Élections Québec 2026 | Du côté électoral de la culture

Élections Québec 2026 | Du côté électoral de la culture

Les enjeux culturels ont agité le dernier mandat du gouvernement caquiste. Il y a eu des avancées : le projet de loi sur la souveraineté culturelle, le rapport sur l’audiovisuel, l’augmentation du budget du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) à 200 millions de dollars. Il y a eu des remous et des reculs : la destruction de joyaux patrimoniaux, même protégés, la crise des arts de création, la perte de terrain des œuvres d’ici et francophones dans les nouveaux univers numériques et mondiaux. Pour cette campagne électorale, quels sont les enjeux politiques essentiels pour les arts et la culture ?

« Le Québec est à un moment charnière » pour la directrice de Culture Montréal, Emmanuelle Hébert. « Pendant que notre culture doit tenir tête à des géants états-uniens aux moyens colossaux, nous ne pouvons plus nous permettre de laisser le secteur culturel dans l’état de fragilité où il se trouve actuellement. »

Dans ce nouvel ordre, les enjeux de la culture sont radicalement divisés en préoccupations macro- et micro-mondiales autour de la création et du quotidien des artistes et diffuseurs. Et les deux extrêmes de ce prisme sont tout aussi importants.

D’un côté, les questions internationales : la découvrabilité sur les plateformes des géants du Web ou la lutte contre l’intelligence artificielle, par exemple.

De l’autre, la possibilité et les moyens de créer, de faire, et de commercialiser, de planter les racines de la culture que sont les créations.

« Raconter nos histoires »

« Notre culture est notre superpouvoir, continue Mme Hébert. C’est notre capacité à exister, à raconter nos histoires et à enrichir notre territoire et sa métropole qui est en jeu. »

Comment mener ces combats parallèles ? Le prochain gouvernement doit défendre absolument l’exemption culturelle dans les négociations de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique. Culture Montréal et l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM) avaient pointé cette problématique au Devoir avant même que le premier ministre Mark Carney ne se retire des négociations, à cause des frictions sur le français et la culture.

Les répercussions de la fin de l’exception culturelle, ici, pourraient être graves, croient les organismes.

Travailler à la protection des artistes et des œuvres contre l’intelligence artificielle est également un désir qui traverse les disciplines.

Mais aussi, à la source, augmenter le budget de la culture à 3 %, alors qu’il n’a pas dépassé la barre des 2 % des dépenses du Québec depuis 10 ans. La proposition, ambitieuse et reconnue comme telle, vient de l’Union des artistes, de Culture Montréal et de la Société des musées du Québec.

Du côté de la musique, pour l’ADISQ, « le défi est aujourd’hui celui de l’émergence : permettre aux artistes d’être découverts, de rejoindre leurs publics et de développer des carrières durables dans un environnement où l’offre culturelle est mondiale et l’attention de plus en plus fragmentée », résume Pierre-Yves Robert, conseiller aux communications de l’ADISQ.

« Cela exige de remettre la commercialisation au cœur de nos politiques culturelles », croit-il.

Sans oublier les créateurs mêmes : mettre en place des protections sociales adaptées aux artistes et aux travailleurs culturels est une préoccupation qui revient chez plusieurs interlocuteurs contactés par Le Devoir.

Pour la suite des choses

Mettre en place la Stratégie québécoise de l’audiovisuel (SQA), dévoilée en juin dernier, et lui assurer un financement adéquat semble nécessaire aux yeux de l’Union des artistes et de l’AQPM, aussi pour que le travail acquis ne se délite pas.

En patrimoine bâti, l’imposant travail d’inventaire entamé par les municipalités avec le ministère de la Culture, et qui se poursuit, a « quelque peu changé la donne », selon Dinu Bumbaru, d’Héritage Montréal.

Là, l’enjeu de 2026 sera donc « de se donner les moyens — normes, expertise, financement, fiscalité, cadre procédural, mécanismes de suivi et de collaboration, etc. — pour accélérer le maintien et la requalification pour bien protéger, valoriser, utiliser et transmettre nos bâtiments et ensembles patrimoniaux ».

« On a beaucoup travaillé sur les dents de la loi ; il est temps de les compléter d’un cadre d’action qui livre en termes d’amélioration de l’état de notre patrimoine », estime le spécialiste.

Le secteur du livre, lui, souhaite que la lecture soit posée comme priorité nationale, et que soit reconnu son rôle fondamental dans le développement du Québec, comme l’ont indiqué l’Association nationale des éditeurs et l’Union des écrivains.