatives en 2012 sous l’étiquette RN et antisémite notoire, puis Christophe M., colonel à la retraite désœuvré, et enfin Sylvain P., surnommé « Pitchoune », un pianiste et chanteur.
Certains projetaient de faire converger des colonnes armées vers Paris pour investir l’Élysée et Matignon sur la base de scénarios élaborés par un sympathisant RN nommé Philippe M. Des notices et recettes d’explosifs artisanaux étaient préparées par Lionel F., alias « Baleineabosse », professeur de chimie qui aurait basculé « dans la folie » lors du confinement, selon ses dires
Des actions de sabotage, comme la destruction par incendie de deux antennes-relais 5G début 2021 près d’Aix-en-Provence et Lyon, ont fait office d’entraînement.
L’influence de Rémy Daillet s’établissait au-delà du groupe : en novembre 2020, un homme avait foncé sur la gendarmerie de Dax après avoir tagué sur un mur « Tous avec Rémy Daillet ».
« Restitution » d’enfants placés
La petite entreprise séditieuse est brutalement sortie de la clandestinité en avril 2021, lors de son action la plus retentissante.
Ce jour-là, dans les Vosges, la jeune Mia Montemaggi, 8 ans, confiée à sa grand-mère en raison de graves négligences parentales, est enlevée par deux faux éducateurs, Sylvain P. et Jérôme S.
L’enfant, remise à sa mère, Lola - seule femme à comparaître -, est retrouvée cinq jours plus tard dans un squat en Suisse. L’opération a été financée à hauteur de 3 000 euros par Rémy Daillet. D’autres projets d’enlèvements d’enfants placés ont été abandonnés ou ont échoué.
Avec ces « restitutions » face à des placements jugés abusifs, Rémi Daillet aurait voulu tester la cohésion des groupes de combat en vue du futur coup d’État.
Qualifié de « raté » et de « pervers » par ses sœurs, il semble parfois perdre pied avec le réel : dans une séquence vidéo, il se vante de conseiller Donald Trump et Vladimir Poutine qui « écoutent » et « ne seront pas aux abonnés absents », « le moment venu ».
Pour Rudy Reichstadt, fondateur du site Conspiracy Watch, son « profil de gourou » est symptomatique des « dérives politico-sectaires » complotistes apparues pendant la pandémie.
Me Dylan Slama, a indiqué à l’AFP que son client, libre sous contrôle judiciaire, abordait le procès avec « sérénité » : « Beaucoup de fantasmes ont circulé sur sa personne et je suis certain que ce procès permettra de les balayer. »