"Éviter l’amnésie collective" face à la disparition de la palourde dans le bassin de Thau, des ateliers citoyens et artistiques lancés
La palourde autrefois abondante dans l’étang de Thau, est en déclin depuis quinzaine d’années. Pour contrer cette disparition, le programme CLAM-EU, alliant art et science, a été lancé à Sète. Il vise à sensibiliser le public et à explorer des solutions innovantes pour restaurer cette espèce fragile.
La palourde Ruditapes decussatus a quasiment disparu du sud-ouest de l’Europe et de la Méditerranée. En particulier de l’étang de Thau où elle faisait encore travailler quelque 400 pêcheurs vers les années 2000. Le coquillage qui faisait la joie des gastronomes décline depuis une quinzaine d’années comme le démontrent les observations menées par les chercheurs de l’Ifremer notamment. Ces derniers, comme Franck Lagarde, tentent de comprendre l’origine du mal. Avec une autre chercheuse Valérie Derolez, ils viennent de sortir une étude qui met en évidence cet effondrement généralisé de la palourde et la nécessité de mettre en place des réseaux de scientifiques entre l’Europe et l’Asie pour mettre en commun et croiser les différentes hypothèses en lien avec différents phénomènes qui pourraient d’ailleurs interagir entre eux : la propagation d’espèces exotiques, les épisodes de maladies, les vagues de chaleur marines ou encore les modifications de la réglementation des pêcheries, etc.
"Créer une dynamique autour de la palourde européenne et d’innover en science pour trouver des solutions"
Plusieurs projets sont en cours pour freiner sa disparition et "éviter l’amnésie collective" face à cette disparition, selon les termes de Franck Lagarde. Le programme CLAM-EU vient d’être lancé, qui associe art et science, destiné à "créer une dynamique autour de la palourde européenne et d’innover en science pour trouver des solutions", ajoute le chercheur de l’Ifremer basé à Sète. Le programme sétois fait partie des six lauréats retenus parmi 650 dossiers présentés dans le cadre de l’appel à projets européen PartArt4OW (Participatory Art For Society Engagement with Ocean and Water) lancé par Horizon Europe-Mission Ocean de l’UE (50 000€ alloués). Il associe les chercheurs Franck Lagarde de l’Ifremer Sète, et Bastien Mérigot maître de conférences à l’Université de Montpellier avec les artistes (la peintre Françoise Dagorn et la pianiste Stéphanie Elbaz), avec les acteurs du bassin de Thau : pêcheurs, étudiants, lycée de la Mer, le syndicat du Bassin de Thau ou encore la prud’homie de l’étang de Thau.
La population appelée à participer à des ateliers créatifs
Concrètement, il s’agit d’une approche participative à travers six ateliers de création ouverts à tous dans le but de créer des œuvres artistiques collectives qui sensibilisent la population à la compréhension du milieu naturel et des changements qui s’y opèrent. Ainsi du lundi 14 septembre au jeudi 26 novembre (14 h à 16 h, gratuits au pôle universitaire de Michèle-Weil de Sète) les volontaires sont invités à explorer la musique à travers des instruments faits de coquillages et de matières naturelles ou à créer des toiles mêlant cartes marines déconstruites et coquilles de palourdes.
Côté scientifique, chercheurs, étudiants en BTS Pêche et Gestion de l’environnement marin et pêcheurs continuent d’étudier le potentiel du Careshell, un substrat à base de coquilles d’huîtres pour la restauration de son habitat et testé sur trois zones du bassin de Thau (Ifremer, lycée de la mer et au Chameau à Balaruc-les-Bains).
Le tout donnera lieu à une conférence scientifique et un concert et une exposition le 3 décembre prochain (jusqu’au 11 décembre) et une restitution lors du PartArt4OM Demo Days à Barcelone.