Désinformation et ingérence russes: le Kremlin multiplie ses efforts pour déstabiliser l'Europe, avec une explosion des campagnes de 850% sur un an

Désinformation et ingérence russes: le Kremlin multiplie ses efforts pour déstabiliser l'Europe, avec une explosion des campagnes de 850% sur un an

Désinformation et ingérence russes: le Kremlin multiplie ses efforts pour déstabiliser l'Europe, avec une explosion des campagnes de 850% sur un an

Publié aujourd'hui à 14h00

Lire dans l'app
L'Union européenne avertit sur le danger des fake news associées aux réseaux sociaux

L'Union européenne avertit sur le danger des fake news associées aux réseaux sociaux - BFM Tech

Selon un rapport de NewsGuard, organisme américain de lutte contre les infox, le nombre de faux reportages détectés entre les premiers semestres 2025 et 2026 est passé de 44 à pas moins de 421. Soit une hausse de 850%. Une accélération qui en dit long sur la volonté russe de déstabiliser les États qui s'opposent à son invasion en Ukraine.

Le 18 septembre dernier, le président de la République Emmanuel Macron déclarait que la "nature de l'agressivité russe et des menaces en Europe change", il dénonçait en sus les "attaques hybrides russes".

Au cœur de ces attaques hybrides, dont la forme est floue car polymorphe et peut s'étendre de cyberattaques à des physiques sabotages, se trouvent les campagnes de désinformation, dont l'objectif est de déstabiliser un pays en divisant sa population ou exerçant une pression dans le débat public, par exemple.

C'est justement sur la désinformation et les fausses nouvelles que s'est penchée NewsGuard dans un nouveau rapport. Fondé en 2018, l'organisme, dont l'objectif est d'aider les internautes à juger de la fiabilité et de la qualité des informations disponibles sur le web et sur les réseaux sociaux, a relevé une véritable explosion des "opérations d'influence russes".

Le président de la République Emmanuel Macron était l'invité de TF1 et France 2 ce jeudi 24 septembre.
Le président de la République Emmanuel Macron était l'invité de TF1 et France 2 ce jeudi 24 septembre. © BFMTV

Une vieille pratique toujours à la mode

L'organisme américain indique que la Russie a "recours depuis longtemps à la falsification et à l'usurpation d'identité dans ses opérations d'influence à l'étranger", il rappelle même que c'est une pratique qui remonte à l'ère soviétique. Néanmoins, ces méthodes ont pris leur essor avec les réseaux sociaux et l'IA générative.

Depuis 2022, et le début de l'invasion russe en Ukraine, ce sont ainsi "906 faux reportages d'actualités imitant des médias établis" qui se sont retrouvés en ligne. Ces campagnes russes cherchent "à saper le soutien occidental en Ukraine en rendant leurs infox les plus crédibles possibles", explique la structure dans un communiqué.

Elle souligne également que si cette méthode de désinformation a été employée "presque immédiatement après l'invasion", elle "s'est nettement accélérée au cours de l'année dernière". Ainsi, alors que pour le premier semestre 2025, NewsGuard avait repéré 44 faux reportages, elle en a relevé par moins de 421 pour la même période en 2026. Soit une hausse de 850%.

Des faux crédibilisés par l'usurpation d'identités médiatiques fortes

Pour diffuser ces infox, les campagnes de désinformation russes continuent d'utiliser des méthodes éprouvées. Elles vont en fait créer de faux sites, avec une adresse proche de l'URL officelle, ou des contenus qui ressemblent visuellement beaucoup à des sites ou des productions connus des utilisateurs. "163 marques médiatiques ont été visées", explique NewsGuard.

Au niveau européen, on trouve des médias comme la BBC, Politico, Bloomberg News ou Euronews, dont les chartes graphiques et logos ont été détournés. Euronews, média européen diffusé en allemand, anglais, français et dix autres langues, est assez logiquement le plus visé, avec 82 infox, qui abusent de sa marque, diffusées entre mars 2023 et septembre 2026.

Dans l'Hexagone, de faux sites ou vidéos de titres de presse comme Libération ou Charlie Hebdo sont également souvent utilisés. BFMTV fait partie de cette triste liste. La chaîne d'information est ainsi quatrième sur la liste des médias européens les plus imités. 35 fausses informations ont été diffusées en usurpant sa charte graphique qu'il se soit agi de vidéos ou de faux articles, nourris de fausses citations.

L'art du faux pour tromper les internautes, une usurpation d'identité qui profite de la confiance des lecteurs, auditeurs et téléspectateurs et peut se retourner contre ces médias, en définitive.

La France est très visée car elle "joue un rôle important au sein de l'UE et de l'OTAN, où elle est le troisième contributeur aux dépenses de défense en Europe, après l'Allemagne et le Royaume-Uni", explique NewsGuard. Mais ce qui en fait une cible privilégiée, c'est aussi les "importantes divisions internes sur des questions telles que l’immigration, les relations avec l’UE et le soutien à l’Ukraine", continue l'organisme. Un terreau "propice aux opérations d’influence russes".

Ce contenu ne peut pas être affiché

Ce contenu ne peut pas être affiché sans votre consentement car il implique l’utilisation de cookies déposés par son fournisseur. Ces cookies peuvent notamment permettre de mesurer l'audience, personnaliser le contenu ou suivre votre navigation. Pour afficher ce contenu, vous pouvez :

Paramétrer vos choix afin d'accepter uniquement les cookies liés à ces contenus tiers en cliquant sur « Paramétrer les cookies ». Vous pouvez à tout moment modifier vos choix et retirer votre consentement en cliquant sur « Paramétrage des cookies » figurant en bas de page de ce site.

Pour en savoir plus, vous pouvez également consulter notre politique de protection des données personnelles. Sans votre consentement, ce contenu ne peut pas être affiché

L'Europe est la première cible de ces attaques contre la démocratie, car elle fournit l'essentiel de l'aide militaire et financière à l'Ukraine dans sa lutte contre l'invasion russe. Elle accueille également un grand nombre de réfugiés ukrainiens, selon l'ONU.

Sans être épargnés, les États-Unis sont moins visés que l'Europe. 39 médias américains ont toutefois été victimes de ces détournements de leur marque, CNN, avec 22 mentions, USA Today, avec 12 ou encore le Washington Post, avec cinq mentions.

Désinformer l'humain grâce aux réseaux sociaux... et aux résultats des IA

Pilotées par le gouvernement russe, ces campagnes de désinformation portent divers noms, Matriochka, Storm-1516 ou Doppelganger (active avec plus ou moins de virulence depuis septembre 2022). Mais toutes échafaudent "des récits complexes, en imitant de véritables médias, journalistes et organisations", explique NewsGuard.

Toutes utilisent les réseaux sociaux et des bots pour diffuser ces faux articles ou fausses vidéos. X, anciennement Twitter, est un vecteur très populaire, et ces désinformations peuvent y être vues des dizaines de millions de fois.

Ainsi, dans l'Hexagone, l'opération russe Storm-1516, notamment portée par John Mark Dougan, un ancien shérif adjoint de Floride devenu propagandiste du Kremlin, a diffusé cinq récits faux de décembre 2024 à mars 2025 grâce à l'IA. Cinq infox, diffusées dans 38.877 publications sur les réseaux sociaux, pour un total de 55,8 millions de vues.

Mais la désinformation russe ne repose évidemment pas sur un seul homme. Elle utilise le réseau Pravda (qui, ironiquement, signifie "vérité" en russe et a été le nom du journal officiel de l'Union soviétique de 1918 à 1991). Il regroupe 280 sites pro-Kremlin. Cet ensemble a ainsi publié "environ 6,3 millions d'articles relayant 115 affirmations mensongères en 2025", avance NewsGuard. Un moyen de "saturer l'écosystème informationnel", estime l'organisme américain. Mais cette saturation ne vise pas seulement à augmenter les chances de voir un utilisateur directement tomber sur une infox.

En étant très présents, ces contenus augmentent "la probabilité que les modèles d'IA, qui s'appuient sur l'ensemble du contenu récupéré sur internet pour générer des réponses, relaient de la propagande du Kremlin lorsqu'on les interroge sur des sujets sensibles pour Moscou", éclaire NewsGuard.

La structure américaine donne ainsi l'exemple d'une fausse information, prétendument publiée par Le Point, qui affirmait que 20.000 soldats ukrainiens avaient été évacués en France pour être soignés et avaient ensuite déserté pour rejoindre des gangs criminels.

Or, Le Point n'a jamais publié un tel reportage et l'information est évidemment fausse. Pourtant, "trois jours après l’apparition de ce faux reportage, l'un des principaux outils d’IA, l’Aperçu IA de Google, a présenté cette infox comme avérée, en citant comme preuve le faux article attribué au Point", écrit NewsGuard, capture d'écran à l'appui.

Au printemps dernier, le Service européen pour l'Action extérieure (SEAE) tirait la sonnette d'alarme au travers de son quatrième rapport sur les menaces de manipulation et d'ingérence étrangère. La vice-présidente de la Commission européenne, Kaja Allas, écrivait ainsi en introduction de ce document: "Les guerres d’aujourd’hui ne se livrent pas seulement avec des chars et des drones, mais aussi avec des mensonges et des algorithmes. L’espace informationnel est une ligne de front dans la lutte pour la démocratie." Une ligne de front où les citoyens-internautes sont exposés plus que jamais et doivent se préparer au pire.

Sujets liés :