Du port Gallice aux yachts au mouillage : la grande aventure de la livraison par drone démarre à Juan-les-Pins

Du port Gallice aux yachts au mouillage : la grande aventure de la livraison par drone démarre à Juan-les-Pins

Un œil mécanique qui s’élève doucement au-dessus du port Gallice, un colis suspendu au bout d’un fil d’acier : ce vendredi matin à Juan-les-Pins, le décor a des airs futuristes. Face à la Méditerranée, le drone de la startup Flyde s’élance dans un murmure électrique, cap sur les yachts au mouillage. Pour Pierre Deyris et ses équipes, ce vol n’est pas une simple démonstration, c’est le grand saut. L’aboutissement de plusieurs années de doutes, de nuits courtes et d’acharnement technologique. Dès ce 1er août, le service de livraison de colis par drone prend officiellement son envol.

« Généralement à partir de 11 heures, les tenders viennent récupérer les colis qui sont amenés par les livreurs », observe le fondateur, qui souhaite moderniser les livraisons vers les bateaux au mouillage. « Venir, sortir un bateau, mobiliser deux membres d’équipage, ça prend une demi-heure et ça coûte au moins 27 euros à chaque fois juste pour récupérer un paquet. Le drone apporte une réponse 100 % électrique, plus rapide, plus éco-durable et performante en coûts. Ce sont les trois attentes clés du marché », tranche-t-il.

Pour Pierre, cette aventure professionnelle est d’abord une histoire de passion. Enfant, cet ancien financier rêvait de commander des navires ou de devenir armateur. En 2022, il fonde la société, d’abord baptisée Drones for Yachts, avant de la rebaptiser Flyde. Autour de lui, une équipe de choc réunie autour d’une conviction : la mer est le terrain de jeu idéal pour démocratiser la livraison aérienne.

Lors de cette opération de dépollution menée dans l’avant-port Vauban, des épaves de bateaux ont été remontées. Ici deux moteurs énormes d’une embarcation de 15 à 18 mètres. (Photo C. B.)

Capable de transporter un colis de 8 kilos

Le chemin a pourtant été semé d’embûches. Il aura fallu tester quatre constructeurs différents et revoir plusieurs fois la copie initiale. « Au début, le drone devait atterrir sur le pont. C’était trop dangereux, avec de réelles pertes de lien télécom », retrace Pierre Deyris. C’est finalement main dans la main avec le constructeur français Kavok qu’ils conçoivent l’appareil muni de flotteurs et d’un système d’hélitreuillage capable de déposer jusqu’à 8 kilos de fret sans jamais se poser sur les bateaux.

Plutôt que d’adresser directement les plaisanciers, Flyde s’associe aux agents maritimes locaux pour s’intégrer à la chaîne logistique existante. Les commandes, acheminées en un éclair à plus de 60 km/h, relient le port aux navires en moins de quinze minutes. La base de Juan-les-Pins balaye ainsi la baie jusqu’aux îles de Lérins et aux abords de Cannes. Sur le ponton, le télépilote gère le décollage avant d’établir la liaison avec un centre de contrôle basé à Lyon, où un opérateur supervise la trajectoire automatisée.

Une seconde base bientôt à Cannes-Mandelieu

A partir du 1er août, les vols vont démarrer progressivement à raison de trois jours par semaine (du jeudi au samedi), avant de monter en puissance (dimanche, puis mercredi). Pour séduire les plaisanciers, Flyde lance trois formules : 50, 100 et 200 euros.

La startup prépare déjà l’ouverture d’une seconde base au port du Béal à Cannes-Mandelieu, avec pour ambition de mailler tout le littoral de Monaco à Ramatuelle.

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Autorisations de vol : sous haute surveillance

Faire voler un engin de plusieurs kilos au-dessus des têtes et des navires ne s’improvise pas. Pour obtenir le droit d’opérer, Flyde a dû franchir un véritable parcours du combattant juridique sous le cadre de la réglementation européenne 2019/947. L’entreprise a travaillé main dans la main avec la direction de la sécurité de l’aviation civile (DSAC), la préfecture maritime et les douanes pour bâtir son dossier d’autorisation d’exploitation.

Chaque base d’envol a fait l’objet d’une analyse de risques approfondie (SORA) évaluant la densité de population survolée et le trafic maritime. Pour désamorcer le moindre danger, le drone emprunte des couloirs aériens stricts : il s’élève sur un axe principal au-dessus de l’eau avant d’effectuer un virage à 90 degrés vers le navire à livrer. L’appareil intègre également des balises AIS pour détecter les bateaux à 5 kilomètres et des procédures d’évitement strictes en cas d’hélicoptère dans la zone. Un travail de pointe mené avec la collaboration des aéroports de la Côte d’Azur, désireux d’apprivoiser la cohabitation entre aviation traditionnelle et drones de demain.