DECRYPTAGE. Le business des parcs d'attractions ne connaît pas la crise : comment les milliards affluent sur un marché en pleine croissance

DECRYPTAGE. Le business des parcs d'attractions ne connaît pas la crise : comment les milliards affluent sur un marché en pleine croissance

l'essentiel Avec trois parcs annoncés à Cergy-Pontoise, dont un consacré à *Dragon Ball*, l’Arabie saoudite s’apprête à investir 6 milliards d’euros dans un marché mondial en pleine expansion. En France, où les grands sites battent des records, l’arrivée d’un concurrent de cette taille pourrait accélérer la croissance du secteur autant que fragiliser certains acteurs.

L’annonce, lundi à Paris, à l’occasion de la visite du prince Mohammed ben Salmane, d’un spectaculaire investissement de 6 milliards d’euros de l’Arabie saoudite en France pour créer trois parcs d’attractions en région parisienne, dont l’un dédié à l’univers de Dragon Ball, met en lumière un secteur économique qui, dans le monde, ne connaît pas la crise.

Un marché mondial estimé à 190 milliards à l’horizon 2034

Selon les estimations, le marché mondial des parcs d’attractions pèserait environ 84 milliards de dollars en 2026 selon Mordor Intelligence, pour atteindre 105 milliards en 2031, soit une progression moyenne de 4,6 % par an. D’autres cabinets l’évaluent déjà au-delà de 110 milliards de dollars et envisagent près de 190 milliards à l’horizon 2034. L’Asie-Pacifique avance rapidement et le Moyen-Orient multiplie les mégaprojets, les parcs devenant un instrument de diversification économique et d’attractivité touristique.

Le modèle a lui-même changé. Le billet d’entrée ne représente plus qu’environ la moitié des recettes des établissements les plus performants. Hôtels, restaurants, boutiques, produits dérivés et expériences premium fournissent désormais 40 à 50 % du chiffre d’affaires. La bataille ne porte donc plus seulement sur le nombre d’entrées mais sur le temps passé sur place et la dépense de chaque visiteur. D’où la course aux hôtels, aux univers immersifs et aux licences mondiales, de Marvel à Naruto ou Dragon Ball.

Disneyland Paris reste la première destination touristique privée d’Europe

L’Europe participe pleinement à cette surenchère. Europa-Park, en Allemagne, a franchi les 7 millions de visiteurs en 2025. Disneyland Paris reste, avec environ 16 millions de visiteurs pour ses deux parcs, la première destination touristique privée d’Europe. Son chiffre d’affaires a atteint 2,68 milliards d’euros en 2025 et son bénéfice net 260 millions. Le groupe poursuit parallèlement un programme d’investissements de l’ordre de 2 milliards d’euros.

La France offre précisément aux investisseurs saoudiens un marché déjà exceptionnellement dense. Les parcs de loisirs y généreraient quelque 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour environ 70 millions de visites annuelles. Et les locomotives continuent de progresser. En 2025, le Puy du Fou a accueilli 3 millions de visiteurs, le Parc Astérix 2,9 millions et le Futuroscope 2,6 millions, contre 1,9 million en 2019. Même Vulcania, avec 390 000 entrées, a signé la quatrième meilleure fréquentation de son histoire.

À lire aussi : PortAventura World : "les attractions sont géniales et surtout, le rapport qualité-prix est très bon", pourquoi ce parc d'attractions cartonne auprès des Français

Cette prospérité explique aussi l’escalade des investissements. Le Parc Astérix prévoit 250 millions d’euros d’ici à 2030. Le Futuroscope a élargi son offre avec un deuxième parc aquatique. Partout, l’objectif est identique : transformer une visite à la journée en séjour et multiplier les raisons de revenir. Un modèle gourmand en capitaux mais qui peut dégager, pour les grands établissements bien exploités, des marges nettes de 7 à 15 %, voire davantage selon certaines estimations internationales.

Quel impact aura le complexe saoudien sur le marché français ?

C’est dans cet univers déjà très concurrentiel que doit surgir le complexe de Cergy-Pontoise. Avec 6 milliards d’euros annoncés et 22 000 emplois directs espérés, son échelle est sans commune mesure avec celle d’un nouveau parc régional. Situé à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Paris, il viendrait surtout compléter un triangle francilien où Disneyland occupe l’est et Astérix le nord.

À lire aussi : Attractions spectaculaires, univers immersifs, hôtellerie... : à quoi ressembleront les parcs à thèmes du projet saoudien en France ?

La question décisive sera de savoir si ce nouvel ensemble agrandira le marché ou déplacera simplement les visiteurs. Ses promoteurs espèrent profiter des flux déjà attirés par Disney et Astérix pour transformer Paris en destination « multi-parcs », sur un modèle rappelant celui des grands pôles internationaux. Des touristes étrangers pourraient ainsi combiner plusieurs sites et prolonger leur séjour.

Des gagnants et des perdants ?

Mais tous les concurrents ne sont pas également protégés. Disneyland dispose de marques mondiales, d’une clientèle internationale qui rendent sa position difficile à ébranler, même si Cergy pourrait lui disputer une journée de visite ou une partie du budget des familles. Le Parc Astérix apparaît davantage exposé : même bassin de clientèle, proximité géographique et positionnement fondé lui aussi sur des personnages issus de la bande dessinée et de la culture populaire. Face aux 6 milliards annoncés à Cergy, ses 250 millions d’investissements programmés donnent la mesure du rapport de forces financier.

À lire aussi : ENTRETIEN. Nouveaux parcs d'attractions en France : "L'Île-de-France pourrait devenir l'Orlando européen", prédit John Rakotozafy

Le Puy du Fou et le Futuroscope semblent plus abrités grâce à des identités très différentes et à leur éloignement de Paris. Ils pourraient néanmoins subir un arbitrage des ménages entre plusieurs week-ends de loisirs. Quant aux établissements régionaux, leur clientèle locale constitue une protection, sans les mettre totalement à l’écart d’une compétition accrue pour le budget des familles.

Le scénario le plus vraisemblable n’est donc ni l’effondrement des acteurs historiques ni un partage sans douleur de la croissance. Le premier effet des milliards saoudiens pourrait ainsi être d’accélérer encore la course aux nouveautés.