Diesel à 2,40 € : jusqu'où ira l'explosion des prix de l'énergie ? "Le litre à 3 € ? Non, ce n'est pas un chiffre fou. On peut s'attendre à tout"
Le cap des 2,40 euros est franchi. Ce vendredi 11 septembre, le prix maximum du diesel B7 atteint 2,407 euros le litre en Belgique, un record qui alourdit encore les dépenses des automobilistes. Un plein de 50 litres revient ainsi à 120,35 euros au tarif plafond. L'essence reste moins chère, mais dépasse aussi les deux euros : 2,058 euros pour la 95 E10 et 2,234 euros pour la 98 E5. Soit respectivement 102,90 et 111,70 euros pour 50 litres. Les stations peuvent toutefois pratiquer des prix (légèrement) inférieurs.
Pour les ménages qui se chauffent au mazout, la dépense se compte directement en milliers d'euros. Le comparateur Groupasol affiche ce vendredi une offre à 1 484 euros pour 1 000 litres. Il s'agit d'un prix commercial, qui dépend notamment du fournisseur et de la livraison, et non d'un tarif identique pour tous les Belges. Le prix officiel, lui, grimpe à 1,51 €/L.
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À titre de repère, à 1,50 euro le litre, une commande de 2 000 litres représente 3 000 euros. Chaque hausse de dix centimes ajoute 100 euros pour 1 000 litres, ou 200 euros pour 2 000 litres. Le tarif au litre pouvant varier selon le volume commandé, seul un devis permet de connaître la facture exacte.
Et le mouvement pourrait se poursuivre, prévient Bertrand Candelon, économiste et professeur à la Louvain School of Management de l'UCLouvain. "Les prix du brut augmentent sur les marchés. À court terme, les prix risquent donc encore d'augmenter. Toutes les grandes crises économiques ont commencé en septembre, et nous y revoilà", prévient-il d'emblée. Pour les consommateurs, difficile, dans ces conditions, de savoir quand faire le plein ou remplir leur cuve.
Avec un ticket de caisse 31 % plus cher qu'en 2019, le pouvoir d'achat reste bien sous pression: "Ce chiffre évolue, mais pas dans le bon sens"Trois euros le litre ? Un risque qui n'est pas hypothétique !
Interrogé sur un éventuel diesel à trois euros, l'économiste ne ferme pas la porte à ce scénario. "On peut s'attendre à tout. Non, ce n'est pas un chiffre fou. J'espère que la situation au Moyen-Orient va se calmer et que l'on n'arrivera pas à cette extrémité, mais cela peut arriver, oui", reconnaît-il.
Il se garde toutefois de fixer un plafond ou une échéance. "Je ne sais pas, c'est impossible à prévoir. Cela dépend du prix du brut. À l'inverse, une détente géopolitique pourrait faire retomber la pression. Si demain un accord intervient, sous impulsion chinoise, entre les Iraniens et les Américains, cela va diminuer très rapidement. Mais cela ne semble pas aller dans ce sens", complète-t-il.
Pour un automobiliste, un tel scénario porterait néanmoins le coût de 50 litres à 150 euros, soit près de 30 euros supplémentaires par rapport au plafond actuel du diesel.
L'État peut-il amortir le choc ?
Reste l'espoir d'un coup de pouce public, par une baisse des taxes ou une intervention sur la facture. Bertrand Candelon se montre particulièrement pessimiste sur la capacité du gouvernement à financer une nouvelle aide. "On n'a plus d'argent. On est déjà en déficit et les taux augmentent", estime-t-il.
Carburants : plus de 2€ en Belgique, jusqu'à 3€ en Italie, jusqu'où ira la hausse ? "Je ne vois pas la situation se régler avant des mois et des mois"Son pronostic est tranché. "Je l'avais déjà dit en février : il n'y aura pas d'aide de l'État, parce qu'il n'en a plus les moyens. Nous allons devoir nous serrer la ceinture. Nous n'avons aucune alternative devant nous pour faire descendre la pression sur les prix."
Des alternatives qui prennent du temps
Pour l'économiste, la Belgique reste trop exposée aux chocs énergétiques extérieurs. "C'est la même chose pour le gaz, qui vient de repasser au-dessus des 80 € le mégawattheure, souffle-t-il. On a poussé les gens à installer des chaudières aux gaz, et ils se retrouvent avec des factures énormes."
Il met notamment en cause les choix politiques passés concernant le nucléaire et les incitations à se chauffer au gaz. "Disons-le clairement : on paie l'arrêt du nucléaire, décidé par qui vous savez. Ils se reconnaîtront. Il faut dire que les consommateurs paient maintenant cette décision. Elle a un coût et c'est aujourd'hui leur portefeuille qui le supporte. Les partis politiques qui ont abouti à cela sont responsables, même s'ils ne sont peut-être plus dans la coalition. Nous sommes dans la même situation qu'en 2022", juge-t-il, en soulignant le temps nécessaire pour renforcer l'autonomie énergétique.
"Une réactivation des énergies alternatives ne se fait pas en deux minutes. Il faut des investissements. Cela demande un certain nombre d'années. D'ici là, les mois et les années à venir seront difficiles pour tout le monde", conclut-il.
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