En marge du procès à Paris de l'assassinat de Federico Aramburu, les hommages se multiplient

En marge du procès à Paris de l'assassinat de Federico Aramburu, les hommages se multiplient

Un prix pour faire vivre sa mémoire, et associer son nom à des valeurs de fraternité. Tel est l'objectif de la mairie de Paris qui a annoncé, mercredi 9 septembre, sa volonté de rendre hommage à l'ancien rugbyman argentin Federico Aramburu, atteint par six balles tirées par Loïk Le Priol, ancien membre des commandos de marine et militant de l'ultradroite, et Romain Bouvier, qui a fréquenté le groupe radical d’extrême droite du GUD pendant ses études de droit.

"Le 19 mars 2022, à l'âge de 42 ans, Federico Martin Aramburu a été assassiné par balles à Paris, dans le quartier de Saint-Germain, à la suite d'une attaque de militants d'extrême droite. Avec la création du prix Federico-Aramburu, la Ville de Paris souhaite faire vivre sa mémoire et les valeurs de fraternité auxquelles son nom restera associé", déclare la mairie dans un communiqué, en précisant que la première remise de ce prix aura lieu le 19 mars 2027, cinq ans après sa mort.  

La municipalité avait déjà eu l'occasion d'exprimer son soutien lors d'une cérémonie commémorative, organisée en 2023, boulevard Saint-Germain, à l'endroit où Federico Aramburu a été abattu. La ville était alors dirigée par Anne Hidalgo et son adjoint aux sports, Pierre Rabadan, s'était chargé de prononcer un discours engagé.

"Le combat contre l'extrême droite est toujours dans nos valeurs. Federico Martin Aramburu sera un visage de cette lutte.", avait alors déclaré cet ancien joueur de rugby professionnel qui avait eu l'occasion de croiser Aramburu sur le terrain et en dehors.  

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 "L’empreinte laissée par Fede au Biarritz Olympique" 

Aramburu a porté les couleurs du Biarritz Olympique, club avec lequel il a remporté deux titres de champion de France. Il était venu à Paris en ce mois de mars 2022 avec son associé et ami Shaun Hegarty. Les deux hommes travaillaient ensemble dans une agence organisant des voyages autour du rugby. Ils venaient assister avec des clients au match France-Angleterre dans le cadre du Tournoi des VI Nations.   

La disparition de cet ancien joueur biarrot a logiquement suscité une très vive émotion au Pays Basque. "L’empreinte laissée par Fede au Biarritz Olympique (BO) dépasse largement les titres remportés. Après sa carrière, Fede avait choisi de rester à Biarritz, prolongeant bien au-delà des terrains le lien profond qui l’unissait au club et à la ville. Plus de quatre ans après sa disparition, son souvenir demeure profondément ancré dans la mémoire du club”, a écrit cette semaine dans un communiqué le club qui organise chaque année un tournoi portant le nom d'Aramburu.

Un portrait de Federico Aramburu, tué en mars 2022 à Paris, est affiché, le 7 septembre 2026, sur une tribune du stade Aguilera à Biarritz.
Un portrait de Federico Aramburu, tué en mars 2022 à Paris, est affiché, le 7 septembre 2026, sur une tribune du stade Aguilera à Biarritz. © Gaizka Iroz, AFP

Les joueurs actuels et les supporters du BO ont eux aussi tenu à rendre hommage cette semaine à celui qui portait le numéro 13. À la 13e minute du match de deuxième division disputé jeudi, à domicile, contre Colomiers, une salve d'applaudissements s'est élevée des tribunes. Après la victoire, l'entraîneur des Biarrots, Boris Bouhraoua, a expliqué au site Rugbyrama combien ce match était important. "Le rugby, c’est un sport d’affectifs, avec des sentiments, où on ne peut pas tricher. Ce soir, il y avait l’hommage à Fede, c’était important, pour nous, afin de soutenir Maria (veuve de Federico), les proches de Fede et Shaun."  

Deux chargeurs vidés jusqu'à la dernière balle 

 Les audiences qui se succèdent depuis le 7 septembre à la cour d'assises de Paris représentent une difficile épreuve pour l'entourage de "Fede", notamment ses parents venus d'Argentine. Ils ont certes entendu Le Priol admettre être "l'auteur de la mort" du rugbyman. Mais il réfute avoir eu l'intention de le tuer, affirmant n'avoir sorti son arme que pour se défendre après "une multitude de coups" portés par le rugbyman argentin.  

Cette ligne de défense semble fragile face aux faits présentés devant la cour. Un enquêteur a ainsi rappelé que "les personnes qui veulent tuer vont souvent vider leur chargeur totalement", jusqu'à la dernière balle. C'est exactement ce qu’on fait les deux principaux accusés du procès, grands amateurs d'armes de collection : Romain Bouvier a tiré quatre fois puis Loïk Le Priol six. Selon une médecin légiste venue présenter son rapport vendredi, ce sont deux coups tirés dans le dos qui ont entraîné la mort d'Aramburu. 

Le déroulé exact de cette soirée tragique a été présenté, le 10 septembre, dans la salle Voltaire qui accueille le procès. Les images captées par plusieurs vidéos de surveillance du quartier ont permis de reconstituer les faits, depuis une dispute futile sur la terrasse de la brasserie "Le Mabillon" à la bagarre finale devant un magasin voisin et aux coups de feu tirés par les deux militants de l'ultradroite. Des vidéos que les parents de "Fede" n'ont pas pu voir jusqu'au bout, préférant quitter la salle.   

Ils entendront la semaine prochaine Maria parler de son défunt mari et de leurs trois enfants. Les parties civiles auront la parole et à la barre se relaieront plusieurs personnalités du monde du rugby, comme l'ancien joueur français Thomas Lièvremont ou l'Argentin Gonzalo Quesada, actuel entraîneur de l'équipe d'Italie. Shaun Hegarty pourra également donner sa version devant la Cour, face aux deux hommes contre lesquels il s'est battu aux côtés de son défunt ami. Le verdict est attendu le 25 septembre. Le Priol (32 ans) et Bouvier (35 ans) encourent la perpétuité.