Droits de douane de 50 %, riposte « au dollar près » : entre les Etats-Unis et le Canada, la guerre commerciale est relancée

Droits de douane de 50 %, riposte « au dollar près » : entre les Etats-Unis et le Canada, la guerre commerciale est relancée

Coup de théâtre à Washington. Alors que l’avancée des discussions commerciales entre les Etats-Unis et le Canada tendait vers un accord mercredi, et que les points d’achoppement semblaient s’être progressivement réduits, celui-ci n’a finalement pas pu être trouvé dans le délai de trois jours que Donald Trump avait accordé à Ottawa. En conséquence, les nouveaux droits de douane de 50 % promis par le président américain sont entrés en vigueur ce samedi à minuit une. Des tarifs que son voisin promet de compenser. « Le Canada appliquera des droits de douane équivalents, au dollar près, afin de protéger nos travailleurs et nos entreprises », a annoncé le Premier ministre canadien Mark Carney.

Les négociations semblaient pourtant être en bonne voie. Mardi 18 août, Donald Trump avait suspendu l’application des droits de douane promis par son administration pour trois jours, proclamant sur son réseau Truth Social que « le Canada et les Etats-Unis, sous réserve de la finalisation des documents, [avaient] conclu un ACCORD ! » Un accord censé, selon les services du représentant de la Maison Blanche au Commerce (USTR), Jamieson Greer, permettre « un accès complet au marché (canadien) pour tous les produits américains ». L’optimisme prévalait toujours vendredi, Donald Trump mettant en avant sa « bonne relation » avec Mark Carney.

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Échec partagé

Plus prudent, ce dernier estimait en milieu de semaine qu’il restait encore « un travail important à accomplir ». Il avait communiqué les termes de l’accord provisoire aux dirigeants des provinces et des territoires du pays mercredi, leur demandant de mettre fin au boycott des alcools américains et de retirer des politiques d’approvisionnement toute disposition excluant spécifiquement les Etats-Unis, notamment s’agissant des produits laitiers. Ceux-ci restaient toutefois sceptiques. « Ce n’est pas possible pour nous de nous positionner » car « on n’a pas encore le portrait complet », avait déclaré la dirigeante du Québec, Christine Fréchette.

Les deux voisins, dont les relations se sont nettement dégradées depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump, ont pris acte de leur incapacité à s’entendre quelques minutes avant l’ultimatum fixé par le président américain. Ce, alors que les négociations duraient depuis des semaines - le ministre du Commerce canadien, Dominic LeBlanc, avait passé la semaine à Washington pour tenter de trouver un terrain d’entente.

Pour l’heure, les deux pays se renvoient la responsabilité de cet échec. « Malgré une offre américaine permettant au Canada de bénéficier d’un meilleur traitement que n’importe quel exportateur sur notre marché, de nouvelles demandes et des reculs sur d’autres engagements par le Canada ont bouleversé le fragile équilibre obtenu ces derniers jours », a regretté Jamieson Greer. Selon lui, le gouvernement américain avait notamment proposé d’abaisser les droits de douane sectoriels touchant l’acier et l’aluminium, le secteur automobile ou encore le bois de construction, en échange de concessions de la part du Canada, qui n’ont pas été détaillées.

« Nous ne reviendrons pas à notre ancienne relation »

Mark Carney, quant à lui, a dénoncé de son côté des conditions posées par Washington qui « étaient injustes, non économiques et remettaient en question la fiabilité de tout accord ». Les nouvelles surtaxes punitives américaines, en vigueur depuis minuit et une minute (heure américaine) s’appliquent à un total de 17 milliards d’euros de produits canadiens, dont le ciment, la bière ou les crosses de hockey. Cela représente environ 5,5 % des exportations canadiennes aux Etats-Unis, selon certaines estimations.

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Très dépendant économiquement des Etats-Unis, le Canada s’est retrouvé en première ligne dans la guerre commerciale lancée par Donald Trump, qui a dit à plusieurs reprises vouloir en faire le « 51e État » américain. Ce nouvel épisode vient un peu plus ternir la relation entre les deux pays, ce que Mark Carney a déploré avec amertume vendredi soir : « Nous avons pris conscience (du fait) que l’Amérique a changé et que nous ne reviendrons pas à notre ancienne relation. »

Depuis son arrivée au pouvoir en mars 2025, Carney tente de réduire la dépendance de son pays à l’égard de son grand voisin en cherchant de nouveaux partenaires commerciaux en Asie ou en Europe. Ce, alors que les Etats-Unis sont, de très loin, le premier partenaire commercial du Canada, les exportations canadiennes vers ce pays représentant actuellement autour de 70 % du total. Une position mise en danger par les tensions croissantes entre les deux pays.

L’ACEUM en danger ?

Si la majorité des produits canadiens est exemptée de droits de douane américains grâce à l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis et le Mexique (ACEUM), les surtaxes imposées par Donald Trump depuis l’an dernier ont eu un fort impact sur certains secteurs stratégiques comme l’aluminium, l’acier ou l’industrie automobile, étroitement liée au marché américain.

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Cette nouvelle série ouvre une nouvelle brèche, en touchant notamment des produits qui sont normalement protégés par cet accord de libre-échange. Présentée par Washington comme une mesure de rétorsion face aux représailles d’Ottawa en réponse à la précédente série de surtaxes imposées par les Etats-Unis, celle-ci avait été qualifiée de « violation directe » de l’ACEUM par Mark Carney lors de sa présentation fin juillet.

Et cela pourrait s’aggraver : au-delà des négociations qui ont échoué vendredi, Washington avait refusé de renouveler durablement l’ACEUM le mois dernier, en dépit d’une clause de revoyure censée conduire les deux États et leur voisin mexicain à le renouveler pour 16 ans. Pour l’heure, cet accord est censé se prolonger d’année en année et ne devenir caduc que dans 10 ans… À moins qu’une des trois puissances ne s’en retire unilatéralement.

(Avec AFP)