Entre Mélenchon et Attal, qui dit vrai sur les Canadairs qui font défaut à la France ?
Un Canadair se ravitaille dans la Seine, le 13 juillet 2026, pour éteindre les incendies dans la forêt de Fontainebleau THOMAS SAMSON / AFP
Le débat s’enflamme. Lors de son meeting du 14 juillet en Bretagne, Jean-Luc Mélenchon a vivement critiqué la politique menée ces dernières années sur le renouvellement de la flotte de Canadairs. Le candidat insoumis à l’élection présidentielle a lancé qu’Emmanuel Macron avait annoncé en 2022 la livraison de nouveaux appareils à l’horizon 2027 et que la promesse n’avait pas été tenue. Une charge intervenue alors qu’un incendie exceptionnel a ravagé la forêt de Fontainebleau. En déplacement sur les lieux du sinistre, le président de la République lui a répondu indirectement, faisant valoir qu’à son arrivée au pouvoir, la commande d’avions bombardiers d’eau était à l’arrêt : « En 2017, on ne produisait plus de Canadairs. Il n’y avait pas de polémique à l’époque pour savoir si c’était deux, quatre, six, c’était zéro ».
Le leader insoumis s’en est également pris à l’un de ses adversaires dans la course à l’Elysée : « En coupant dans les dépenses publiques, Gabriel Attal a fait annuler une commande de 2 Canadairs. Résultat : nous n’avons pas plus d’avions qu’en 1984 ». L’ancien Premier ministre a, lui, répondu directement : « Jean-Luc Mélenchon raconte n’importe quoi ». « Les seules commandes de Canadairs qui ont été faites depuis 20 ans ont été réalisées par le gouvernement que j’ai eu l’honneur de diriger ». En réalité, c’est en 2023, avant son arrivée à Matignon, au terme de négociations avec le constructeur canadien De Havilland, que 4 Canadairs avaient été commandés par la France : deux financés au niveau national et deux par l’Union européenne. Des appareils qui auraient dû être livrés dans les trois prochaines années.
C’était sans compter le coup de rabot de 10 milliards d’euros décidé par Gabriel Attal et acté par un décret du 21 février 2024. Près de 50 millions touchés par la coupe budgétaire étaient consacrés à la Sécurité civile, réduisant le financement de Canadairs. La commande française n’a donc pas pu être tenue. Reste les deux avions bombardiers d’eau financés par l’Union européenne, livrés d’ici 2028, auxquels devrait s’ajouter l’achat d’appareils annoncé en juin 2026 (livraison prévue en 2032). Trop tard, estime La France insoumise : « Gabriel Attal essaye de rattraper des choix du passé », soutient Damien Maudet, député LFI de Haute-Vienne. Coauteur avec la députée socialiste Sophie Pantel d’un rapport d’information sur la stratégie de renouvellement de la flotte aérienne rendu l’année dernière, il plaide pour une diversification de l’arsenal en investissant dans des hélicoptères bombardiers d’eau.
De futures commandes dans des entreprises françaises ?
Pour Jean-Luc Mélenchon, cette attaque est une manière de se présenter, lui, à l’inverse, comme un grand planificateur écolo. Ces jours-ci, il a fait de l’écologie un de ses thèmes principaux de campagne, promettant la création d’éco-régions (soit la réduction du nombre de régions en les réorganisant autour des bassins versants). Mais du côté d’Attal, pas question de se laisser enfermer dans le rôle du comptable qui n’aurait rien anticipé. Et ses soutiens renvoient LFI à leurs votes passés. En 2023, une loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur avait débloqué 15 milliards d’euros pour Beauvau, dont une partie destinée à la sécurité civile. Elle avait été adoptée sans les voix des Insoumis. « On sait que La France insoumise voulait désarmer la police, on sait maintenant qu’elle veut désarmer nos pompiers », accuse Prisca Thevenot, porte-parole de Renaissance. Damien Maudet s’en défend : « Évidemment lorsque l’on n’est pas d’accord avec 90 % du texte, c’est dur de voter pour ». Et d’ajouter : « Dans cette loi, il était question de 16 Canadairs. Sur les 16, ils n’en ont commandé que 4, ils utilisent en étendard un texte qu’ils n’ont même pas respecté ».
Au-delà de la polémique, ce débat révèle le manque d’autonomie de la France en matière de lutte contre les incendies. Et là, LFI et Renaissance se rejoignent. Gabriel Attal veut inventer « un Canadair européen ». Même écho à La France insoumise : « Si les feux de forêt perdurent au Canada et aux Etats-Unis, il y a un risque que ces pays décident de garder les Canadairs pour eux, et ils auront raison. Nous devons passer des commandes chez les producteurs européens et français », argue Damien Maudet, alors que d’importants feux sévissent actuellement dans le nord-est de l’Ontario et dans le Colorado. Parmi les constructeurs potentiels : Hynaero, Kepplair Evolution ou Positive Aviation, trois entreprises françaises spécialisées dans la construction d’avions bombardiers d’eau, mentionnées dans le rapport d’information des députés Sophie Pantel et Damien Maudet.
Par Camille Gasnier