Référendum à Pessamit : il fallait oser, estime Ian Lafrenière
Ian Lafrenière accepte le résultat du référendum à Pessamit, mais estime qu'il valait le coût de proposer cette entente entre la communauté innue et Hydro-Québec, qui voulait régler à la fois les préjudices du développement hydroélectrique passé et encadrer le développement futur.
La communauté a parlé, c'est démocratique, a lancé le ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, au lendemain du référendum qui a rejeté à 63 % ce projet d'entente.
C'était osé, de part et d'autre, a enchaîné Ian Lafrenière, qui soutient qu'une fenêtre d'opportunité s'était ouverte ces dernières semaines, conduisant à cette entente, qu'il a fallu ensuite faire accepter à la table du Conseil des ministres.
Ça n'a pas été simple avec les collègues, parce qu'on faisait du nouveau. Si on n'ose jamais, il n'arrive rien.
Celui qui est aussi ministre de la Sécurité intérieure convient que les échéances électorales ont eu un rôle à jouer dans la date du référendum. Il assure toutefois que c'est le conseil de bande de Pessamit qui a choisi que le référendum se tienne le 12 juillet.
Eux partent en élections cette semaine, nous partons en élections blackout cette semaine. La fenêtre était là, il fallait l'essayer, a-t-il lancé.
Des résultats avec d'autres ententes
Ian Lafrenière assure qu'autant Québec que Pessamit vont continuer à travailler pour trouver d'autres solutions. Il rappelle d'ailleurs que la communauté innue et Hydro-Québec avaient conclu une entente-cadre en février 2024, entente qui accordait 45 millions à Pessamit d'ici 2030 pour la création d'un fonds de développement social.
On a déjà signé une entente il y a deux ans, qui a apporté des changements concrets dans la communauté. Si vous allez à Pessamit, vous allez voir 67 maisons qui sont le fruit de cette entente-là, fait-il valoir.
S'engager à la dernière minute
Pour sa part, le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Francis Verreault-Paul, rappelle que le processus de négociations était en cours depuis deux ans et que le gouvernement du Québec a décidé de s'engager à la dernière minute, ce qui expliquerait le court délai accordé aux membres de Pessamit pour se prononcer sur l'entente.
Est-ce que c’était la moins pire des options qui se présentaient au leadership étant donné le contexte électoral au provincial ?
Francis Verreault-Paul a aussi estimé que ce délai pourrait s’expliquer par les exigences de confidentialité souvent imposées par Québec durant ce genre de négociations. Ce n’est pas comme ça qu’on se gouverne en tant que Premières Nations. Nous, on a besoin d’avoir une rétroaction avec les membres de la communauté , a-t-il lancé en entrevue à RDI.
Le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador salue toutefois le processus démocratique et félicite le conseil de bande de s’être tourné vers sa population pour prendre une décision aussi importante.
Marco Bacon, un membre de la communauté de Pessamit, considère le résultat comme une victoire pour sa communauté et pour toutes les nations innues de la Côte-Nord. On est prêts à répondre aux besoins [énergétiques] du Québec, mais pas à un prix aussi dérisoire , lance-t-il.
On met en danger nos rivières et notre environnement, il ne faut pas prendre ça à la légère.
Selon lui, ce vote exprime une perte de confiance de la population envers ses dirigeants locaux. Il est déçu que le conseil, qui était censé la protéger, ait fait le contraire. Ils ont voulu nous faire avaler un référendum d’une manière qu’on n'ait pas le temps de réfléchir , explique-t-il.
C’est une victoire contre Hydro et le gouvernement, et aussi contre notre gouvernement. , lance t'il.
Dans une publication Facebook, le vice-chef du Conseil des Innus de Pessamit, Jérôme Bacon St-Onge, dit respecter la décision de la communauté bien qu'il était d'avis que l’entente était une voie prometteuse pour l’avenir de la nation .
Le vice-chef dit être conscient que plusieurs membres auraient souhaité plus de temps pour analyser l’entente, mais affirme que son conseil devait composer avec des contraintes liées au calendrier de négociations et aux échéances convenues entre les parties.
Il explique que le dialogue doit se poursuivre avec le gouvernement et appelle à l’unité de sa communauté.
Nous devrons poursuivre le dialogue [...] avec le même objectif, c'est-à-dire de faire progresser les intérêts de notre peuple, protéger notre territoire, faire respecter nos droits et créer des occasions de développement pour les générations futures.