ENTRETIEN. "La clé, c'est l'indépendance du sport" : à deux ans des Jeux olympiques de Los Angeles, le directeur exécutif du CIO optimiste, mais attentif

ENTRETIEN. "La clé, c'est l'indépendance du sport" : à deux ans des Jeux olympiques de Los Angeles, le directeur exécutif du CIO optimiste, mais attentif

Le 14 juillet 2028, la Cité des Anges accueillera le monde pour la 34e édition des JO de l'ère moderne. L'occasion de mesurer où en est le comité d'organisation de "LA28".

France Télévisions - Rédaction Sport

Publié le 14/07/2026 07:00

Temps de lecture : 9min

Christophe Dubi, le directeur exécutif des Jeux olympiques, lors d'une conférence de presse au siège du CIO, à Lausanne, le 24 juin 2026. (FABRICE COFFRINI / AFP)
Christophe Dubi, le directeur exécutif des Jeux olympiques, lors d'une conférence de presse au siège du CIO, à Lausanne, le 24 juin 2026. (FABRICE COFFRINI / AFP)

Jour de fête nationale, de demi-finale de Coupe du monde entre la France et l'Espagne, de 10e étape du Tour de France... Avec tout cela, on aurait presque oublié que ce 14 juillet 2026 est une date clé dans le compte à rebours organisationnel des Jeux olympiques de 2028. Car dans deux ans, jour pour jour, Los Angeles succédera officiellement à Paris 2024 pour nous emmener vers une édition "hors norme", annonce l'organisation, avec des panoramas iconiques, de la colline d'Hollywood aux plages de Long Beach, Santa Monica ou Venice Beach, en passant par des enceintes XXL comme le SoFi Stadium ou le Memorial Coliseum, où se tiendront notamment les cérémonies d'ouverture et de clôture.

Une ambition débordante, à l'américaine, qui se confronte toutefois à des problématiques logistiques et structurelles bien réelles. Directeur exécutif des Jeux olympiques au Comité international olympique (CIO), en charge "de la gestion, la coordination de toutes les éditions des Jeux, y compris les ceux de la jeunesse" (les JOJ se tiendront à Dakar du 31 octobre au 13 novembre prochains), le Suisse Christophe Dubi a répondu aux questions de franceinfo: sport pour ce point d'étape sur les différents chantiers du comité d'organisation de "LA28".

Les infrastructures des Jeux de Los Angeles reposent à la quasi-intégralité sur des sites déjà existants. Le défi repose-t-il surtout sur les installations temporaires ?

Christophe Dubi : Quand on évoque les grands chantiers à Los Angeles, il y a une chose que nous ne faisons pas, c'est construire du pérenne puisque ce sont des Jeux qui sont à 100% dans des infrastructures déjà bâties. Par contre il y a beaucoup d'aménagements temporaires, c'est énorme. Il y aura, par exemple, l'équivalent de ce que nous avons fait à la Concorde à Paris. Dans la vallée qui se trouve juste derrière le panneau Hollywood, ce sera le site où se dérouleront tous les sports urbains. Et puis après, les grands chantiers, c'est du classique : les transports, parce que c'est une complexité extrême surtout dans un contexte comme celui de Los Angeles ; la sécurité, comment amener des milliers de personnes en toute sécurité ; et puis un comité d'organisation, c'est aussi une grande machine à recruter. Dans ces deux années, c'est là que les équipes vont monter en puissance.

"Ce que l'on a appris de Paris en 2024, c'est que le sport, c'est l'argument principal mais il y a aussi toutes les activités annexes qui permettent de produire de grands Jeux olympiques"

Christophe Dubi, directeur exécutif des Jeux olympiques au CIO

à franceinfo: sport

La candidature de la Cité des Anges a aussi souvent été évoquée pour sa capacité à "vendre du rêve", à faire en sorte de proposer un spectacle d'exception...

Oui, c'est l'autre chantier, à savoir "qu'est-ce que nous allons montrer au monde entier ?" Déjà il faut faire en sorte d'avoir un système de billetterie qui marche extrêmement bien. On est certains d'avoir des sites qui seront absolument pleins à 100%, c'est garanti. Et derrière, vient la question du spectacle. Aujourd'hui ce que nous faisons avec Los Angeles, c'est passer du sport qui doit être enthousiasmant à de très grands Jeux comme il y en a eu il y a deux ans.

Sur les transports justement, le défi semble immense avec une ville où la dépendance à la voiture est majeure. La maire de Los Angeles, Karen Bass, évoquait en 2024 des "Jeux sans voiture". Est-ce que c'était utopique ?

Ce sera sans voiture sur sites, mais un peu comme on peut le voir depuis le début de la Coupe du monde au SoFi Stadium, il y aura des parkings de distribution qui permettront d'amener la plupart des spectateurs en bus. On prend cette opération-là pour un match de foot du Mondial, on la multiplie par 40 et on a le dispositif olympique. Les spectateurs viendront de l'aéroport bien entendu, qui sera distribué en bus ou alors en voitures vers des parkings qui permettront de redistribuer dans le dispositif olympique. C'est une opération complexe puisque, contrairement à Paris ou Londres, il n'y a pas suffisamment de volume pour du transport en commun. Il y a des tramways certes, quelques lignes de métro mais rien à voir avec ce que l'on connaît en Europe.

La moitié des billets proposés le sont à moins de 200 dollars...

Sur les 11 millions de billets, 50% d'entre eux seront à moins de 200 dollars (environ 175 euros). Pour un Européen, ça paraît élevé mais dans le marché américain, pas forcément. Surtout, il y a un million de billets à moins de 28 dollars (environ 25 euros). Il faut que les Jeux restent accessibles. Et moins de 200 dollars, aux Etats-Unis, c'est un vrai marqueur. La plupart des grands événements sont au-delà de 200 dollars, et bien au-delà, que ce soit du sport ou des spectacles... C'est souvent très, très cher. Ces 50% à moins de 200 dollars, c'est un bel objectif qui a été atteint. Derrière, il est vrai que les prix seront plus élevés, parce que la billetterie, c'est la variable d'ajustement qui permet d'équilibrer un budget, avec les hospitalités. On doit respecter le fait qu'un Comité d'organisation doit aussi générer des revenus. Une deuxième phase de vente va intervenir à la fin juillet avec, on l'espère, une cible quasiment atteinte, à hauteur de 11 millions de billets (sur un total de 14 millions, JO et Paralympiques confondus). Il y aura également un système de revente à travers plusieurs plateformes en partenariats, avec des tarifs qui seront forcément fluctuants en fonction de la demande.

En quoi cette perception du marqueur des 200 dollars est-elle différente sur le marché américain ?

Lorsqu'on prend la tarification sur des Jeux en France, c'est forcément une base pour ce que le comité d'organisation suivant vient proposer au CIO. Lorsqu'on voit les tarifs, c'est vrai que cela peut surprendre mais il y a un vrai marché. Lorsqu'on est aux Etats-Unis et qu'on se questionne sur le coût d'un billet avec un positionnement privilégié pour un match de NBA ou de NHL, c'est impensable pour nous. Impensable. Cela n'existe pas. Sauf que ces sièges-là sont les premiers à partir. C'est un contexte complètement différent. Et je vous passe les tarifs des zones d'hospitalité, où ils vont acheter plusieurs millions de dollars l'équivalent de cinq à six matchs, en fonction des performances de l'équipe. C'est encore une fois impensable chez nous mais cela fonctionne dans leur modèle. Certains prix sont vraiment incroyables d'un point de vue européen, y compris pour des Jeux olympiques, mais ces billets sont tous partis.

Les spectateurs et téléspectateurs vont aussi devoir se familiariser, pour la première fois dans l’histoire des JO, avec des noms commerciaux pour les sites de compétition. C'est une vraie rupture. Pourquoi le CIO a autorisé la vente de droits de dénomination ?

On parle de noms sur des sites qui sont déjà existants et sont sur la liste des sponsors du Comité d'organisation ou du CIO. Ce sont des droits de dénomination qui sont vendus à long terme. Lorsqu'on ne peut pas exercer ces droits, notamment pendant les Jeux olympiques, il faut les racheter et c'est extrêmement cher. On voulait aussi, sans avoir de marques dans les sites, en avoir à l'extérieur, dans la billetterie, donner une opportunité aux partenaires du mouvement de pouvoir s'associer à ces sites, qu'ils soient temporaires ou permanents. Cela permet au Comité de profiter d'un effet d'aubaine sans pour autant qu'il y ait la marque à l'intérieur des enceintes. Mais c'est vrai que, quand on va parler par exemple du site de skateboard, ce sera un nom commercial. On estimait qu'on ne trahissait pas les valeurs et que cela permettait d'écraser des coûts et de générer des revenus complémentaires. On a vu à Paris à quel point un budget de Comité d'organisation est parfois compliqué à équilibrer.

Plusieurs problématiques d'entrées sur le territoire américain ont été soulevées pendant la Coupe du monde de football, avec également des problèmes de visas à l'arrivée. Comment appréhendez-vous cela ?

Il y a un très bon travail entre les organisateurs et le Département d'Etat. Dès le départ en 2017, on a demandé des garanties. L'une d'entre elles est fondatrice des Jeux : c'est l'accès du territoire aux athlètes et à leurs entourages, garanti grâce à l'accréditation. C'est immuable, et cette garantie, c'est le président Trump qui l'a signée lors de son premier mandat. Aujourd'hui on travaille avec le département d'Etat qui a mis en place un système pour les participants aux Jeux appelé "Visalink", que l'on a testé, notamment avec l'une de nos membres qui est Afghane. La procédure fonctionne, c'était assez long mais ça marche. Maintenant cela doit monter en puissance à une toute autre échelle. Au moment des Jeux, ce sont des dizaines de milliers de personnes qu'il faudra passer au travers de ce système. Il faut poursuivre les tests et anticiper. On va également débriefer après la Coupe du monde de football avec le département d'Etat et la Fifa pour faire un point très complet de la situation.

Est-ce que le CIO redoute un interventionnisme de Donald Trump avant, mais aussi pendant les Jeux ?

La clé, c'est l'indépendance du sport. La session du CIO, il y a 15 jours, a pris une décision pour renforcer cette notion d'indépendance, de façon à ce que les organisations sportives (comités nationaux, fédérations internationales) mais aussi les athlètes, soient protégés de toute ingérence. Il faut renforcer cette indépendance parce que le sport est basé sur la simplicité du règlement. Une personne qui court extrêmement vite sera dans les starting blocks du 100 mètres ou 200 mètres de Los Angeles. Quelle que soit sa nationalité, quelle que soit sa religion ou ses convictions. C'est simple. Nous sommes qualifiés sur la base du mérite, puis il y a une règle, à savoir le premier qui passe la ligne gagne, point barre. Il n'y a rien d'autre que le règlement sportif. A partir de là, et pour que le contexte soit le plus propice possible, on a le Tribunal arbitral du sport (TAS), une cour ad hoc qui existe depuis très longtemps, qui permet de régler les différents entre les athlètes, les organisations qui se sentiraient lésés par le règlement sportif dans les 24 heures.

Le changement climatique sera également l'une des questions importantes pendant ces Jeux. Y'aura-t-il des pauses fraîcheur comme on peut le voir durant le Mondial de foot ? Des épreuves pourront-elles être décalées en raison de la chaleur ?

Les premières pauses fraîcheur ont vu le jour lors du tournoi de foot des Jeux de Pékin en 2008 en ce qui nous concerne. Il y avait de la chaleur, de l'humidité... On avait déjà identifié cela comme un facteur de risque, et vingt ans plus tard il y a des facteurs aggravants. On en avait également parlé lors des Jeux de Paris. Pour les sports qui se pratiquent en extérieur, et pour certaines activités, il y a des plans de contingence pour les athlètes mais aussi pour les spectateurs et les journalistes et officiels sur place. Pour le plan d'aviron par exemple, il n'y avait pas d'abris contre le soleil, on a dû modifier cela. Il y a des aménagements opérationnels et plus radicalement, il peut y avoir des choix que l'on faits, comme en 2021 avec le déplacement du marathon de Tokyo à Sapporo. C'était une décision énorme et quelque chose qui est tout à fait possible en 2028.

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