DÉCRYPTAGE. Naturisme : arrêtés municipaux limitant la pratique, "affaire Patrick Sébastien", stigmatisation... la philosophie des vacances tout nu a-t-elle toujours la cote ?

DÉCRYPTAGE. Naturisme : arrêtés municipaux limitant la pratique, "affaire Patrick Sébastien", stigmatisation... la philosophie des vacances tout nu a-t-elle toujours la cote ?

l'essentiel Le naturisme séduit près d’un quart des Français, mais reste entouré de préjugés. Entre arrêtés municipaux, pétitions et polémiques, la pratique cherche encore sa place dans l’espace public.

En France, près d’un quart des 18-75 ans a déclaré, en 2025, avoir déjà pratiqué le naturisme au moins une fois dans sa vie. Mais cela ne se sait pas toujours car en France, à notre époque, se revendiquer naturiste s’accompagne encore trop souvent d’un lot de stéréotypes et d’images préconçues, assez loin de la réalité. Conséquence, "beaucoup de naturistes préfèrent rester discrets", comme nous l’a confié Vincent Marty, le fondateur de NaturismRE. "Comme beaucoup n’osent pas en parler ouvertement, le grand public continue de penser que le naturisme est marginal, alors qu’il concerne bien davantage de personnes qu’on ne l’imagine", poursuit-il. 

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Ces dernières années, les polémiques se sont également succédé, renforçant l’amalgame entre naturisme et sexualité déviante, qui a fait beaucoup de mal à la pratique. Si bien que des municipalités ont essayé de bannir les naturistes de leurs plages, à l’image de Villeneuve-lès-Maguelone, près de Montpellier.

Accès limité à la plage 

En juin dernier, le maire de la ville a pris un arrêté qui a fait beaucoup parler. Son adjointe, Virginie Martos-Ferrara, avait alors expliqué : "On ne veut pas interdire le naturisme mais le délimiter, en raison de la présence de familles et de clubs de vacances dans cette zone". 

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Le maire, Olivier Nogues, évoquait, de son côté, des "dérives". Aussitôt, une première pétition, suivie d’une deuxième, ont été lancées. "En quelques heures, tout le monde voulait signer, y compris et massivement les 'textiles' qui viennent ici comme dans un refuge, loin du bruit et des désagréments des plages voisines de Palavas-les-Flots", comme l’a expliqué Olivier, à l’origine du second texte, dans les colonnes du Parisien. Fortes de plus de 3 000 signatures, les pétitions ont fait plier la municipalité, qui a fini par concéder une zone de "tolérance naturiste" à la plage. 

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Au-delà de la médiatisation de l’affaire, l’exemple de Villeneuve-lès-Maguelone a entaché l’image des naturistes, se sentant comme des "pestiférés" relégués en bout de plage. Il a aussi infusé l’idée que le naturisme allait de pair avec des comportements irrespectueux, ce que dément formellement Vincent Marty. 

"Lorsqu’ils reçoivent des plaintes ou sont informés de comportements inappropriés, ils doivent agir. Mais il faut agir contre les comportements concernés, pas contre le naturisme dans son ensemble", et ce dernier de donner l’exemple d’une plage "classique" sur laquelle survient un incident : "Personne ne demandera la fermeture de toutes les plages !" 

Autre polémique récente qui a contribué à une certaine stigmatisation du naturisme : l’affaire Patrick Sébastien, et la fellation simulée, selon le chanteur, à l’occasion d’un concert dans un camping naturiste du Cap d’Agde. "Ça a créé de la confusion", concède le représentant. 

Or, ce rapprochement entre naturisme et pratiques sexuelles est encore trop souvent fait, dans l’imaginaire du grand public, au grand dam des amoureux de la pratique qui n’ont de cesse de rappeler que le naturisme repose sur un grand principe : la nudité n’est pas la sexualité. 

"Pour un naturiste, la nudité est simplement un état naturel. Pourtant, une partie du public continue de l’associer automatiquement à quelque chose de sexuel. Tant que cette confusion existera, la stigmatisation persistera", déplore Vincent Marty. 

Les corps dénudés et sexualisés sont plus fréquents dans l’espace public, que ce soit dans les publicités ou le contenu culturel, mais lorsqu’ils sont "non sexuels dans un contexte naturel, cela choque". Le terme "naturisme" apparaît aussi sur des sites pornographiques, associé à des pratiques exhibitionnistes ou voyeuristes, ce qui, là encore, est très éloigné de la réalité. "Le naturisme n’est pas un refuge pour les comportements déplacés", tend à rappeler NaturismRE. 

France, destination naturiste

Mais en France, les regards restent moralisateurs, selon Patrice, le vice-président de la Fédération française de naturisme, interrogé par France 3 Bretagne. "Dans les pays et villes d’Europe, le naturisme occupe une plus grande place. On voit des randonnées naturistes à vélo au cœur de Londres, par exemple. La France reste encore moralisatrice", analyse-t-il. 

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Paradoxalement, elle est la première destination naturiste du monde, en termes de campings et autres villages vacances spécialisés. "Elle possède une histoire unique, un réseau exceptionnel de plages", salue Vincent Marty. Preuve que le naturisme n’a pas dit son dernier mot en France. D’autant plus que l’intérêt des jeunes ne faiblit pas, avec 37 % des 25-34 ans affirmant avoir déjà tenté l’expérience.