Reportage international - En Autriche, la construction d’un supermarché Lidl sur un ancien camp de concentration nazi fait polémique

Reportage international - En Autriche, la construction d’un supermarché Lidl sur un ancien camp de concentration nazi fait polémique

Le site d’un ancien camp de concentration qui devient terrain de construction, sous les yeux d’un maire qui s’est enrichi dans la transaction… Cela se passe, si l’on en croit les médias autrichiens, dans une petite ville de Basse-Autriche, à une trentaine de kilomètres de Vienne. L’affaire s’est envenimée début juillet, quand la presse a annoncé qu’un discounter Lidl serait construit sur le site. Le projet divise.

De notre envoyée spéciale à Leobersdorf,

Le propriétaire du terrain a démenti auprès de RFI : il n’y aura pas de Lidl exactement au niveau de l'ancien camp de concentration. Mais, comme le confirme une visite sur place, des constructions sont bien en cours à Leobersdorf. « Des fondations en béton ont déjà été coulées », précise-t-on. Aucune trace en revanche du passé des lieux, à peine, un peu plus loin, un pan de mur ancien ou des fondations enterrées. « Beaucoup a disparu au fil des décennies », constate un observateur.

Ici se tenait un camp de travail doublé, en 1944-1945, d’une annexe du grand camp de concentration autrichien de Mauthausen. Erich Strobl, membre d’une association locale de mémoire, explique : « Devant nous, dans cette partie du camp, on a amené plus de 400 prisonnières qui ont été mises au travail forcé. Elles venaient d’Auschwitz et de Ravensbrück via Mauthausen. »

Günter Lessig, lui aussi citoyen engagé, se dit consterné. « Peu importe en fait si cela sera un supermarché, un centre logistique, un entrepôt ou autre, souligne-t-il. En fin de compte, la logique du profit l’a emporté sur la culture de la mémoire. Si on recouvre de béton les souvenirs de ces événements, c’est notre responsabilité que nous perdons en tant que société », ajoute-t-il avec amertume.

« Nous avons besoin de lieux commémoratifs »

Le reproche est en partie adressé au maire de Leobersdorf, Andreas Ramharter, que l’on retrouve dans son bureau. Ce dernier, qui est aussi promoteur immobilier, a lui-même acheté le site, alors en friche, en 2021, avant de le revendre au propriétaire actuel pour quelque 16 millions d’euros selon les journalistes. « La seule chose que je peux vous dire, c’est que nous vivons en Autriche dans un État de droit », affirme-t-il. « Toutes les administrations concernées ont donné leur aval pour le projet. Le développeur immobilier a lui aussi des droits », insiste-t-il.

Une honte, dénoncent les associations dans tout le pays. Elles réclament la protection des derniers restes du camp. Au-delà des limites de la loi, c’est le devoir de mémoire qui serait en jeu. « Nous avons un mémorial à Mauthausen qui est grand et très bien équipé. Nous avons besoin de lieux commémoratifs, mais nous n’avons pas non plus besoin d’en avoir 2 000 en Autriche », argue Andreas Ramharter.

Qu’en disent ses administrés ? Devant un supermarché déjà implanté à 700 mètres du site, Brigitte, 68 ans, témoigne sans détour. « Je m’en fiche royalement qu’il y ait eu ici un camp de concentration, lance-t-elle. Ce que je trouve dommage, c’est qu’on construise encore sur un lieu qui était vert. Il y a déjà plein d’entrepôts ici, c’est une bétonisation sans fin ! » Comme elle, beaucoup d’habitants interrogés se montrent indifférents au sombre passé des lieux qu’ils ignoraient d’ailleurs, jusqu’aux révélations de presse.

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