Du champagne à plus de 13 % d’alcool, “un épineux problème de marketing”
Installé depuis un bon moment en France, le journaliste britannique David Chazan a une idée très claire des qualités qui ont forgé la légende du champagne. Une boisson “prisée pour ses bulles délicates, sa vivacité et sa teneur en alcool relativement modérée”, assure le correspondant du Times à Paris.
Or “la récolte de cette année pourrait déboucher sur les champagnes les plus puissants de l’histoire de la région”, note le journaliste, en référence au taux d’alcool des bouteilles. Et cette évolution pourrait constituer un obstacle de taille pour la commercialisation du plus célèbre des mousseux, car “une telle perspective soulève un épineux problème de marketing pour une boisson dont l’attrait tient traditionnellement à la fraîcheur, au raffinement et au faible degré d’alcool”.
Si le champagne pourrait bien être plus fort en alcool à l’avenir, c’est avant tout à cause du changement climatique, explique le Times. “La canicule et la sécheresse donnent des raisins exceptionnellement riches en sucre, et au cours du processus de fermentation les levures transforment ce sucre en alcool.”
Cette année, ces phénomènes ont été particulièrement extrêmes, raison pour laquelle, pour la première fois, le Comité Champagne a annoncé une dérogation à son cahier des charges, qui autorisera la commercialisation de bouteilles titrant à plus de 13 % d’alcool. Elle permettra de produire des vins affichant jusqu’à 15 degrés. Résultat, “le champagne vous montera davantage à la tête”, résume le quotidien britannique. “Il risque de vous valoir une gueule de bois plus sévère et un mal de tête tenace”, renchérit de The Independent, qui semble particulièrement amusé par la nouvelle.
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Un millésime d’une qualité “exceptionnelle”
En réalité, tempère Didier Gimonnet, producteur installé à Cuis, dans la Marne, qui s’exprime dans le Times, “la grande majorité des producteurs de champagne résoudra ce problème en assemblant des raisins de différents millésimes afin d’en atténuer l’intensité. Le champagne est toujours un assemblage, et une combinaison judicieuse et équilibrée permettra de régler ce problème.”
Par ailleurs, explique le journal londonien, la question n’est en réalité même pas d’actualité puisque, “le champagne devant vieillir pendant au moins quinze mois, le millésime 2026 ne devrait pas arriver en rayon avant 2028”.
Néanmoins, le fait est que le changement climatique n’est pas près de s’atténuer. C’est pourquoi la dérogation accordée cette année sur le dépassement des 13 % d’alcool risque de devenir la règle dans un avenir proche. Avec des implications potentiellement négatives pour le champagne, fait remarquer Jane Anson, experte en œnologie à Bordeaux. “Aujourd’hui, les gens préfèrent de plus en plus les vins à faible teneur en alcool. Le conflit entre les attentes des consommateurs et ce que la nature nous offre pourrait donc devenir très stressant pour les producteurs.”
Raison pour laquelle, selon l’Independent, la Grande-Bretagne, avec son climat notoirement frais, pourrait devenir le nouvel eldorado des vins pétillants et légers. Le journal souligne que “les producteurs de vin mousseux s’intéressent désormais aux vignobles anglais en raison des conditions climatiques qui règnent dans le sud du pays”. En attendant, le champagne français continue de briller, conclut sportivement le Times. “On s’attend même à un millésime 2026 d’une qualité exceptionnelle.”