ENTRETIEN. Incendies : quelles conséquences psychologiques peut avoir ce traumatisme sur les victimes ? "Cela gangrène tout", estime Joseph Agostini
l'essentiel Si la majorité des victimes des incendies retrouvent progressivement un équilibre, certaines peuvent développer un stress post-traumatique chronique. Pour se remettre de tels événements, le psychologue Joseph Agostini recommande une prise en charge thérapeutique rapide, auprès de spécialistes.
Si les dégâts matériels causés par les incendies sont les plus visibles, de tels sinistres ont des conséquences psychologiques considérables sur les personnes touchées. Joseph Agostini*, psychologue spécialiste en psychotraumatisme, rappelle auprès de La Dépêche du Midi l'importance de ne pas les négliger.
Quelles conséquences sur la santé mentale et psychologique peuvent avoir des incendies comme ceux survenus en Gironde en juillet ?
Les conséquences sont variables. Outre la peur, la tristesse et la sidération immédiates, il faut rappeler que nous ne sommes pas tous égaux face au traumatisme, il existe une certaine injustice. Pour peu que l'on ait été fragilisé plus jeune, la destruction peut faire écho à des douleurs passées et produire une sorte d'effet de miroir, ce qui contribue à réactiver l'angoisse des traumatismes. Si certaines personnes s'effondrent immédiatement, d'autres peuvent affronter la réalité avec plus de pragmatisme ou font preuve d'une résilience très forte. Personne ne réagit et ne fait face de la même manière.
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Combien de temps peuvent durer ces symptômes de stress post-traumatique ?
L'incendie a ceci de particulier qu'il implique une exposition longue à l'événement. Quand notre maison brûle, il est très délicat de sortir de la scène traumatique, cela peut prendre de longs mois. Si l'on survit à un accident de la route, on entre immédiatement après dans une optique de réparation. Les incendies, eux, s'inscrivent dans la durée, et gangrènent tout, empêchant d'entreprendre immédiatement le processus de réparation. La maison représente une symbolique forte. Elle fait office de refuge, de boîte à souvenirs, et tout ce qui y a été construit depuis des années peut être anéanti par le feu, qui marque une impossibilité à retrouver le monde tel qu'il était avant. L'incendie n'est donc pas un accident isolé et individuel, il heurte l'existence familiale des victimes, en tant que groupe.
Quel rôle joue l'accompagnement et la prise en charge des victimes de tels traumatismes ?
Dans ce genre de cas, la présence d'un espace psychothérapeutique est nécessaire. Il faut pouvoir y évoquer ce que nous avons perdu. Pas seulement aborder nos émotions, mais être capable de verbaliser ce que représentait le symbole qui est parti en fumée. Il ne faut absolument pas négliger cet aspect psychologique. Il y a quelques décennies, on ne consultait pas, considérant que l'aide serait locale et mécanique, et proviendrait par exemple des voisins. Mais, depuis l'attentat à la gare de Saint-Michel en 1995, les cellules psychologiques gratuites sont devenues courantes. Et aujourd'hui, on constate les bienfaits de cet accompagnement, qui sont documentés. Il est donc crucial d'avoir un espace pour exprimer son traumatisme. Cela permet d'éviter que le silence ou la solitude ne s'installent.
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Ces incendies touchent indirectement, à travers les médias, des milliers de personnes. De telles images peuvent-elles avoir des conséquences psychologiques, même sur les gens qui ne sont pas sinistrés ?
Nous sommes dans une société de l'immédiateté, sans filtres. Ce qui est positif pour l'information, à bien des égards. Mais il peut arriver que cela provoque un sentiment d'angoisse ou de submersion. Les enfants, par exemple, peuvent être confrontés, à travers ces images, à des choses qu'ils ne voyaient pas avant. Cela nécessite un accompagnement par les parents, qui doivent être responsabilisés. Il faut prendre le temps d'expliquer ces événements aux plus jeunes, en les décryptant. Parallèlement, même en ayant du recul sur la situation, de telles images peuvent causer un "rappel à l’ordre" du réel. Si on a été fragilisé et exposé au traumatisme par le passé, cela peut être difficile à affronter, bien que l'on ne soit pas directement concerné.